FORCE PROBANTE AUGMENTÉE
Si on parcourait rbistoire des tribunaux pour relever toutes les prati(|ues qui ont été établies au préjudice de la vérité, et pour la ruine du bon droit et de rinnocence , on présenterait le tableau le plus affligeant. Dans plusieurs cas il y a eu plus d'erreur que de mauvaise foi : en établissant la marche la plus contraire aux intérêts de la justice , on croyait la servir. Mais il faut avouer que les législateurs , timides par ignorance , ont laissé prendre dans la procédure un empire absolu aux hommes de loi ; et ceux-ci ayant vu dans toutes les opérations judiciaires des moyens de profit, se sont appliqués à multiplier les demandes injustes, les défenses injustes, les délais, les incidents, les dépenses. Plus le système a été obscur et compliqué, plus ils ont été nécessaires; les cours de justice ont été peuplées de harpies qui dévorent les malheureux plaideurs : des fictions légales, des nullités, des formes superflues , des mensonges privilégiés ont couvert le champ de la loi ; et le malheureux qu'on opprime, obligé de revendiquer ses droits, éprouve souvent que la réparation d'une injure est plus ruineuse que l'injure même.
C'est là, dira-t-on, le texte ordinaire des déclamations; j'en conviens, mais ces déclamations sont fondées sur des faits : il est vrai que , pour établir la vérité de ces faits, il faudrait développer en détail la marche inique et tortueuse delà plupart des procédures. La difficulté de mettre le mal en évidence est ce qui contribue le plus à le maintenir. Les hommes de loi se sont mis à couvert des attaques en s'environnant de mystère, et ils ont même voulu se faire un titre de gloire de cette obscurité, qui , semblable à Tombre du mancenillier , répand son poison autour d'elle.
Heureusement , du sein de la magistrature et du barreau , il s'est élevé des hommes vertueux qui ont éclairé les législateurs, et qui ont jeté des semences de réforme. On commence à en voir les effets dans une grande partie de l'Europe; et l'on peut espérer que le temps n'est pas loin où la procédure orale et publique aura gagné sa cause contre le mauvais génie de la jurisprudence du moyen âge.