‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 410 sur 468 · RÉELLES · texte numérisé non relu

RÉELLES

Nous avons établi que la crédibilité ou rmcrédibilité des faits ne dépendait pas de leur nature , mais de la disposition de notre esprit , c'est-à-dire de l'état de nos connaissances : en sorte qu'en divers temps et en divers pays , on peut avoir des notions toutes différentes sur le possible et l'impossible, d'où il résulte qu'entre les faits qui peuvent devenir le sujet d'une controverse judiciaire, on n'en peut mentionner aucun dont on puisse affirmer que tous les hommes s'accorderont à le regarder comme incroyable. ^

Non , dira-t-on : si da moins cette r^le est^néralement vraie, elle ne Test point universellemei^ Il y a des-exceptions ; par exemple , tous les hommes sont parfaitement d'accord , dès qu'ils entendent les termes , à reconnaître que deux et deux font quatre. Il y aune parfaite unanimité entre eux sur l'impossibilité qa'une chose soit et ne soit pas en*, même temps, ou qu'une chose qita existé n'ait pas existé. J'en conviens , mais si l'on veut y faire attention on verra que ces propositions et beaucoup d'autres semblables ne cenferment aucun fait positif; tout ce qu'elles énoncent se rapporie à la signification des termes. C'est dire qu'un mot admis dans un sens ne peut pas être reçu dans un sens contradictoire : c'est dire qu'une chose inconcevable ne peut pas être conçue. Toutes les propositions directement opposées à des vérités mathématiques sont dans ce cas. Celui qui avance, par exemple, que deux lignes droites. peuMot d'elles-mêmes renfermer un espace n'énoni^Hbs un fait : on ne peut pas lui répondre (|u'il'Mrace un fait impossible , puisque ce n'est pas un fait : mais on peut lui répondre qu'il emploie des termes contradictoires , qu'il ne s'entend pas lui-même et qu'il entasse des mets sans idées.

A est mis en justice pour avoir tué B. Des témoins dignes de foi sont tous d'accord pour le charger de ce délit : avant la fin de la procédure , B se présente aux juges. Le fait du meurtre est immédiatement regardé comme impossible , et voilà un cas où tous les hommes seront d'accord. J'en conviens, mais dans ce cas tout se réduit à ce qu'il n'y a point de fait.

Que cette proposition, deux et deux sont quatre^ soit uniquement relative au sens des mots, c'est une vérité reconnue aussitôt qu'énoncée. Ces

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