CHAPITRE XIV
CE QUI CONSTrrUE LÀ FORCE MOYENNE d'uN TÉMOIGNAGE.
Comme les juges sont toujours appelés à déterminer quel est le degré de force probante d'un témoignage , ou h décider entre des témoignages
opposés quel est le plus fort, il serait désirable d*avoir un étalon ou une mesure moyenne de probabilité qui servirait de terme de comparaison, et à laquelle on se rapporterait pour prononcer d'un témoignage donné qu'il est au-dessus ou au-dessous de ce terme moyen.
Mais où prendre ce degré de force ordinaire ou cette mesure de comparaison? Nous la trouverons dans un individu , un seul , pris au hasard dans la classe moyenne, d'une intelligence commune, d'une probité qui ne donne lieu à aucune objection, déposant comme témoin du fait dont il s'agit ( fut qui d'ailleurs n'est point improbable en lui-même ), parlant pertinemment de toutes ses circonstances, et donnant sa déposition selon les formes les plus convenables pour assurer la véracité ^.
Un témoignage ainsi rendu, s'il n'est point contrebalancé par un témoignage contraire, trouvera naturellement le juge disposé à le croire.
Toutefois on sait par expérience que si un témoignage de cette nature s'est trouvé vrai dans la plupart des cas , il en est d'autres où il s'est trouvé faux.
Nous avons donc maintenant une mesure nominale de comparaison pour estimer la force des preuves. Nous parlerons d'une preuve de force moyenne quand elle atteint cette mesure, de force supérieure quand elle s'élève au-dessus, de force inférieure quand elle tombe au-dessous.
Plus il y aura de degrés de force dans les preuves, déduction faite de tout ce qui est contre , plus leur effet sera certain pour opérer, la conviction du juge et pour légitimer sa décision aux yeux de ceux qui auront suivi la cause avec intérêt.