‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 149 sur 468 · SIXIÈME RÈGLE POUR LES SALAIRES · texte numérisé non relu

SIXIÈME RÈGLE POUR LES SALAIRES

tt denl pas mieux que d*étre honnêtes , mais qu'il « fout toujours leur en laisser la possibilité. Que « Votre Majesté consente à faire Tessai que je lui « propose , et je lui garantis une recette plus forte « de plus d'un quart. » La maxiine de morale avancée par H. de Lauaay parut au roi ce qu'elle était, juste et belle en elle-même, et d'autant plus admirable dans la bouche d'un financier, que les gens de cette robe ne sont pas réputés en connaître beaucoup de semblables. 11 autorisa l'essai : les g9g€s des employés furent augmentés de moitié, et les rerenus de Sa Mijesté de plus d'un tiers , sans nouTel impôts.

Le salaire proportionnel au besoin-est donc une espèce d'antiseptique moral ou de préservatif. Il assure la probité de l'individu contre l'influence des motifs séducteurs , et la crainte de le perdre est plus qu'équivalente aux tentations ordinaires des profits illégitimes.

Mais , dans le calcul des besoins , il ne faut pas se borner au nécessaire absolu; il ne faut pas se régler sur les Fabricius et les Cincinnatus. Considérez l'état actuel de la société; prenez vos mesures sur la probité commune. Un fonctionnaire public possède-t-il un certain rang , on exige de lui, n'importe par quelle raison , une dépense à peu près pareille à celle des personnes d'un rang égal. S'il est réduit à contrevenir à cette loi de l'opinion , il déroge , il s'expose au mépris ; peine d'autant plus afligeante que le rang est plus élevé. Ainsi , les besoins eroissent avec la dignité. Dépourvue des r co i ofiicê y légitimes pour se soutenir , la dignité fouroit un motif de malversation , et la puissance en fournit les moyens. Ouvrez l'histoire , et vous verrez les crimes qui en ont été le résultat.

Si on cherche une raison justificative du salaire extraordinaire que Fusage accorde aux magistrats suprêmes qu'on appelle rois, on la trouvera dans ce que nous venons de dire. Les Américains , en nommant le chef de leur État président, ont pu lui donner dès appointements bien faibles , en compmêt^n de ce que la nation anglaise paye au sien. Pouripioi ? Itarce que la dignité présidenlale se mesqre par comparaison avec les autres offices de la république; au lieu qu'en Europe la dignité d'un rof^se mesure par une espèce de comparaison avec les antres rois. S'il ne pouvait soutenir une certaine pompe au milieu de l'opulence de ses courtisans, it|ie croirait avili. Charles II, trop gêné par l'économie du parlemeift, te vendit à un aonarque étranger , qui offrit de fburnir à ses profusions.

ï ThiëbauU , Mes Souvenirs de Berlin , lom. iv , p. 19b.

* Je âoh averth* cfue, n'ajant trouvé dans les maDuscrits

L'espoir de sortir des embarras où il s'était plongé le jeta , comme un particulier perdu de dettes , dans des ressources criminelles. Cette misérable parcimonie valut aux Anglais deux guerres, et une paix plus funeste peut-être que ces guerres. On opprima un allié nécessaire , au lieu et contenir l'ambition d'un rival qu'il fallut combattre ensuite avec moins d'avantage. Ainsi l'établissement de la liste civile, quoique la somm* puisse paraître excessive , est une mesure de sûreté générale.

11 est vrai qu'on ne peut pas trop savoir ce qu'il aurait fallu donner à un Charles II pour l'empêcher de se vendre. Il faudrait plus ou moins de cet antiseptique , selon qu'un fonctionnaire pubttD serait plus ou moins accessible à la corruption. Tout ce qu'on peut faire à cet égard, c'est de calculer d'après les individus dont on a fait l'expérience.

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