CHAPITRE VIL
RAPPORT ENTRE l'eMPLOI DE LÀ PEINE ET DE LA RÉCOM- PENSE.
Ne poiirrait-on pas substituer partout la récompense à la peine? L'espérance est-elle moins forte sur le cœur humain que la crainte? Qqand la pharmacopée politique a des moyens si doux , pourquoi en emploj'er de si amers ?
 ces vœux si naturels, mais peu réfléchis, j'oppose une maxime qui paraîtra d'abord un paradoxe. « Il ne faut pas se servir de la récompense quand le même effet peut être produit par la peine.» Et je rends raison de ce paradoxe par un autre. — « Employez un moyen pénal, et l'effet désiré peut avoir lieu sans faire usage d'aucune peine; employez le moyen rémunératoire, la peine en est inséparable. »
Le style d'oracle n'est plus à la mode ; et je vais donner, en termes clairs, la solution de celte énigme.
Dans le cas où la loi menace , si tout le monde obéit, nul n'est puni ; dans le cas où la loi promet, si tous obéissent , il faut que tous soient récompensés. Voilà donc des récompenses infinies ; et ces récompenses, d'où viendraient-elles, que des travaux du peuple et des contributions levées sur ses facultés ?
En comparant les propriétés de la peine et de la récom infinh sûre^
1 II 1 produL i'abste quand (
résiste : nous trouvons que la seconde est Irbligiitce dans sa quantité» que le désir de l'obtenir l^arie beaucoup selon le caractère et les circonstasees des individus , et qu'elle est , par conséquent, trisincertaine dans ses effets. Mais, d'un autre côté, la perspective de la peine attriste l'âme , celle de la récompense la réjouit ; la peine émousse l'activité , la récompense Taiguise; la peine diminue le courage, la récompense l'augmente.
Des moyens si contraires dans leur nature doivent s'appliquer à des services différents. La peine, par sa force , est particulièrement adaptée à prévenir les actions nuisibles , et la seule propre à prévenir les actions extraordinairement nuisibles. Elle est bonne pour retenir, pour empêcher, pour produire des actes négatifs * ; elle est t'aceompagnement naturel de toute loi qui dit: Ne faites pas, abstenez vous. Or ces actes négatif^, dont dépendent la paix et le bonheur du genre humain , sont continuels et innombrables ; et pas un individu n'en est exempt.
La récompense, par son pouvoir fiviflant, est plus propre à faire naître les actions utiles , et U seule propre à faire naître les actions extraordinairement utiles. Elle est bonne pour exciter, pour produire, pour tirer d'uu individu tout ce dont il est capable , pour opérer des actes positifs ^ qu'il n'est pas nécessaire d'imposer à tous les membres de la société. La récompense est particulièrement convenable dans les cas où, pour atteindre un but utile, la peine serait inefficace; et ces cassont ceux où l'acte désiré dépend de talents et de dispositions qu'on ne peut point s'assurer d'avance que l'individu possède.
Avez- vous besoin d'oblenir des inforroationj importantes en matière juridique ou autre , vous ignorez si l'individu est en état de vous les donner, ou s'il a la volonté de le faire. I^ peine serait un moyen probablement inefficace et injuste; ayer donc recours à la récompense.
S*agit-il d'un service qui suppose une habileté peu commune? Comment pourriez- vous le conamander sans courir le risque de commander l'impossible ? Combien de personnes aurez-vous à punir, avant d'avoir trouvé l'individu capable de rés4ip<lre le problème , de faire la découverte en quffffioj^ de composer l'ouvrage dont vous avez bes^R Offrez une récompense, son efFet ne se boïnej>af à mettre en œuvre les- facultés déjà àéwoi^]
fopre
ite^