AvanUige du commerce
II résulte toujours quelque avantage de tout échange , pourw qu'il soit fait sans fraude et avec connaissance de cause : autrement cet échange ne 86 ferait pas : il n'y aurait point de motif pour le foire. Sous ce point de vue , les deux parties contractantes ont un bénéfice égal , puisque chacune d'elles cède ce qui lui convient moins pour acquérir ce qui lui convient mieux. A chaque transaction de cette espèce , il y a deux masses de jouissances nouvelles.
Hais quoique tout commerce soit avantageux , tel commerce peut être plus avantageux à l'une des parties qu'à l'autre. 11 est plus avantageux à vous qu'à moi , si pour une chose qui ne vous a c<ràté qu'un jour de travail , vous obtenez de moi une chose qui m'en a coûté deux. La balance réelle du commerce est la quantité de travail reçu par delà le travail donné en échange.
Il n'est pas besoin d'examiner ici à quel point le sol, le climat, la position, les circonstances naturelles, peuvent donner cet avantage à un État sur un autre , puisque cette connaissance ne peut guère influer sur la pratique. Il est plus important d'observer qu'on peut l'acquérir jusqu'à un certain degré par art, et que la supériorité de la maind'œuvre ou des instruments est une espèce de monopole qu'établit la fortune en faveur du génie. La plupart des découvertes dans les arts sont des victoires sur le temps. Plus il y aura dans un État d'inventions nouvelles dont le produit passe dans Télranger, plus la balance réelle de son commerce lui sera favorable. Les avantages de la dextérité sont plus durables que ceux de la science. Les découvertes chimiques se répandent; l'industrie des ouvriers du Bengale leur sera peut-être particulière pendant des siècles.
Les grands politiques admirateurs du commerce étranger le considèrent surtout comme un moyen d'obtenir une balance en or; les échanges qu'il faudrait payer en métaux précieux leur paraissent défiivorables , et ils se hâtent d'intervenir pour les empêcher. Si un marchand veut envoyer des espèces monnayées de Londres à Paris, c'est pour faire un payement qui lui coûte moins de cette manière que de toute autre. Le politique est plus fin que cela : il ne veut pas qu'on fasse ce gain ; car gagner serait l>erdre. Empêcher le profit de chacun est le moyen qu*il a découvert pour prévenir la perte de tous. I^ voilà tout oc€ui>é à entasser mesures sur mesures
pour empêcher la sortie du précieux métal. Réussir serait un très - grand malheur , mais c'est ce qui n'ajtrive guère. L'insuccès, en diminuant le mal, double |a sottise. Je dis en diminuant le mal , car il ne disparaît point entièrement. 11 y aura , par exemple, plus ou moins de frais de la part du gouvernement pour faire exécuter la loi, plus ou moins de vexations, plus ou moins de gêne, plus ou moins de particuliers punis pour avoir rendu service à rÉiat < on s'accoutume à éluder les défenses, à tromper le gouvernement. L'argent s'avilit plus ou la main-d'œuvre hausse à pro- }n des choses manufacturées I []u'on a vu en Portugal et en
it-ils trop heureux de ne réussir I z à Midas son souhait, il va
m monceau d'or.
En recommandant la liberté du commerce , je
suppose l'esprit des commerçants dans son bon
sens ordinaire ; mais il y a eu des temps où il a été
comme en délire , par exemple , Tépoque du sys-
tème en France j et du projet du Missi^êipi en
^ tats auraient eu raison de
s concitoyens d'acheter la
^y OU les actions chimé-
d. Comparez ceci avec ce
re précédent, de l'émigra-
s générales, il ne faut pas
passagers.
Ce qu'on a dit des métaux précieux est vrai de tout autre objet de commerce, sous le point de vue de la richesse générale. 11 ne saurait y avoir incompatibilité entre la richesse de chacun et la richesse de tous; mais il n'en est pas de même pour la subsistance et la défense. Les particuliers pourraient trouver leur pr<^t individuel dans des opérations commerciales qui seraient en opposition avec la subsistance de tous et la défense de tous. C'est là surtout ce qui pourrait arriver à un petit État dans le voisinage d'un grand. Établissez dans le petit État une liberté illimitée de commerce , le grand pourrait le ruiner à force d'or. En cas de disette, il pourrait acheter tous ses vivres; aux approches d'une guerre , il pourrait acheter toutes ses armes.
La conduite à tenir pour s'assurer les moyens de subsistance et de défense se modifie à l'infini , à raison de la position, du sol, du climat, de l'étendue du pays dont il s'agit.
