‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 137 sur 468 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE 8ALMRE EST-IL RÉCOXPENSE?

L'État ne se maintient que par une suite de services constants et réguliers. La condition politique de ceux qui sont tenus de les rendre s'appelle charge y place ^ office ou emploi. Le mode de rétribution n'est pas toujours le même; mais, par la rétribution pécuniaire a prént est une somme fixe et pério- )pelle salaire.

récompense pour les services?

, il doit agir de la même manière i proportions : or , comme les [>mpenses produisent les plus services les mieux payés doivent utés.

; paraît exact , mais l'expérience Examinons les faits. Là, vous \ très - modérés , et des services très-bien remplis : là, des salaires considérables, et des services très -négligés; là, d'échelon en échelon , à mesure que le salaire augmente, le service empire. Où est l'erreur ? Il ne saurait y en avoir dans les faits ; c'est donc le raisonnement qui est faux.

Voici la solution de cette difficulté : le salaire n'est pas récompense ; il n'est pas même le mobile qui porte l'employé à remplir ses devoirs ; car qu'il les remplisse bien ou mal, il reçoit toujours la même somme. Pour que le salaire fùl récompense, il faudrait que l'accomplissement du service en fût la condition préalable. Des émoluments conditionnels seraient récompense, des émoluments fixes ne le sont pas.

Qu'un maître d'école s'avisât, pour exciter la diligence de ses écoliers, de leur donner périodiquement à tous , paresseux el laborieux , sans dis-

tinction , un certain nombre de coups de fouet, que dirait-on de cette politique? Il se conduirait cependant envers ses écoliers comme le fondateur de l'école s'est conduit envers les maîtres , si , dans la vue d'animer leur diligence , il s'est borné à leur assurer un salaire.

Puisqu'un salaire n'est pas une récompense par rapport aux devoirs de détails, comment faut-il le considérer? La réponse est bientôt faite. S'il s'agit d'une charge dont l'acceptation fût libre, le salaire est précisément la récompense de cette acceptation. Car cette acceptation a des inconvénients: remployé aliène sa liberté, il s'expose aux peines attachées aux omissions ou autres malversations dont il pourrait se rendre coupable dans son emploi : l'entreprise de la charge est un service qu'il n'aurait pas rendu sans la récompense.

Ce n'est point là une subtilité , une dislioction purement verbale; c'est, au contraire , une notion fondamentale qui doit influer continuellement sur la pratique. Si le salaire attaché a une charge était une récompense par rapport aux services de détail, plus on augmenterait le salaire, plus on aurait la chance d'augmenter les efforts de l'employé, et de porter le service à la plus grande perfection possible. Formons-nous Tidéed'un thermomètre moral. Si cinquante livres sterling font monter le zèle et l'assiduité d'un curé de paroisse au degré cinq, cinq mille livres sterling feraient monter ces mêmes vertus dans un archevêque au degré cent. Mais observe- t-on que les proportions soient nécessairement dans ce rapport? Appliquez la même mesure à toutes les charges. Vous verrez souvent que la grandeur du salaire, fournissant une occasion toujours renaissante de distractions qui rivalisent avec les devoirs, peut tourner contre le service, s'il n'y a pas d'autres motifs pour contre-balancer ses mauvais effets.

Que le salaire oblige l'employé à remplir ses devoirs jusqu'à un certain point , c'est ce qu'on ne nie pas, puisqu'il peut le perdre par des omissions

RÈGLES SUR LES SALAIOES ET ABTREâ ÉMOLUMENTS D'OFFICES.

trop marquées, des négligences trop manifestes; mais s"\\ n'a d'autre motif que le salaire, tout s% bornem à sauver les apparences autant qu'il le faut pour n'être pas en prise. Ci, o*est là ce qu'on observe dans tous les offices où le gouvernement , n'ayant compté que sur la force de ce moyen , n'a pris aucune autre mesure pour unir l'intérêt avec le devoir. I^ plupart des services, n'étant pas susceptibles d'être déterminés avec précision , dépendent beaucoup de 1» libre volonté des employés. Au milieu d'un mouvement-qui ressemble au travail , on se livre h mille distractions inutiles que Fiaspee' teur le plus diligent ne saurait noter : Fabsence marque , l'oisiveté ne marque pas ; la lenteur produite par l'ennui et le dégoût n'a point de caractère qui la distingue de celle qui naît du défaut de capacité ou de la difficulté des travaux. Le service exige-ft-il le concours de plusieurs individus, l'absence d'un seul pallie ou nécessite la suspension de toutes les affaires. Un inspecteur en chef exerce une grande influence, mais il redoute le r6Ie d'un censeur pointilleux, il se lasse de remontrances inutiles; et s'il n'a lui-même d'autre motif que le salaire, tout s'arrange aisément; une inteNigence secrète s'établit entre le chef et les subalternes, en sorte que plus les choses vont mal , moins le mal parait. C'est là ce qui explique ce vice interne de tant d'établissements où régnent la langueur et rimpérilie, où l'on opère si peu avec de si grands moyens, où les employés eux-mêmes, attachés à une routine servile et oiseuse , opposent les plus liMissants obstacles à toutes les réformes. Tous ces abus deviennent, entre les intéressés , des secrets de franc-maçonnerie. CeluLquI oserait les révéler ou les comliattre serait l'ennemi commun , et son dévouement l'exposerait à une sorte d'excommunication.

Je ne nie pas Pinfluence des sentimen ts d'honneur et de prokiié,*surtout dans les situations élevées qui placeffl^n hbmme en vue. Mais ces motifs sont étrangers av claire : dès qu'il est toujoitrs le même pour des services biwi ou mal rendus^ il est clair qne, ails sont -bien rendus, ce B'est pasau salaire qu1l faut l'attribuer.

CHAPFrRE IL

rtxles sur les salaires et autres émoluments d'officbs.

Avant d'entrer dans le détail de ces règles, remarquons que leur applicati(fn dépend de la

nature du service et fles circonstances locales. C'est en observant la pente des abus qu'on découvre l'espèce de préservatif applicable au mal particulier. IjCS règles ne sauraient former un système parfait, parce qu'il est impossible de faire un catalogue complet de toutes les erreurs , et d'anticiper tous les abus. Mais il faut an moins se précautionner contre ceux dont on a fait l'expérience; il faut mettre un signal sur les écueils connus par des naufrages. Parmi les règles que nous allons donner, que1ques*unes paraîtront superflues par leur évidence même ; toutefois , si , dans la pratique , on a souvent failli pour les avoir oubliées, la règle, quoique trop simple pour prétendre au mérite d'une découverte , est nécessaire comme avertissement : elle n'enseigne rien de nouveau , mais elle rappelle un principe qu'il est bon d'avoir constamment et clairement sous les yeux.

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AUachez les émoluments à remploi delà manière produit la liaison la plus intime entre le devoir employés et leur intérêt.

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