‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 423 sur 468 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

DES MOTIFS QUI INFLUENT SUR LÀ CROYANCE DES FAITS CONTRAIRES AUX LOIS DE LA MATURE.

Nous avons vu combien la crédibilité des témoins dépend de leur état intellectuel et moral. 11 n'y a aucun cas , même dans les choses qui sont le plus

conformes au cours ordinaire de la nature , où les juges ne doivent se placer dans un état de doute, examiner si le déposant a eu tous les moyens d'information qui peuvent rendre sa déposition exacte et entière, et, de plus, s'il n'a point été soumis à l'influence de quelque motif séducte&r qui puisse altérer sa véracité ou son jugement

Or, dans le cas des faits qui paraissent incompatibles avec les lois de la nature , il y a toujours une circonstance qui tend à rendre le témoignage suspect ; V occasion elle-même renferme quelque cause de déception qui agit sur l'entendement et sur la volonté des témoins : on peut présumer, de la part des uns, une disposition à tromper, et de la part àt% autres une disposition non moins grande h s'abuser. Des cas de ce genre offrent toujours un grand bénéfice à l'imposture , et un grand attrait à la crédulité. Quelle ne doit pas être la défiance du juge au milieu de témoins qui ne lui offrent pas la ressource de la contradiction mutuelle, mais qui, trompeurs ou trompés , voudraient tous concourir à l'égarer !

Arrêtons-nous à quelques-uns de ces faits qui oot été les occasions les plus fréquentes de cette double déception. Je prends mes exemples dans des erreurs passées et qui ne peuvent plus fournir à aucune accusation judiciaire chez des nations civilisées; mais ce progrès de raison est encore si récent qu'il ne doit pas nous inspirer une orgueilleuse sécurité; et d'ailleurs il s'agit ici d'une maladie de tespècc humaine qui se reproduit toujours sous différentes modifications. L'examen d'une erreur détruite peut en prévenir de semblables, comme l'ouverture et la dissection d'un corps mort peut éclairer sur b nature des maux physiques et sur les moyens de les guérir.

Motifi de crédulité au merveiUenx.

Premier exemple. Transmutation de métaus moins précieux en or. — Le motif séducteur qui agit sur l'entendement de celui à qui la révélation du secret est promise se présente aussitôt à l'esprit: c'est le désir de posséder un moyen illimité de for tune. — De la part de l'opérateur, si vous le supposez de bonne foi , il faut à ce même motif ajouter l'attrait d'une grande réputation, celui du pouvoir qui en est la suite, et le plaisir de la curiosité, toujours entretenu par des découvertes dans une science expérimentale féconde en phénomènes inattendus. S'il est de mauvaise foi, le motif séducteur s'applique à la volonté seule, et n'est autre que le désir du gain , le gain provenant de la vente d'uo faux secret. jB^

La croyance dans la pierre pbilusoHJjBfeiistc

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plus : toutefois on ne peut lire les relations qui nous restent de ces mystérieux adeptes, sans éprouTer un vif intérêt de roman ; et cet intérêt n'est-il pas fondé sur les mêmes dispositions dont l'ignorance de nos ancêtres a été si longtemps la dupe ?

Que l'or fût changé en un métal moins précieux, en plomb , par exemple , c'est un fait qui n'a rien de moins incroyable que celui dont il s'agit. Cependant le témoignage qui l'aurait aflfirmé n'aurait point éprouvé la même faveur. Pourquoi? Parce que la force des motifs séducteurs n'eût pas été, à beaucoup près, aussi grande xlaos ce cas que dans l'autre , et que la volonté n'étant pas séduite , l'entendement serait resté libre pour juger de l'invraisemblance du fait.

La transmutation, prise dans le sens littéral, implique^ deux faits antiphysiques , l'annihilation du premier métal et la création de l'or : mais il peut y avoir une transmutation apparente. Si l'or est un des ingrédients qui entrent dans la composition de quelque autre corps connu, par la séparation de ces autres ingrédients , celui qui reste paraîtra transmué en or. Si l'or est un composé de deux corps , et qu'on pût les trouver séparément et les réunir dans les proportions nécessaires, il y aurait une formation d'or, mais il n'y aurait point de transmutation.

