DU CHOIX DES RÉCOMPENSES
un trophée de victoire. C'est pour le vainqueur une occasion constante de raconter ses exploits.
J*observe ce trait avec d'autant plus de soin , qu'on trouverait peu d'occasions d'en louer de pareils dans la législation britannique : avec un caractère général de Justesse et de bon sens, elle porte presque partout une empreinte de médiocrité et de mauvaise honte, comme si €lle craignait de prendre l'essor au-dessus des idées communes, de hasarder ces touches fortes, ces coups de maître , ces heureuses singularité qui portent au cœur l'impression du grand et du sublime.
Les exemples de ce genre abondent 4ans le système rémunératoire des Romains. Toutes les espèces d'exploits avaient des couronnes symboliques, couronne obsidionale, couronne murale, couronne civique. Celle-ci avait conservé l'ancienne simplicité de Rome dans son berceau ; mais la feuille de persil effaçait l'éclat des couronnes d'or. J'allais parler de leurs triomphes, je m'arrête... l'humanité gémit de cet orgueil de la victoire qui foulait aux pieds les nations vaincues. Que la législation encourage l'esprit militaire, il le faut sans doute; mais il ne faut pas qu'elle l'échauffé au point d'en faire la passion dominante, et de tout prosterner devant lui.
Les récompenses en honneur sont éminemment exemplaires : c'est une promulgation continuelle des services qui les ont obtenues ; et elles possèdent au plus haut degré l'heureuse propriété d'encourager à de nouveaux efforts. Démentir un honneur reçu, c'est se trahir soi-même. Qui a été déclaré brave une fois , veut l'être toujours.
Ce genre de récompense n'est pas difficile à créer. Le langage symbolique de l'estime est , à plusieurs égards, comme le langage écrit, uflpobjet de convention. Tout costume , tout procédé , toute céré^ monie, dès qu'on y attache une prééminence, devient honorable. Une branche de laurier, un ruban, une jarretière , tout acquiirt la valeur qu'on veut lui donner. Il serMt bon toutefois que le signe lui-même eût quelque caractère emblématique qui pût rappeler à l'esprit la nature du service. On en trouverait (Rvers exemples ingénieux dans les devises. Leiilason, sous ce rapport, parait une langue insignifiante et brute. Les décorations des ordres de chevalerie ne manquent pas d'éclat, mais elles
' Qaand ramiral Keppel , après une victoire navale , reçut la bourgeoisie de la cité de Londres, le diplôme )ui fut présenté dans une bottede cœur de chêne: c*était jine allusion ingénieuse à une chanson populaire, particulièrement chérie des matelots.
Je ne sais où j*ai lu qu*nn guerrier ayant défendu un pont contre un grand nombre d*cnnemis , on lui accorda ,
manquent de caractère ; elles frappent les yeox , et ne disent rien à l'esprit. Un ruban seiiHe être «ne parure de femme plutôt que le signalement d'an héros.
Les titres honorifiques ont souvent reçn de l'analogie une partie de leur splendeur. I^ lieu qdt a été le théâtre des exploits d'un général fournit une dénomination très-propre à fixer le souvenir de ses services et de sa gloire. Les Romains ont donné de bonne {ieure 9t genre de décoration à ceux qui terminaient une conquête. De là les surnoms à'JfricanuSj de NumidicuSy de AsiaticuSj de Germanicus et tant d'autres. Les Espagnols ont souvent imité cet usage. Catherine II l'a renouvelé en faveur des Orlof et des Romanzof. MahoD a deux fois fourni des titres à ses conquérants dans le cours du dix-huitième siècle. Le château de Blenhdm réunit à l'éclat du nom une preuve plus substantielle de la munificence nationale *.
Les Romains ont quelquefois appliqué le n^ne genre de récompense à des services d'une autre espèce. La voie Âppienne rappelait sans cesse aux voyageurs la libéralité d'Appius , etc. *•
I^a carrière de la législation peut aussi fournir des honneurs qui ont le caractère de l'analogie. Dans le Digeste des lois sardes , on avait eti fe soin louable d'apprendre à la nation auquel de ses souverains elle était redevable de telle ou telle loi : ee serait un exemple à imiter. C'est peut-être par respect, peut-être aussi pour la commodité du discours, que l'habitude a prévalu, en Angleterre, de (désigner, par le mol di'Jcte de GrenvUlej U loi admirable que fit passer ce représentant du peuple, pour assurer l'impartialité dans les jugegements relatifs aux élections contestées '.
