‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 117 sur 468 · RAPPORT ENTRE L'EMPLOI DE LA PSINE ET DE LA RÉCOMPENSE · texte numérisé non relu

RAPPORT ENTRE L'EMPLOI DE LA PSINE ET DE LA RÉCOMPENSE

IfS ulées se succèdent plus rapidement , où elles se combîoeot avec plus de force < et embrassent une plus grande variété d'objets. L'attention est phis soutenue, Timaginalion plus vive, et Tindividu, exalté par le succès même , voit s'ouvrir devant lui la carrière de l'invention ; il découvre te s«*crf t de son génie , jusqu'alors ignoré de lui-même. — Que la crainte soit le seul mobile de ses efforts , il travaille avec douleur pour s'exempter de la peine ; mais il ne fera rien de plus : esclave à la tâche', il n'aspire qu'à la finir.

Pour tout ce qui requiert des soins et des talents tlistingués , la peine n'est pas seulement inefficace , elle agit en sens contraire. Ai-je à crain<lre qu'on ne m'impose quelque fardeau extraordinaîre« pro- |)orlion de ma capacité , je me garderai bien de la Faire connaître ; et si je n'ose la montrer, je n'ai poiot de motif à l'acquérir. On dit qu'à Siam , s'il y a (lanç le jardin d'un parliculier des fruits excellents, ils sont saisis pour l'usage du prince. Pense- t-on que la culture des arbres fruitiers se perfectionne beaucoup à Siam? A Ispahan, et dans toute la Perse, au rapport de Chardin, les meilleurs ouvriers dans tous les genres sont enrôlés de force pour le service de la cour ; et c'est à cette cause qu'il attribue le peu de progrès qu'ont fait les arts chez une Dation adroite et ingénieuse. Mettre les talents à l'amende est un étrange moyen de les perfectionner.

Les nègres , dit on , ont une infériorité naturelle d'intelligence. Cela se peut ; mais ceux qui prétendent le prouver par le peu de développement qu^ils acquièrent dans nos colonies n'ont guère réfléchi sur l'influence de l'esclavage. Le noir qui, du sein de l'oppression , s'élève au niveau le plus commun des Européens, franchit plus d'espace que l'homme libre qui devient éminent dans son art.

Le gouvernement domestique a plus de latitude, à l'égard des peines , que le gouvernement politique, parce que les parents et les instituteurs ont plus de moyens de juger de la capacité de leurs élèves. — El la peine est peut-être un mobile nécessaire jusqu'à ce que le sentiment auxiliaire de rémulalion soit formé, et que le tendre intellect

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daot un oi Fractfcai R. L. Edgewoi

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ttre des Peines et des Récompenses ,

doit être le manuel des parents : —

lit, by Miss Maria Edgeworth , and

li u*y ^ personne , en Angleterre, susceptible de quelque intirêl po6r le bien public, qui n*ait pris connaissance du ooaTeau[[4>Hui d*éducaCfon de M. Lancaster. Entre autres aojeisde m^,*Iès récompenses jouent un grand c^lç daot son établissement. La salle d*élude ressemble à une boolique de jouets : des petits cbariois, des petits chevaux <t« bois , des cerJi-tolaBts , ée% paumes , des tambours soot suipeodns à detjCOrdons ou à des poteaux; et des gravures d*UD sou et d*un demt-sou tapissent magnrfiquemml les

ait acquis assez de force pour recevoir et retenir les impressions d'un avantage éloigné.

j'ai dit peut-être y mais je ne doute point qu'avec un peu d'art et d'économie la récompense ne pût suffire à tout. Il faut établir une liaison constante entre mériter et jouir, donner peu gratuitement, transformer en prix les amusements. A-t-on besoin du frein des peines, les simples privations sufiisent. Ainsi tou^ les motifs sont tirés du fonds des jouissances, par leur suspension ou leur concession ^.

Examinons un autre cas oij la récompense est préférable, à raison de ce qu'elle épargne une dépense considérable de peines.

H y a des services purement onéreux, c'est-à-dire onéi*eux à celui qui les remplit, mais avantageux pour la société. Qui doit en être chargé? C'est une question à examiner.

On peut dire de chaque individu séparément que le public a droit à ses services; car l'intérêt d'un seul doit céder aux intérêts de tous. Slais si cela est vrai pour tel individu , cela est également vrai pour tel autre , et successivement pour tous. • Ainsi, d'une part, chacun est dans l'obligation de se soumettre au service demandé; et d'autre part, chacim a un droit égal que ce service soit imposé à tout autre que lui. S'il n'y a point de milieu à prendre entre ces deux propositions, elles se détruisent l'une l'autre : l'obligation est égale, le droit est égal : entre deux intérêts du même poids , la balance demeure en équilibre. Que s'ensuit-il? Que personne ne doit faire le service, et que l'exemption de chactm entraînera la destruction de tous. Mais il y a un milieu à prendre, et ce milieu consiste â diviser le fardeau entre tous avec le plus d'égalité possible.