Second exemple. Guérison des maladies par des moyens^ exiranaturels, -r Dans ce cas les motifs séducteurs agissent avec une force incomparablement plus grande que dans celui que nous venons de citer ; les deux passions les plus puissantes du cœur humain , l'aversion de la douleur et l'amour de la vie , se combinent pour entraîner le jugement et la volonté à la crédulité la plus aveugle.

Quant à ceux qui se donnent comme les agents de ces guérisons, ils peuvent être sincères; mais la mauvaise foi est plus probable de leur part , et c'est bien le cas le plus ordinaire où , si Ton commence par être dupe, on finit par être fripon.

Cette espèce d'imposture est regardée avec moins de sévérité; elle parait moins blâmable parce que les illusions qu'elle produit sont d'un genre agréable : on nous trompe en nous amusant : mais il n'y a point d'imposture en ce genre qui ne produise un mal général , en dépravant la raison , et un mal particulier, en opposant un obstacle aux progrès de la science. Le possesseur d'un faux spécifique est l'ennemi naturel du vrai remède : mais ce n'est pas tout ; ces imposteurs , ces thaumaturges sont presque toujours l'instrument de quelque secte ambitieuse ; ils ont quelque but indirect , et ils ne trompent que pour asservir.

La crédulité vulgaire sur ce point s'explique aisément : nous venons de voir que dans un cas de

cette nature qui serait présenté aux juges , avant de prononcer qu'une guérison a été miraculeuse , ils auraient â exclure six autres faits qui s'offrent en concurrence et qui n'ont rien que de naturel. Mais peut-on attendre ce discernement du commun des hommes ? Ont-ils les moyens de juger si , dans la guérison prétendue, il y avait une maladie réelle, si le mal n'a point fini naturellement, s'il n'y a point eu d'autre remède employé, si l'imagination du malade frappée n'a point produit une suspension temporaire des symptômes morbides , si le récit tout entier n'est pas une fable, ou du moins s'il n'est pas altéré dans un grand nombre de circon* stances ?

L'histoire de la médecine est celle qui fournit les exemples les plus curieux de l'influence de l'imagination ; je n'en citerai qu'un. L'or a été longtemps regardé comme un remède souverain : et rendre l'or potable était le grand objet de la chimie. L'or est un remède pour les maladies ! Et pourquoi ? Parce qu'il était précieux , parce qn'il éuit rare , parce qu'il était appelé le métal parfait , et qu'on lui donnait le soleil pour emblème. Voilà ce qui éblouissait l'imagination. Les diamants étaient encore plus précieux : heureusement pour la fortune des malades, on ne s'est pas avisé d'en faire un moyen de guérison.

Troisième exemple. Moyens de prédire Pavenir. — Aruspices, augures, oracles, sorts ^ astrologie.

Le motif qui agit sur l'entendement pour le dis* poser à croire, ne peut être, au fond, que le déskr d'anticiper un bonheur futur ; mais plus souvent encore l'espoir d'éviter le malheur attaché à une certaine action , en prenant une conduite opposée.

Par rapport aux professeurs de l'art, s'ils sont de bonne foi, le motif qui séduit leur entendement est le plaisir de la curiosité , l'amour du pouvoir et de la réputation ; mais en ce genre rien de plus rare que la bonne foi : Cicéron prétendait que deux aruspices ne pouvaient pas se regarder sans rire.

Beaucoup de causes ont concouru à nourrir la cré* dulité pour les oracles : les croyants avaient à citer un grand nombre de cas où l'événement avait été conforme à la prédiction. Cette conformité n'avait rien d'extraordinaire, puisqu'il n'y a souvent que deux événements possibles; par exemple, dans une maladie , la mort ou la guérison ; dans une bataille , la victoire ou la défaite. Et combien les prêtres n'avaient-ils pas de moyens pour s'informer des circonstances ; pour juger des probabilités ; pour tirer les secrets de la bouche des consultants eux-mêmes; pour préparer leur imagination et la subjuguer; pour avoir raison dans tous les cas par des réponses ambiguës ; pour amener enfin l'événement prédit par l'influence même de la probabilité ! Ajoutez à

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cela le penchant naturel à foire Taloir toutes les prédiclions accomplies, à cacher ou interpréter celles qui ne Tétaient pas , et le succès des oracles n'est plus un objet d'étonnement. Toutes ces causes d'erreur, et particulièrement les fourberies des prêtres, ont été complètement exposées et démontrées dans le célèbre ouvrage de Van Date : il ne manquait à son livre qu'un interprète qui pût le rendre lisible , et Fontenelle a changé en diamants les cailloux du savant hollandais.