Qu'on eût placé dans le sein même du parlement la statue du législateur qui en avait banni un désordre scandaleux , c'eût été en mêoie un temps monument de reconnaissance et me belle leçon. Plus les hommes seront éclairés, plus ils sentiront la nécessité de partager au moins la gloire entre ceux qui font fleurir les États par de bonnes lois , et ceux qui les défendent parles armes.
Les bustes , les statues, les tableaux , les monuments, les obélisques, sont des moyeïis connus et usités sur lesquels il n'est pas besoin des'appélanu'r. Les plus belles inscriptions sont celles qui disent le
par faveur spéciale, le privilège pour lui e( sa postérité àt pouvoir y mendier à l*iiclusio^|e toat^aoùe.— VoUijHK beureuse et noble analogie. ^^^
t Une des plus belles instK porte le nom de son fond
s Vof . Tactique des a
observés dans la chambre de»
DE LA PROCÉDURE RÉMUNÉRÀlAlRE.
plus en moins de mots, et qui ne contiennent point de louanges directes. Rien de plus heureux dans oe genre que celles qui ont été placées sous les statues de Louis XIY et de Voltaire , Tune décernée par la ▼iUe de Montpellier , Fautre par une société d'hommes de lettres^ à la tète desquels figurait Frédéric II : — A Louis XIV f après sa mort. — A Voltaire ^ pendant sa vie ^*
La plupart des récompenses dont nous venons de parler sont occasionnelles ^ c'est^-dire appliquées à une circonstance particulière. Il en est d'autres établies ^r fonelation, telles que les hôpitaux de Chdsea et de Greenwich à Londres, «t lliôtel des Invalides à Paris, imitation du Prytanëe d*Athènes.
On-a souvent douté de l'utilité de ces fonflllons. La somme totale de leurs dépenses , distribuée en petites pensions de retraite , pourrait étendre la rémunération à un plus grand nombre d'individus, et ils n'en seraient que plus heureux , parce que des hommes qui ont fini leur carrière d'activité , réunis dans un séjour où ils n'ont plus aucun des soins et des travaux de la vie , sont sujets à l'ennui. Je ne conteste pas 1% justesie de ces observations, mais il s'agit aussi d'examiner l'effet de ces établissements sur l'esprit des soldats et des matelots. Leur imagination a été flattée par la magnificence de ces retraites : c'est une grande espérance qui leur est ouverte à tous ; c'est un asile pour des hommes qui, ayant quitté dès leur jeunesse patrie et famille , n'en ont souvent aucun dans le monde. Ceux qui ont été mutilés ou défigurés par des blessures sont consolés par la gloire dans un hospice où tout parle de leurs exploits ; et il est peut-être plus prudent , pour le bien du service , de les réunir que de les disperser. C'est un luxe , mais il est national , il est exemplaire , il a un caractère de justice et de grandeur.
Ces établissements , nécessairement limités pour le nombre , ne doivent être considérés que sur le pied de récompenses extraordinaires, pour des services distingués : c'est pour le matelot et le soldat une sorte de noblesse. Je voudrais en relever l'éclat, en y déposent les trophées guerriers , mieux placés dans Tenceinte de ces asiles militaires que dans les temples de paix. Les décorations de la chapelle des Invalides sont admirables. Les drapeaux suspendus dans l'église de Saint-Paul j à Londres, ne font que réveiller das idées étrangères au culte religieux : transportés é Greemvich ou à Chelsea ,
1 Uo Angliit fit mettre inr m tombe : Cl-y// l^aml de Philippe Sydney.
* EUe ne coûte rien : cela D*ett ^i ezactemeot vrai : UQO uuMlii ioveoiion dans les arts, à proportion de la préféf^HtffeilcobtieDtfnuilà ceaxqni travaUlalent daas
ils y trouveraient des associations naturelles , et fourniraient un texte aux commentaires de ceux qui les ont conquis par leur valeur.
Il n'est pas nécessaire , poMr une seule et même récompense , que toutes les qualités y soient réunies; ou , pour mieux dire , cette réunion se feit souvent d'^e-mème et d'une manière imperceptible.
C'est là ce qu'on voit , par exemple , dans une récompapse dont j'ai déjà parlé , et qui est la seule peut-être où toutes les qualités désirables se trouvent dans la plus juste mesure t ce sont les priviléges accordés aux inventeurs.
Cette récompense se proportionne d'die-même à la valeur du service. Elle ne coûte rien >. Elle donne naissance à une branche d'industrie qui n'aurait point existé. Tout ce qu'on ôle par la prohibition, c'est le droit de faire une chose qu'on n'aurait pas été en état de faire , sans le service rendu par l'inventeur. Enfin cette récompense est exemplaire, caractéristique, fructifiante; elle est même très-populaire , par son accord avec les notions établies de propriété et de justice.