De rimaginatioD
Je ne parle de cette faculté que dans le rapport qu'elle peut a?oir aiec le témoignage : ses efifets , retativement aux faits réels, sont toujours contraires à l'exactitude; souvent même Terreur qui en résulte n'est pas une simple déviation du vrai dans quelques circonstances , mais une création de faits raux en totalité : cela arrive lorsque Timagination joue le rôle de la mémoire , lorsqu'elle prend la place du souvenir.
L'œuvre ordinaire de Timagination consiste à représenter des foits qui n'ont jamais existé, à combiner des images, des événements qui sont dans le magasin de la mémoire, et à les assembler comme il nous plaît , pour notre amusement et celui des autres ; mais celui qui fait cet emploi de son imagination ne s'y trompe point, et de plus il ne cherche pas à tromper. Les romanciers , les conteurs et les autres poètes doivent être rangés parmi les bienfaiteurs de l'espèce humaine , et non parmi les faux témoins.
L'œuvre extraordinaire de Timagination consiste à prendre ses propres inventions pour des réalités.
Dans un esprit faible,dan8 un enfont, par exemple, la simple idée d*un objet peut se confondre avec la persuasion de son existence.
Nous avons tous une notion de cet état de fausse croyance par ce qui se passe dans les rêves : les illusions s'y présentent comme des réalités. Il y a un âge où la distinction entre l'état de veille et l'état de rêve est encore très-faible, et Tentant peut occasionnellement s'y méprendre : celte erreur peut encore exister dans un âge plus avancé, soit par un état de maladie , soit par des opinions religieuses , soit par l'effet de quelque émotion extraordinaire.
Le sceptique Hume a fondé sur ce principe une partie de son système. Notre persuasion de l'existence d'un objet n'était , selon lui , qu'un certain degré de vivacité, dans l'idée produite par cet objet. Par quelle espèce de photomètre ce degré de vivacité qui constitue la persuasion qu'une chose existe
1 II y a une autre peur qui arrête les f aget , celle de la pertéeulioo.aOn appelle Topinion la reioe du monde; elle « Test ii bien que , quand la raison vient la combattre , la «c raison est condamnée à la mort, n {Dicl. phiL)
* n y a longtemps qu*on a observé les effets de la peur sur imagination , et de lii sur la croyance. Piura et ma" JorQvktenturtimenlibuê, eadem non famanfmadveriun'
sera-t-il distingué des Impressions plus foibles qui ne sont point suivies du même jugement?
Si, dans Vàge où le discernement n'est pas fermé, la simple idée d'un objet peut opérer sur Tesprit comme une preuve suffisante de son existence, que sera-ce si cette persuasion est préparée par dea opinions populaires?
En effet , une opinion popuIan*e agît en faveur d'une croyance établie comme un corps de preuves, toutes indirectes, toutes très-vagues, mais qui tirent leur force de leur multitude. Le nombre des témoignages semble compenser toutes les garanties qui lui manquent : ajoutez que la force des assertions est toujours en proportion de Tinvratsemblance du fait affirmé , comme par un instinct naturel on fait un plus grand effort pour vaincre une plus grande résistance.
Si Ton veut creuser plus avant dans le cœur hu^ main, on y trouvera une disposition secrète à croire le merveilleux , comme s'il étendait notre pouvoir et nous donnait des moyens surnaturels.
Mais d'ailleurs, quand il s'agit de ces êtres de pure création , la raison ne reste pas libre pour peser le témoignage : la peur s'en mêle , le doute parait dangereux, on craint d'offenser ces agents invisibles; et il y a de nombreuses histoires répandues dans le public sur les vengeances qu'ils ont exercées contre les incrédules ^.
Voilà les différentes causes qui ont établi les croyances des spectres , des revenants , des possédés , des diables , des vampires , des magiciens , des sorciers , tous ces êtres effrayants qui ont cessé de jouer un rôle dans les tribunaux , mais qui font encore leurs apparitions dans les chaumières *.
Parmi les œuvres extraordinaires de Timagination, il en est une qui est précisément l'inverse de celle dont nous venons de parler. Il s*agissait de faits non existants attestés comme des faits réels ; mais il y a des faits réels que Timagination produit , qui n'existent que par elle. L'histoire de la médecine contient une multitude d'exemples de ce genre : des maladies suspendues ou guéries par l'influence d'une persuasion de Tesprit, d'une simple et pure persuasion , sans aucun fondement dans Taction des causes naturelles. Fit medicinafides. Je ne fais que rappeler ici le magnétisme animal , qui eut de si nombreux partisans dans la capitale de la France; et les tracteurs métalliques , qui à peu près dans
turin pace.' in metu etpericulo, çuum credunhtr faei- Hûs, tum flngunturimpuniùt. (Dc.de Divinatione, Lui.) Aliot timor iibi reddit, eUios vekementiùs perturbât et in dementiam transfert. Inde inter bella erravere (jrmphatici : nec utquam plura exempta vaticinantium inventes quant ubl formldo mentes retigione mixta percussit, (Se!ibca , Natural. QuaMliones, I. vi , 39.)