‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 401 sur 468 · ExcluiioB à raison d*uoe opinion religieuse · texte numérisé non relu

ExcluiioB à raison d*uoe opinion religieuse

Quand on a fait de telle ou telle persuasion religieuse un motif d'exclusion , on l'a envisagée comme entraînant un soupçon ou une preuve d'improbité.

Mais cette présomption générale est tout à fait dénuée de fondement : dans cette infinie diversité de sectes qui se représentent les attributs de la Divinité sous des idées si contradictoires et si fantastiques , il n'en est aucune qui ne reconnaisse en Dieu le protecteur de la justice , et le conservateur des obligations morales , sans lesquelles la société ne pourrait pas subsister. En un mot, les erreurs de leur entendement , qui se manifestent dans la variété même de leurs opinions , ne renferment rien qui détruise la crédibilité de leur témoignage.

Si vous considérez même l'athéisme , quel que

• Je renvoie à la Théorie des peina, section 7«, Peines fortuites. Inadmissibilité à témoigner. Cette question y est examinée sous toutes ses faces.

soit le degré d'erreur, quel que soit même le danger de cette opinion , il n'y a point de raison pour en conclure à un soupçon d'improbité. Pourquoi?

C'est que l'aveu d'une opinion si étrange , si contraire au sentiment universel , est au moins une preuve de la sincérité de l'individu : sincérité (fui, peut ne point exister de la part de ceux qui déclarent la plus ferme adhésion aux opinions reçues , et qui la déclarent avec d'autant plus de confiance, qu'il est impossible de les convaincre du contraire.

Dans les cas où l'opinion religieuse est particulièrement mise en jeu , où l'on peut appréhender l'efFet des haines on des partialités résultant de cette cause , le danger d'erreur ou de fausseté dans le témoignage est si manifeste , qu'il faudrait , de la part du juge, un aveuglement extraordinaire pour ne pas le recevoir avec une extrême défiance.

En Angleterre , on reçoit la déposition d'un quaker au civil , on ne la reçoit pas au pénal ; on l'admet pour un besoin modique , on l'exclut pour un besoin extrême. Qu'une femme de cette société subisse la dernière des injures, il faudrait que, pour venger sa vertu , elle abjurât sa religion. Un scélérat mit le feu à sa maison , au milieu de Londres, pour frauder les assureurs. Un quaker, témoin du fait , déposa en justice ; mais , comme il refusa de prêter le serment requis, il fallut rendre à la société un incendiaire. Quelle absurdité ! Ceux qui ont des scrupules sur le serment font- ils moins de cas de la véracité que les autres? Au contraire, leur refus naît de leur bonne foi. Ce qui fait rejeter leur témoignage est précisément ce qui devrait le faire admettre.

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