La grande difficulté, par rapporta la subsistance, est de subvenir à la différence entre les bonnes et les mauvaises récoltes. Si le produit est inférieur à la consommation , l'inconvénient est palpable ; s'il est plus grand , l'abondance avilit le prix, le cultivateur se ruine ou se décourage , et l'excès peut
DES MOYENS D'ACCROISSEMENT DE LA RICHESSE
être suivi de la disette. Pour ramener Fëgalité, les uns ont profité des années de surabondance pour faire des magasins publics ; ies autres ont encoaragé la culture autant qu'ils ont pu , en se Haut aux besoins de Télranger pour écouler Texcédant. A en juger par le raisonnement seul , le premier parti ▼aut mieux pour enchaîner les événements ; à en juger par les faits, le second est moins sujet à abus. C'est par là que l'Angleterre a joui d'une abondance assez constante. La Hollande , plus libre eocore daus le commerce des grains , a obtenu tout ce qui lui manquait à une moyenne de pri:
geuse que l'Angleterre. La liberté d( i
parait donc le meilleur de tous les m ^
préserver de la disette.
Par rapport à la subsistance et à i
meilleure sécurité est celle qui résulte ;
générale Le superflu est le gage du nécessaire ^.
Après cet examen des moyens qui concourent à l'aceMfssement de la richesse réelle, nous concluons que le gouvernement peut s'en fier à Vinc/inatîon et à VifUelligence des individus pour les mettre en œuvre; tout se borne, de son côté, h leur laisser le pouvoir d'agir et le droit de jouir , et à favoriser le développement des connaissances générales; et |K>ur cela :
1» Encourager l'étude des divtTses branches de la physique. Les épines de la science forment uni' barrière entre la pratique et la théorie, entre l'artisan et le philosophe ;
2« Instituer les prix pour les découvertes et les expériences ;
3» Faire publier les procédés usités dans chaque branche d'intlustrie. Le gouvernement français, supérieur aux petites jalousies , s'était signalé de cette manière, et s'était rendu le bienfaiteur du genre humain ;
4"» Observer avec soin tous les progrès du même genre dans l'étranger , et leur donner la même publicité ;
K» Faire publier les prix des divers objets de commerce. Le prix d'une chose est une extra-récompense pour quiconque peut la fabriquer ou la fournir à meilleur marché ;
6» Accorder des brevets d'invention ou des patente^ pour un certain nombre d'années;
7» Cohiprcndre sous la peine de faux le délit de contrefaire la marque d'un autre artisan. Pour prévenir les contraventions d'ignorance, il faudrait établir un registre qui contint la description de ces
* Voyez Traités de législation, lom. I , Principe» du Code civU , chap. ir, t. Des lois relativement à la subsistance et à l'abondance.
maiiies. Cest là un privilège qu'établit la nature en faveur de la dextérité : le législateur doit le maio* tenir.
Elle ne vient, cette récompense, qu'à la suite da travail , et il n'y a pas moyen d'en abuser.
Par rapporta un grand nombre dinventions dans les arts, un privilège est absolument nécessaire pour qu'on puisse recueillir ce qvi'on a semé. Ce qu'un seul a pu inventer, tous sont en état de l'imiter. Sans le secours des lois , l'inventeur serait presque toujours expulsé du concours par soo injuste rival ; celui-ci , sans aucun frais , en possession d'une découverte qui a coûté au premier beaucoup de temps et de dépenses, peut le frustrer de tout bénéfice en vendant à un prix plus bas. Uo privilège est de toutes les récompenses la mieux proportionnée , la plus naturelle , la moins onéreuse : elle produit un efiet infini, et n^ coûte rien. « Donnez-moi quinze ans, dit l'inventeur, pour avoir le fruit de mes travaux ; après ce terme, il sera à tout le monde. —Non, dit te souverain, vous ne l'aurez pas. n Qu'arrive-t-il ? Il n'est à personne, ni pour quinze ans, ni après. Tout le monde est frustré, inventeurs, ouvriers, consommateurs : tout est étouffé , bénéfice et jouissance.
Ces privilèges exclusifs en faveur de l'industrie sont établis depuis longtemps en Angleterre ; mais il s'y est introduit un abus qui corrompt la faveur ou plutôt la justice de cette loi. Cette patente gratuite est devenue l'occasion d'un pillage dont la coutume a Fait uu droit. C'est une véritable conspiration contre l'accroissement de l'industrie nationale.
Qu'on se figure un artiste pauvre et timide, qui, uu bout de quelques années consumées dans Tincertitude et le travail , se présente au bureau officiel pour recevoir le droit qu'il a entendu dire que b loi lui donne. Aussitôt voilà les grands dignitaires de la couronne qui fondent sur lui de concert, comme des vautours sur leur proie. Un solliciteur général lui enlève quatre guinées; un garde da sceau privé, quatre et demie ; un garde d'un autre sceau, quatre ; un secrétaire d'État, seize : le grand chancelier, qui ferme la marche , comme premier en dignité doit être premier en rapacité; il ne lui en faut pas moins de vingt-six. Devrais-je ajouter que dans ce manège l'extorsion appelle à son secours la fraude? que l'aspirant n'est ballotté de bureau en bureau que pour donner divers prétextej au pillage ? que pas un de ces officiers, grand ou petit, nn s'avise de lire un seul mot du galimatias qu'il signe, et i^u'ainsi toute cette parade de consultation n'#^st qu'une farce*?
* Est-il besoin d'avertir qu*en blâmant la chose, oo oe peut pas faire le moindre reproche aux individus qui oui trouvé ces droits établis, et qui en profitent? C*est nue