CHAPITRE XU
MAISON DE PÉNITBNCB. — PANOPTIQUE.
J'ai inséré, dans le premier volume, article Panopttçu€f un résumé de tout ce que M. Bentham avait publié sur ce sujet. Je dois y renvoyer mes lecteurs ; mais , pour l'éclaircissement de ce chapitre , je vais rappeler en peu demots les trois idées fondamentales de son plan.
1*» Un bâtiment circulaire ou polygone , avec des cellules à la circonférence sur plusieurs étages : au centre, une loge pour l'inspecteur, d'où il puisse voir tous les prisonniers, même sans être vu, et leur foire passer toutes ses directions sans quitter son poste^
a» Afl^iistration par contrat. Un entrepreneur se charge , à prix fait pour chaque prisonnier, de l'entretien total, se réservant le profit du travail , dont le choix lui est laissé sans restriction.
Ce système porte au plus haut degré la réunion dcfintérètdu gouverneur avec tous ses devoirs. |m ses prisonniers seront réguliers et laborieux , plus ses profits seront grands. Cest à lui à les instruire dans les divers métiers lucratifs, et à leur donner une part dans les bénéfices, pour les exciter an travail. Il est tout ensemble magistrat, inslilutear, chef d'atelier et de famille. Il a le plus pressant de tous les motifs à remplir les obligations de ces différents titres.
S» Responsabilité de l'administrateur. Il est chargé d'une assurance sur la vie. D'après le calcul moyen des Ages, on lui alloue une somme fixe pour
chacun de ceux qui doivent mourir dans le courant d'une année ; mais , à la fin de l'année, il doit payer la même somme pour chacun de ceux qu'il aura perdus par décès ou par évasion. Le voilà donc conslitué assureur de la vie et de la garde des prisonniers ; mais assurer leur vie , c'est en même temps assurer une multitude de soins dont dépendent leur santé et leur bien-être.
La publicité est le préservatif le plus efficace contre les abus : les prisons ordinaires sont couvertes d'un voile ténébreux, le panoptique est pour ainsi dire transparent. Il doit être ouvert à toute heure à tous les magistrats : il doit l'être à tout le public à certaines heures ou à certains jours. Les sp^|ateurs, introduits dans la loge centrale, auront à la fois sous les yeux tonte la scène de l'intérieur : autant de témoins , autant déjuges de la tenue des prisonniers.
J'ai vu en France des personnes qui se piquaient d'une profonde sensibilité , convertir en objection , contre le plan de M. Bentham , ce qui fait son mérite particulier, Yinspection continuelle. C'était à leurs yeux une gêne qui équivalait à toutes les tyrannies ensemble ; une maison de ce genre leur présentait l'image de l'enfer. Ces hommes si sensibles oubliaient sans doute l'état des prisons communes , où les prisonniers , toujours entassés , n'ont de tranquillité ni jour ni nuit. L'inspection continuelle est le moyen d'admettre dans une maison plus d'aisance et de liberté , de supprimer les fers et les cachots , de faciliter la formation de petites sociétés par cellules, de prévenir les querelles, le tumulte et le bruit, ces sources amères de vexations, de protéger les prisonniers contre les caprices des geôliers et la brutalité de leurs compagnons, de les mettre à l'abri des négligences si fréquentes et si cruelles , en leur donnant un appel facile dans tous leurs besoins, un recours direct à l'autorité du chef. Combien d'avantages réels ! Hais la sensibilité fantastique ne raisonne pas ainsi.
Supposons maintenant cette maison de pénitence tout établie , et voyons comment elle répond aux divers buts de la peine.