‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 111 sur 468 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

RAISONS POUK L^ÉGONOMIE DES RÉCOMPENSES.

S'il faut être avare des peines , il faut l'être aussi d« la récompense; car toute récompense est le produit de la peine. Le bien et le mal ont une souche commune. La récompense est-elle en argent , on ne donne qu'aux dépens du public : yérité triviale , qu'il n'est pas besoin de prouver, mais toujours bonne à rappeler , en ajoutant que les impôts sont le fruit de la contrainte , et que , toutes choses d'ailleurs égales, plaisir de gain n'équivaut pas à mal de perte.

Les récompenses en honneur, dit-on communément, ne coûtent rien à l'État. C'est une erreur, car non-seulement les honneurs rendent les sepvices plus chers (comme nous le verrons bientôt) , mais de plus , il y a des pertes , il y a des fardeaux qui ne s'évaluent point en argent. Tout honneur suppose une prééminence. Entre des individus placés surfine ligne d'égalité, on ne peut favoriser les uns par un degré d'élévation qu'en faisant

nent relatif. Cela nanents, de ceux léges. 11 y a deux e qui cet honneur ^au dignitaire e^ st introduit. Plus ibre des nobles, ce , plus on Ole à

)ord des faveurs $ : nassi les sount-îls flvec la plus

grande facilité. Mais quand il s'agit des fardeaux publics , l'exemption pour les un^ est une surcharge pour les aiHres : il devient humiliant de bs porter, s'il est honorable d'en être exempté ; et ces exceptions partielles font naître un mécontentement général.

L'exemption d'arrêt pour dette , dont jouifse nt les membres du parlement britanniquet]4l|raux dépeas de leurs créanciers. Les exemptions des offices de paroisse sont aux dépens de ceux qui courent la^ance de les remplir. 11 en est de même des exemptions du service luiiîG^ifc*. Les exemptions de taxes retombent' siil^ tout le corps des contribuables.

L'exemption des |)eines s*annoiice d'abord comme un acte de pure clémence ; mais , se Timpunité afbàblit les lois et multiplie les délits , l'indulgence pour les criminels coûte bien cher à leurs victimes.

Le mal de la prodigalité ne se borne pas à dilapider le fonds des récompenses^; die équivaut è une loi contre le vrai mérite. Les fâin services auxquels on prodigue les faveurs entrent dès lors en eoncurrenceavec les services réels. L'ambition ne s'attache plus à mériter la reconnaissance publique , mais à capter la bienveittance du distributeur des grâces. Les petits talents , les viqes.'l^hSébf& qui mènent aux places et aux bienfait, étoihfeDt la vertu et le génie. L'art de plaire s'élè?e mi dépens de l'art de servir.

Qu'en arrive-l-il? Les vrais services ne se font point , ou Ton est forcé de les acheter à un prix énorme; car il ne suffit pas que le prix soit égal à celui des faux services , il faut un surplus pour compenser les travaux qu'exigent les services réels. « Si (( l'on donne tant pour des riens , combien m'est-il «( dû davantage à moi qui porte le poids du jour? «( Si l'on récompense ainsi un homme qui n'a que 4( de la souplesse, combien m'est-il dû à moi qui u ai de l'assiduité et du génie? » Voilà le langage que tiendra naturellement et qu'a droit de tenir l'homme qui se sent du mérite.

, C'est ainsi que le mal va toujours croissant. Plus on a prodigué , plus il faut prodiguer encore : comme pour avoir trop puni , on est forcé de mtiltiplier les punitions.

Qu'un assemblage heureux M^alents et de zèle ail mis un fonctionnaire publicli portée de rendre^ des services rares , l'associer à la fbulenlès employée ' subalternes , c'est l'avilir. Il aufa pouclefopds des récompenses la jalousie 4^e detatt ajrolr J'admii^stratçur ; il se croira lésé non-seunifiier\t*4ie t6«t ce qu'on lui refuse, mais encore de~<^e qu'on donne à ceux qui ne le valent p^. ,

l>a profusion, en fait d'honneur, a le double inconvénient de les ai^lir, et d'eAtralBer encore des

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