XXXVIII LEXIQUE DE LA ROCHEFOUCAULD
redire hardiment, je crois, ce que nous avons dit dès le débat, que, parmi les grands auteurs du grand siècle, la Rochefoucauld est un des modèles qui ont le moins vieilli, en d^autres termes, qui se rapprochent le plus de ta langue que parle ou écrit aujourd'hui je ne veux pas dire (ce ne serait point un éloge) le commun des orateurs et des écrivains, mais cette élite, qui s'éclaircit de plus en plus, ce petit groupe, qui demeure fidèle à la bonne tradition. Cette tradition de saines et sages qualités, bien peu autant que lui ont contribué à la bire, à Tétabbr par l'exemple, a débarrasser et préserver ridiome de la déclamation vaine, de lempbase obscore, i Vassouplir et dégager, et tout particulièrement à y introduire et fixer ces vertus maîtresses qui sont devenues comme les conditions essentielles et les belles aptitudes du bon français, et qui, chez quiconque le sait et le manie bien, le distinguent entre toutes les langues modernes \ qu'aucune d'elles du moins n'a portées et ne porte plus haut, ni aussi haut peutêtre : la clarté et netteté, la propriété, la justesse et vérité d'expression, et tout particulièrement l'aisance et la parfaite mesure.
On a reproché justement à l'auteur des Maximes d'avoir, dans les vertus humaines, distingué l'un de l'autre, à l'excès, le fond et le dehors, pour ne laisser subsister que le second ; à l'auteur des Mémoires de faire lui-même comme tous font, dit-il, de soigner les apparences, d'arranger son personnage aux dépens de la vérité. A son exemple, et ce sera justice, faisons, chez lui, de la forme et du fond deux choses bien a part. A celui-ci nous trouverions fort a dire; celle-là, qui seule nous occupe ici, nous la pouvons louer presque sans réserve. Ces qualités françaises que nous venons d'énumérer, nous les trouvons constamment dans la langue, dans le style, des Maximes surtout, son vrai, son plus grand titre d'honneur, où les appliquent et font valoir un goût parfait, aussi éloigné de la négligence que de la recherche, et l'alliance de l'art le plus délicat et du naturel le plus exquis.
I. C^ett la pensée qa*exprimait, îl y a peu de jours, en parlant de U langue du dix-septîème siècle, et la nommant a Texpression la plut accomplie de la pensée », un des fldèles de cette langue, membre ëmtnent de rinstitut de France, M. Franck, dans un discours prononcé à une distribution de prix : voyez le Journal du Débats du 8 septcnsbre iB8a*