Le traité de la Divination de Cicéron est un des monuments les plus curieux de l'antiquité. Si le renversement du paganisme eût dépendu de la raison seule, ce livre l'aurait opéré. Point de liaison entre l'événement qui sert à prédire et l'événement prédit , tel est l'argument principal avec lequel il bat en ruines tout le système des augures.

Il y a eu peut-être plus de bonne foi dans la croyance de V astrologie que dans tous les autres modes de prédire l'avenir. Ici l'immensité du champ des observations en imposait à la faiblesse humaine. L'influence du soleil sur le monde physique et sur les productions de la terre avait été probablement le premier anneau de cette chaîne d'erreurs.

Mais quel était le motif qui faisait mettre une si grande importance à pénétrer dans l'avenir, puisqu'il n'était pas possible de détourner un événement écrit dans le ciel? L'ascendant de Tastrologie s'explique par son association au dogme des jours heureux ou malheureux : telle entreprise , foite dans une certaine conjonction de planètes , devait réussir ; faite dans une autre, elle devait manquer.

Point de liaison entre les conjonctions des planètes et les événements de la vie humaine: par conséquent , point de réalité dans l'art de l'astrologie.

Quatrième exemple. Préservatifs, — Talismans, reliques, amulettes, images.

Du côté de la crédilité, toujours les mêmes motifs. La peur est l'agent le plus fort sur l'imagination. Plus le moyen est étranger à toute influence naturelle, plus la conAance qu'il inspire est entière.

Mais comment cette foi si insensée se conserve* l-elle? Voilà ce qu'il fout expliquer. Les accidents malheureux sont des événements extraordinaires , comparés au cours habituel des choses : ainsi , dès qu'on a placé sa confiance dans un de ces préser- ▼atifo , la croyance superstitieuse trouve beaucoup plus d'occasions de se confirmer que de se détruire: et quant aux malheurs , l'homme crédule trouve toujours le moyen de justifier à ses dépens le hochet dans lequel il a mis son salut. Le superstitieux aimerait mieux s'accuser de mille fautes que de douter de son talisman. C'est pour se ménager cette ressource que les imposteurs ont soin d'ajouter des

cérémonies , des paroles et un grand nombre d*aeoessotres tous également nécessaires au succès; outre l'effet que ces pratiques produisent sur Pimagination , qu'on en omette une seule , c'est rbomme qui a tort , et le talisman reste en crédit.

Je n'irai pas plus loin dans cet examen : Il ne suffit d'avoir montré , par ces exemples , que dans toutes les occasions où il est question de faits hors du cours naturel , il y a des causes particulières d'illusion et des motifo spécieux d'imposture. La force des assertions de la part des témoins n'est qu'une raison de plus de se défier de l'état de leur jugement. Un fou , un fanatique ne savent pas douter. Si dans tel cas particulier, le juge ne peut pas remonter à la cause de l'erreur ou découvrir quel intérêt peut porter le témoin à mentir, il ne doit jamais oublier que l'existence d'un foit contraire aux lois de la nature est bien moins probable que la supposition d'une illusion ou d'un mensonge.

Si nous consultons les anciennes annales , nous trouverons que les auteurs les plus célèbres , ceux même qui passent pour avoir le mieux étudié le cœur humain , avaient bien peu réfléchi sur les causes qui infirment le témoignage , et particulièrement le témoignage extrajudiciaire. Je citer» ici Tacite , le grave Tacite, parlant de deux muscles attribués à l'empereur Yespasien *. « Ces deux «( miracles , dit-il , sont encore attestés par ceux u qui en ont été les témoins, maintenant que par M l'extinction de cette fomille impériale , le men- « songe n'aurait plus de récompense à espérer. » Plus de récompense à espérer ! Comme si la peine n'était pas un principe de séduction plus fort que la récompense ! Comme si la perte de la réputation, Finfamie attachée au mensonge, n'était pas «ne peine !

