De l'expression
Nous arrivons à une autre cause qui peut rendre le téipoignage inexact : rimpropriélë de Vexpres-
I « Dans un bailliage de Bar, en 1708 , an vieillard , nn père de famille, nommé Martin, fut condamné à périr sur la roue; et une expression équivoque, mal comprise, fut une des principales causes de sa mort. Il était accusé d'un meurire et d'un vol commis à quelques pas de sa maison. Un témoin du meurlpe fut confronté avec lui, et dit : Ce n'est pas là l'assassin,— Dieu soit loué! s'écria le vieillard innocent , en voici un gui ne m'a pas reconnu. Le
sion. La peinture du fait peut être fidèle dans la mémoire du témoin : si la copie qu'il en présente dans son discours est incorrecte , le vrai est déguisé par son langage autant qu'il pourrait l'être par son ignorance. Cette impuissance à s'exprimer clairement peut dénaturer son témoignage.
Les aberrations par l'incapacité d'expression peuvent être plus grandes que les aberrations résultant de la mémoire. Un souvenir imparfait peut avoir beaucoup de traits conformes à la vérité; il 7 a encore une base ferme et solide dont le témoin ne peut pas s'écarter : mais un mode vicieux d'expression peut donner un sens tout à fait opposé an vrai ; la confusion des idées n'a point de limites. L'écart peut aller au point de rendre la déclaration du fait absolument OMitraire à l'intention du déposant. Dans la langue anglaise bien parlée, deux négations sont équivalentes à une affirmation : mais dans le langage vulgaire, il n'en e^point ainsi; des négations redoublées ont encore un sens négatif. Dans la langue française , et dans celle de toutes les classes, deux négations n'ont pas la force affirmative ^.
D'un autre côté , ce genre d'erreur est beaucoup moins fréquent que celui qiti tient au défaut de mémoire ; de plus , ce défaut se décèle d'abord aux yeux d'un homme exercé, au moins lorsqu'à en résulte des phrases obscures et équivoques : le témoin qui balbutie peut être aidé par des questions et des remarques qui lui fournissent les moyens de se corriger lui-même ; tandis qu'un défaut de mémoire peut échapper à l'observation , et qu'il n'est aucun moyen d'y remédier.
Dans le témoignage oral , la timidité est pentêtre la cause la plus fréquente de l'inexactitude dans l'expression. Les degrés peuvent varier indéfiniment selon la disposition particulière de Findividu, son tempérament, sa condition, ses habitudes plus ou moins privées. Toutes les causes qui produisent la timidité afFéctent principalement nne jeune personne non mariée, depuis l'âge de pubertç jusqu'à quelques années au delà.
La timidité n'est peut-être , en dernière analyse, qu'une sensibilité extrême aux trois sanctions tutélaires, la politique , la religion , la morale, mais surtout à cette dernière.
La timidité est fort augmentée par la publicité de
juge interpréta ces paroles comme un aveu du crime. Il crut qu*elles signifiaient : Je suis coupable, et on ne m'a pas reconnu. Elles signifiaient tout le contraire ; mai* I* sentence fut portée, etc., etc. Peu de jours après son •létntion, son innocence fut reconnue, etc., etc. )»
(VotTAiBB, Essai sur les probabilités en fait de Justice. Politique, tom. 11.)
ANALYSE DES FACULTÉS IISTELLEGTUELLES
l'examen ; et Terreur qui peut naître de cette cause dans le témoignage est un des incon?énients à mettre dans la balance contre les aYantages prépondérants de cette sûreté cardinale.