DB LA LIBÉRALITÉ, OU RÉCOMPENSES NON PROMISES
Mais si le souverain ne doit employer la récompense qu'en qualité de motif pour produire des acies utiles , il ne pourra donc faire aucun acte de libéralité? 11 ne doit rien donner à des services auxquels il n*a rien promis.
En effet , dira-t-on , une récompense promise opère comme un stimulant, mais une récompense imprévue , à quoi sert-elle ? Le service en question a été rendu sans qu^il en coulât rien à FÉtat : pourquoi n'en obtiendrait-il pas d'autres du même genre d'une manière aussi gratuite? S'il y a de belles âmes qui servent sans profit, il faut leur laisser leur propre vertu pour récompense.
C'est ainsi que l'économie peut faire le procès à la libéralité. Mais l'économie se tromperait en n'embrassant dans son calcul qu'un instant de durée et qu'Hun fait individuel.
Le service a été rendu, gratuitement. — La libéralité qu'on lui accorde, à quoi peut-elle être bonne ? A faire naître d'autres services , à encourager toutes les avances des particuliers pour le bleo de l'État.
Se faire une loi de ne jamais accorder de récompense non promise , lier les mains à la vraie libéralité , ce serait renoncer à tout ce qu'il peut y avoir de nouveau en fait de service.
11 n*y a qu'une supposition qui pût justifier cette f^rcimonie : c'est que tous les services ont été prén»^ et dotés d*avance. La législation arrivera-t-elle jamais à cette prévoyance parfaite? Je ne le pense j^\ mais on est loin de ce terme; et jusqu'à ce
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La libéralité a même un grand avantage sur la récompense promise. Celle-ci, restreinte à son objet , n'influe que sur le service individuel qu'elle spécifie ; celle-là , libre dans son essor , embrasse le théâtre entier des actions méritoires. L'une est utile pour fixer les recherches sur un seul point ; l'autre est un^ invitation à les étendre sur tout ce que l'esprit humain peut connaître. L'une est comme l'eau que la main du jardinier dirige sur quelque fleur particulière; l'autre est comme la rosée que l'agronome universel fait distiller sur la surface de la terre.
Une récompense promise et donnée à ce qui ne la mérite pas, est une dépense en pure perte. Une libéralité aussi mal placée n'est pas nécessairement perdue : le donateur s'est trompé pour une fois , mais la disposition qu'il annonce est encourageante. Un prince peut faire des dons à de trèsmauvais philosophes , mais ils serviront probablement à hâter les progrès de la vraie philosophie. Il faut convenir que, s'il se montrait toujours sottement libéral, s'il prenait des chardons pour des roses et des baladins pour les hommes les plus utiles de l'État, si les assiduités de ses courtisans valaient mieux auprès de lui que les campagnes de ses officiers, il ferait juger qu'il a manqué sa vocation, et que la nature ne l'avait pas destiné à être gouverneur d'un royaume.
•On reprochait à Catherine II de publier ses bienfaits dans les gazettes ; c^était lui reprocher ce qui rendait ses bienfaits le plus utiles , ce qui les rendait dignes d'un souverain , qui ne doit user de la fortune publique qu'en rendant compte à son peuple : c'était reprocher au cultivateur de semer pour recueillir. Ah ! que les princes ne fassent jamais que des libéralités qu'ils ne rougissent pas de voir dans les gazettes ! Leurs dons secrets sont perdus ; leurs dons publics rentrent par mille voies dans leurs trésors.
Nous avons vu, en Angleterre , un bel exemple d'une récompense ex postfacto. Le directeur d'un théâtre de province proposa au ministère un projet pour la poste : le projet fut accueilli, et essayé dans une partie do royaume ; quelques années après, on l'a étendu au royaume entier. Ce ser-
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