Tacite croyait donc à ces deux miracles. Sa remarque ne peut avoir d'autre but que d'insinuer à ses lecteurs sa propre persuasion : à moins que son intention ne fût de tromper, il était trompé lui-même , et trompé pour n'avoir pas soupçonné l'existence d'un motif aussi naturel que la honte de se dédire.

En Angleterre, des miracles de la même espèce, mais infiniment plus nombreux et sans comparaison mieux attestés , étaient l'objet de la croyance générale au commencement du siècle dernier, et ne sont plus admis aujourd'hui , pas même par ceux qui ont encore quelque reste de foi pour les apparitions. C'était un attribut de la famille des Stuarts , de guérir leurs sujets de cette maladie scroftaleose qu'on appelle en Angleterre king^s evii.

1 Vtrumquê, qui interfuère, nuneguogue mewwranif poitquàm nultum mendaeiopretium,H\%\,^ I. iv, c. uxri.

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Une pièce d'or, après aroir reçu l'attouchement da roi , était donnée au malade qui la portait à son cou. Je ne sais combien de temps ce pouvoir salutaire avait été exercé en Ecosse; mais il fut transporté en Angleterre sous Jacques I«% et n'a cessé qu'à l'établissement de la maison de Hanovre.

Des opinions fausses, qui ont pris naissance dans des temps très- reculés, ont enfanté, presque de nos jours , des décisions juridiques plus alarmantes que les crimes les plus atroces.

Ces fausses opinions ont eu deux effets remarquables : l'un de disposer à croire à de faux témoins ; l'autre de faire naître de faux témoignages. En 1654, Urbain Grandier, accusé d'avoir livré à la possession du diable un couvent de religieuses de Loudun, après avoir subi d'afPreuses tortures, fut brûlé à petit feu , sous les yeux d'une foule de spec^ tateurs à qui la superstition inspirait une joie barbare. Les auteurs immédiats de cette catastrophe étaient des juges corrompus et des témoins intimidés ou séduits: mais les auteurs originaires étaient lesdiables qui prenaient possession du corps humain dans la Palestine.

Peu de temps après cette horrible tragédie , un juge anglais, d'une probité proverbiale, homme éclairé à plusieurs égards , mais imbu des erreurs de son temps, livra au supplice une prétendue sorcière, à l'aide d'un jury aussi aveugle que le juge. Les auteurs immédiats de cette condamnation étaient le juge ignorant et des témoins abusés : mais l'auteur originaire était la sorcière d'Endor ou la loi Mosaïque , qui portait peine de mort pour les délits imaginaires de sortilège et de magie.

Ji crois que la dernière scène de cette nature s'éSt passée en Wurlzbourg, en 17K0. Mais ces opinions fausses , si malheureusement prolifiques , subsistent encore dans une classe nombreuse , et se reproduisent sur des fermes toujours diverses.

Entre les feusses opinions , les plus dangereuses, sans comparaison , sont celles qui s'appuient de la sanction religieuse. J^a persuasion qui les accompagne a été produite, non par la force des preuves , mais par une force toute différente , par celle de la terreur. Or, quelle ressource le raisonnement peut-il offrir avec des hommes qui regardent le doute, le simple doute , comme un crime , et l'incrédulité comme une offense envers Dieu , punie par des tourments infinis et inconcevables?

Mais comment le désir de croire produit-il la persuasion ? Je vois bien , dans les promesses et dans les menaces , les forces par lesquelles la volonté de l'homme est soumise ; mais par quels moyens l'entendement est-il mis sous le joug de la volonté?

Cette soumission de l'entendement s'opère de deux façons : V il dépend de ma volonté de donner

mon attention à une considération et de la refuser à une autre : il est au pouvoir d'un juge d'écouter un témoin qui parle dans son sens, de ne pas écouter celui qui le contrarie; il est en son pouvoir d'admettre un écrit dans le caractère de preuve , et d'en rejeter un autre. Le pouvoir qu'un homme , dans son emploi de juge , exerce sur les témoins et sur les écrits, tout individu, dans son tribunal intérieur, peut l'exercer pleinement sur les arguments et les idées. Un argument auquel il refuse son attention est aussi complètement inefficace durant cette exclusion , que le serait le témoignage d^F témoin qui serait mis hors de cour avant d'avoir parlé, ou le document écrit qui serait écarté sans avoir été lu.

