‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 322 sur 468 · DE LA PEUR, INDIQUÉE PAR L'ÉTAT PASSIF · texte numérisé non relu

DE LA PEUR, INDIQUÉE PAR L'ÉTAT PASSIF

des coDirailietioDS prétendues, de donner à ses déclarations plus de latitude qu'elles n*en avaient dans son esprit , ou de se prévaloir de son trouble et de sa confusion pour le faire tomber dans des pièges.

Par rapport aux causes de faux dans les aveux, telles que nous les avons énumérées , ce sont de simples suggestions de cas singuliers qui sont dans l'ordre des choses possibles, mais bien peu probables.

DiftéreDoe,qnantà Peffet, entre IMoterrogaloire Juridique et Pinterrogatoire extrajudiciaire.

Ces deux modes ont cha«m leurs avantages et leurs désavantages, dont la connaissance est d'une grande utilité pratique.

I/interrogatoi^ privé ou extrajudiciaire , c^sidéré comme moyen de tirer la vérité d'une bouche qui répugne à s'ouvrir, est naturellement inférieur, à deux égards , à l'interrogatoire judiciaire.

l» Inférieur du côté du pouvoir : l'interrogé n'étant pas devant son juge , se tait , s'il lui convient de se taire , sans craindre que son silence puisse entraîner aucune conséquence décisive contre lui; tandis que le juge peut continuer l'interrogatoire autant qu'il le croit nécessaire , et jusqu'à ce que l'accusé ait fourni complètement toutes les preuves qu'on peut attendre de lui.

2<» Inférieur du côté de l'habileté^ l'interrogateiir casuel n'aura pas en général le talent que donne la pratique, et ne saura pas toujours distinguer les points essentiels vers lesquels il faut diriger l'examen.

Mais ce désavantage peut être compensé : par exemple, de la part d'un père, d'un chef, d'une maîtresse de famille , il y a un intérêt supérieur, une curiosité pénétrante et une connaissance de détail qui peuvent suppléer à l'expérience et à l'habileté.

Une autre circonstance , qui est tout à l'avantage de l'interrogateur domestique , c'est qui! attaque le délinquant supposé à l'improviste ; des questions pressantes et brusques ne lui laissent pas le temps de préparer un plan de mensonges ; au lieu que dans l'intervalle qui s'écoule entre l'arrestation et l'interrogatoire Judiciaire , Faccusé a le loisir de Méditer ses réponses, ou de recevoir les suggestions de ses complices.

Quant aux interrogatoires adressés dans la voie épistolaire à un délinquant supposé , et auquel on demande une réponse par écrit , s'il est coupable , sa réponse sera combinée de manière à produire l'espèce de déception dont il a besoin ; il a tout le

loisir nécessaire pour méditer, arranger, inventer. Un homme fournira rarement de cette manière un témoignage contre lui-même.

Mais d'autre part , cet écrit a cet avantage particulier, qu'il passe satis altération sous les yeux du juge : c'est le discours du délinquant lui-même , et non un simple rapport susceptible de se modifier en passant par la bouche d'un autre témoin.

Il est rare qu'on ait à produire en justice des témoignages de cette nature : pourquoi? Parce que l'individu ainsi interrogé , n'étant pas en présence de l'interrogateur, se refuse sans difficulté à répondre à des questions qui lui déplaisent. Le silence, en ce cas , s'interprète moins â son désavantage , parce qu'on peut l'attribuer à d'autres motifs que la crainte.

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