Le principe est incontestable; son application n'est pas toujours facile. Il s'agit d'un service qui ne peut pas être divisé, par exemple, d'un emploi qui ne demande qu'un homme. — Le procéilé le plus juste et le plus commun , c'est d'attacher à cet emploi un proflt qui en contre-balance les inconvénients. Ce profit , tiré de la masse générale des contributions, représente la part de chacun dans le fardeau du "Service *.

murs. Chaque candidat pour la récompense a toujours sous

les yeux Tobjet de son désir, et il sait à quel prix il peut en

obtenir la possessio

fallu des peines plu

de plaisir. Celles (

que par le sentimei

emblématiques ou

coup plus grande (j

les enfants se font

de souffrir, ou qu

pour Pélude.

2 Ceci suppose ql peut attacher à T

DES RÉCOMPENSES NUISIBLES

Au lieu de réparlîr le fardeau , on a eu recours en certains cas à un autre expédient. Cesi de le faire porter tout entier sur un seul individu tiré au sort. L'injustice de la préférence est sauvée, mais rinégallté n'est pas corrigée. On obvie aux appréhensions et aux reproches de partialité ; on n'obvie pas à la souffrance de celui qui a tiré le lot malheureux. C'est suivre le principe de l'utilité , mais c'est ne le suivre qu'en partie.

Voilà un des cas où le principe de l'utilité a paru favoriser des actes de violence et d'oppression. Selon ce principe, dit-on , l'int^èt du petit nombre doit être sacrifié à l'intérêt général. Conclusion vraie , s'il est impossible de faire autrement ; absolument fausse , si cette nécessité n'existe pas. Accuser le principe de l'utilité , le trouver en fante, parce qu'on s'en est mal servi , c'est regarder l'art du teneur de livres comme vicieux , pai^e qu'un calculateur inexact peut oublier des entrées.

Nous pouvons maintenant établir une comparaison entre la peine et la récompense.

V La peine est meilleure pour empêcher, pour retenir ; la récompense , pour exciter et pour pro- . duire : l'une est un frein , l'autre est un aiguillon. â« Dans tous les cas où il sufiBt d'un seul acte pour faire beaucoup de mal, et d'un acte qui peut se renouveler à tout moment, on ne doit se fier qu'à la peine : or, c'est le cas des délits. S'agil-il de produire un acte très-avantageux? Il sera bon de combiner la récompense et la peine , pour doubler la force du motif.

5» Vu l'abondance de l'une et la rareté de l'autre , la peine est le moyen à employer pour agir sur tous en général ; la récompense doit être réservée pour agir sur quelques individus en particulier. L'une subjuguera les passions communes , l'autre exaltera les qualités rares. La peine est un instrument qui extirpe les plantes nuisibles ; la récompense est une serre chaude qui produit des fruits que le climat ne donne pas de lui-même.

4"* L'emploi de la peine est de nécessité , l'emploi de la récompense est un luxe. Supprimez le premier

si elle n'a pas le succès désiré , elle ne produit du moins aucun mal : il n'y a pas un atome de perdu; elle ne sera donnée que dans le cas où le service sera exécuté , dans le cas où l'avantage obtenu est plus qu'équivalent à la dépense.

Ces observations suffisent pour apprécier les opinions de ces juristes qui , après un coup d'oBÎI superficiel sur cet objet , accusent la politique du peu d'usage qu'on fait de la récompense.

L'auteur de la Richesse des Nations, qui a porté tant de sagacité dans toutes ses recherches , s'est laissé séduire sur ce point par un sentiment peu réfléchi d'humanité. La crainte , dit-il , est , presque dans tous les cas, un misérable instrumentée gouvernement ^. C'est un instrument dont on a fait souvent un misérable usage , mais un instrument nécessaire , et le seul qu'on puisse appliquer aux besoins ordinaires de la société.

Un jeune roi , dans la première ferveur de ses bons sentiments, résolut de purger ses États de tous les crimes. Ce n'était pas assez. I^s rigueurs répugnaient à sa douceur naturelle ; il voulut les abolir, et tout faire avec des récompenses. II commença par le vol : bientôt il eut à récompenser tous les citoyens, parce que la probité avait été universelle. Il fallut renouveler la récompense chaque jour, parce que la probité avait duré toute la journée. On lui proposa de régler la contrebande : « Sage roi , lui dit-on , pour chaque denier que viendra payer le contribuable , donnez-lui-en deux , et l'hydre est à vos pieds. » La victoire est assurée ; mais il comprit que comme celle de Pyrrhus, elle serait un peu coûteuse.

Il n'est pas inutile d'observer ici une différence entre le gouvernement public et le gouvernement domestique. Point de souverain assez riche pour tout faire avec la récompense ; point de père qui ne le soit assez. A Sparte, un morceau de pain noir était le prix de l'adresse. Le fonds des plaisirs et des besoins est une source intarissable de récompenses, quand on sait leur donner cette direction.

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