2* Si l'opinion intérieure n'est pas entièrement soumise à la volonté, Topinion extérieure, si je puis parler ainsi, l'opinion déclarée par le discours , en dépend entièrement ; mais celui qui est maître des discours des hommes se rend bientôt matlre de leurs opinions : telle est la réciprocité d'influence entre les hommes, qu'ils se laissent plus souvent entraîner par imitation que par réflexion. Une opinion déclarée par un individu produit l'opinion d'un autre. Les foits que nous tirons de notre propre expérience sont en bien petit nombre en comparaison de ceux que nous avons besoin de connaître , et pour lesquels nous sommes obligés de nous en rapporter à autrui : ainsi dépendants de leur témoignage , nous nous accoutumons â dépendre de leurs opinions , nous présumons qu'elles sont originairement fondées sur des preuves acquises par leur expérience. L'opinion est, pour ainsi dire, preuve de preuve , preuve présomptive de preuve directe.

n n'est donc que trop vrai que celui qui peut forcer les déclarations d'opinion soumet, par ce moyen , l'entendement de cette classe nombreuse d'hommes, qui ne reçoivent le plus grand nombre de leurs idées que d'emprunt. « Non, diront quel- « ques zélateurs de la liberté et de l'indépendance M de l'esprit humain , vouloir f6rcer les opinions tt des hommes , faire la guerre à l'opinion , quelle u perversité , mais en même temps quelle folie ! Ijk M contrainte révolte , et la persuasion n'est jamais « produite par l'autorité. » Voilà un texte qui a été sonvent commenté et amplifié avec les intentions les plus droites. Que n*est-il vrai qu'une telle entreprise est aussi désespérée qu'elle est pernicieuse ! Forcer l'opinion d'une manière directe et immédiate, cela ne se peut pas : écraser une idée, l'expulser de l'esprit par une pression mécanique , c'est la chose impossible : ni l'épée ni les tortures n'y peuvent rien. La persécution ouverte manque son œuvre, si elle ne va jusqu'à la destruction;

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mais par des moyens indirects, par l'inflaeDce des promesses et des menaces , par Féducation , par des précautions prises de loin, on subjugue les ftibles, on entraîne le troupeau servile des imitateurs ; Fautorité distribue des honneurs ; les tribunaux infligent. des supplices, et les ministres de Topinion régnante , plus terribles encore , excommunient, calomnient, flétrissent et remplissent de toutes les amertumes imaginables la vie des réfractaires auxquels ils annoncent des feux éternels.

Il n'est pas besoin de dire ici que tous les moyens par lesquels on cherche à asservir Fentendeffllpt des hommes sont plus que suspects. Des faits qui ont pour eux la vérité , des doctrines qui ont pour elles Futilité publique , n*ont pas besoin d'un pareil appui: admettez ce principe, la conséquence est inévitable. Employer des moyens de force pour le maintien de ces faits et de ces doctrines , c'est faire l'aveu de leur fausseté et de leur absurdité.

n fout observer que , sous Finfluence de Fîntérèt, l'incrédibilité naturelle d'un fait, loin d'être une raison pour le rejeter, en est souvent une pour l'admettre. Qu'il y ait une grande récompense attachée à parler de faits incroyables comme s'ils étaient certains ; que cette récompense puisse être obtenue sans aucun sacrifice de réputation : pourquoi n'aurait-elle pas son effet ? Credo j quia tmpossiàtie est: ce mot , souvent cité , est le résultat de Fenthonsiasme allumé par une grande espérance. A quel prix plus facile peut-on obtenir une récompense supposée infinie? Et si on ajoute à cette f6rce celle des menaces les plus redoutables, leur opération réunie est irrésistible.

Tai voulu établir dans ce chapitre que , relativement à des faits contraires aux lois de la nature, il y avait des causes de déception qui tendaient à infirmer les témoignages humains , en portant an plus haut degré la probabilité de l'imposture ou de l'erreur.

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