DU OKMX DES RÉCOMPENSES
appelées à concdurir : toutes les espèces de tempéramnts.et Aptitudes se trouvent réunies dans un peuple ; et pourvu que la récompense soit suffisante pour le service, n'importe ce qu'elle est. Semblable à Taimant , qui , dans un mélange confus', attire et démêle les parcelles de fer les plus cachées , elle saura trouver le caractère soumis à son attraction. D'ailleurs, la récompense pécuniaire, qui convient au plu^'grand nombre des services , est telle , que chacun la ftonvd}^ tlans le genre de plaisir auquel il donne la préférence.
Pour juger des mérites et des défauts de la récompense pécuniaire , il ne faut qu'un coup d'oeil sur le catalogue des qualités. On voit d'abord celles qu'elle possède et celles qui lui manquent. Elle est divisible, égale en valeur et commensurable. Il fiut ajouter qu'elle est souvent d'une indispensable nécessité ; car il est bien des cas où toute autre récompense , séparée de celle-là , serait onéreuse et même dérisoire, surtout si le service avait constitué l'Individu en frais et en perle , au delà de ce qu'il peut aisément supporter.
Voici le côté faible : la récompense pécuniaire ( à parler en général, car il y a bien des exceptions) D'est ni exemplaire , ni caractéristique ^ ni même populaire ^. Passe-t-elle un certain point, elle a une tendance à amortir l'activité de l'individu ; au Heu de hii donner le désir de continuer ses services, elle peut lui fournir la tentation de les cesser. L'homme enrichi pensera comme le soldat de Lucnllus, devenu timide depuis qu'il avait une fortune i conserver.
Ibit eà quo vis, qui zonam perdldU, inquH.
HoiAT. , lib. 11 , episU 11.
Il est aussi des cas où l'argent , au lieu d'avoir une force attirante, ea aurait une répulsive ; au lieu d'être une récompense , il serait un affront , au moins pour les individus qui ont quelque délicatesse dans les sentiments d'honneur.
Il fout quelquefois un certain degré d'adresse pour ménager ce moyen : il sera bon que la partie pécuniaire ne paraisse que l'accessoire, et que rhonneur joue le rôle principal *.
Toute récompense en argent peut s'anéantir par sa petitesse relative. Un homme aisé , faisant quel-
^^ Au défaut de n'être pas dignes de la vertu, lei « rémmpeiMeft pécuniaires joignent celui de n^élre pas assex tiques, dîmjfcrB|rief tant cesse aux yeux et aux ^^mUK^JPMIÔI qu*elles sont accordées, et ^sible qui excite rémulation i doit les accompagner, n — \ Pbtogae, chap. xi.
•t un ressort dans la méca-
que figure dans le monde , serait censé se dégrader par l'acceptation d'une somme qui n'avilirait pas un artisan. Ce préjugé est établi par Tusagc : il n'y a point de règle pour décider ce qu'à cet égard il permet ou défend. Mais cette difficulté n'est rien moins qu'insurmontable. En associant l'or à l'honneur , on forme de ce mélange un composé qui platt universellement. Les médailles, par exemple, ont ce double avantage. Avec un peu d'art et de précaution , on parvient à établir une paix solide entre^ l'orgueil et la cupidité. L'orgueil dit tout haut r Ce n'est pas la valeur de ce métal qui a des attraits pour un homme comme moi , ce n'est que le petit cercle de gloire dont il est entouré. La cupidité fait tout bas son calcul, et connaît bien le prix de la matière.
La Société des arts de Londres fait mieux encore : elle donne assez communément le choix entre une somme d'argent et une médaille. Ainsi elle satisfait tous les goûts étions les états. Le paysan embourse l'espèce , le duc et pair orne son cabinet.
On relève encore le mérite de la médaille en variant le dessin pour lui donner quelque analogie avec le service. Insérez-y le nom de l'individu , et vous en faites un certificat exclusif en sa faveur.
L'esprit d'invention s'est montré quelquefois trèsheureusement dans le choix de l'analogie.
Une loi anglaise, entre autres rémunérations, accorde à celui qui arrête un voleur de grand chemin , le cheval sur lequel ce voleur était monté au moment du délit. On croirait que l'auteur de cette loi avait dans l'esprit le passage de Virgile où le fils d'Énée promet à Nisus , en cas de succès dans son expédition , le coursier de Turnus et sa brillante armure :
Kidîstl quo Turnus equo , quibus ibat in armis, Aureus : ipsum itium clxpeum, cristasque rubentes Excipiam sorti, jam nunc tuaprœmia, Nise.
JEn., IX, 209.
Que ce moyen est ingénieur ! D'abord, c'est un encouragement que d'avoir devant les yeux la récompense identique , dans le moment même où il faut combattre pour la mériter ; et l'aiguillon de l'honneur ajoute à la force de l'intérêt. L'aninal ainsi transféré est un témoignage d'activité , de prouesse,
« nique morale, mais il repousse toujours la main qui le « fait agir, n Toujours est une exagération. Ce passage est tiré d*une lettre sur Péducation au duc de Wlrlemberg, dans laquelle on voit que Rouscsau avait beaucoup réfléchi sur Tunion de Tinlérél avec le devoir, s Tel donne à pleines mains qui n*oblige personne : La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne, elc . Le Menteur, scène i.