‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 338 sur 468 · SS · texte numérisé non relu

SS

ne tombât pas du côté où elle a quatre poids connus , à moins qu*on ne commence par prouver que ces quatre poids ont été supprimés , ou qu*on a mis dans le bassin opposé un poids supérieur.

L'effet de ces sanctions est tel , que s'il s'agit de Juger les motifs qui ont pu porter à tel ou tel crime, le moins mauvais de ces motifs est toujours le plus probable. Je ne sais si un Néron ne fait point excep- ! tion à toutes les règles de l'humanité : mais pour [ Néron même , je serais plus porté à attribuer l'incendie de Rome au désir d'en être le second fondateuj^qu'à celui de jouir de l'affreux spectacle des souimnces et du désespoir du peuple romain.

Par la même raison, plus le délit serait grand pour

I celui à qui on l'impute, plus il serait improbable :

plus il faut que la preuve soit forte pour l'établir.

Ainsi, l'effet et l'usage de ces circonstances inculpatires résultant de la condition et de la situation spéciale d'un individu est de contre- balancer la présomption générale d'innocence dont je viens de parler.

Les quatre sanctions tendent à déprobabiUser le délit : la tendance de la situation spéciale est de le rëprobabiliser.

Entre diverses personnes suspectes, cette circonstance qu'on tire du motif, du caractère, de la réputation , de la situation , indique , dans le cas de Tuo d'eux, un degré de probabilité supérieure contre lui comparativement aux autres hommes.

Ce sont là des indices que l'on ne peut pas négliger. Le délit étant commis, il y a un coupable à chercher : le soupçon va d'abord s'attacher à celui qui a eu un motif particulier , un intérêt supérieur, une facilité spéciale , à celui qui est entaché d'une mauvaise réputation , à celui qui a fait preuve de dispositions analogues , etc.

Mais il faut aussi se rappeler sans cesse que ces présomptions sont extrêmement sujettes à être trompeuses, qu'elles sont d'autant plus faibles qu'elles embrassent un plus grand nombre d'individus , que les plus grandes injustices ont été commises par la foi trop aveugle qu'on leur a donnée , et qu'en particulier, quand il s'y mêle un esprit de parti , ou un préjugé de secte , il faut redoubler de défiance. Il y a eu un temps où un juif accusé était toujours criminel. L'assassinat juridique de Calas fut en grande partie l'effet d*une opinion populaire qui imputait aux protestants de foire mourir ceux d'entre eux qui voulaient abandonner leur religion pour la religion catholique.

Ces circonstances ne doivent donc jamais agir qu'au premier moment comme des indices pour diriger les soupçons , et les particulariser ; mais Jusqu'à ce qu'ils viennent à s'unir à des preuves plus fortes, ils ont bien peu de valeur.

Page 1