PREFACE. XXXV
Abîmer (p. aai), bien Tieilli de même comme verbe neutre, mais que rÀcadémie donne encore en ce sens : « Paris va abîmer.,,^ mais par où abimera^lAX} »
Notons aassiy comme forme rare, cette personne du présent pluriel de Tancien composé défectif raller : « On me dit qa*elle8 (ces dames) sW reuorU à Tlsle » (p. i84)*
Dans nne lettre signée et probablement dictée par le duc, nous trouvons (p. 285) le comiposé pairacheçer^^ le participe marri pour « (âché » ; terres soulagées^ en parlant des impôtSy expressions dont aucune n*a rien qui nous étonne; et cet emploi, dont nous n^en dirons pas autant, et qui n'est plus possible qu^avec un complément en apposition, du substantif farce pour « quantité » : « J'écris à Bourdeaux pour la farce (de Ué, la quantité de blé) que j y ai » (voyez la note 4 de la page indiquée).
Citerons-nous de plus, mais la figure serait aussi bonne aujourd'hui que jadis, se mortifier (p. 44) 9 ^ ^ résigner à une privation, nne sorte de pénitence » : « Je Toudrois bien avoir Thoiiiieur de vous voir; mais.... il faut se mortifier làdessns » ; et ces expressions qui à bien peu sembleraient insolites et sont d'ailleurs plutôt faits de style que de langue : « Je me suis pari devant elle de F honneur que vous me faites de m'atmer » (p. an); regagner quelqu^un (p. ao3), « rentrer dans son afiection, dans ses bonnes grâces » ; ou encore ces emplois ^e remettre à, remettre de.... à, qui aujourd'hui paraîtraient des façons de parler un peu distinguées, surtout lat seconde, plutôt que surannées : « Je vous remets à la lettre que j'écris i ma femme » (p. 4^) î ^ Celle-ci (cette lettre-ci) voua remet de toutes choses à M. de Beauvais » (p. 119)?
De vers nous avons dans les autres écrits des exemples, de sens vieilli, du genre de ceux-ci contenus dans les Lettres : « Si vous avez du crédit f^rjr (auprès de) lui » (p. 14^)9 " ^^ manquer à rien çers (envers) » quelqu'un (p. 187). Mais on peut s*ëtonner de ne rencontrer que dans les Lettres les archaïsmes suivants, assez communs encore à l'époque :
Poarce que^ « parce que » (p. 18, 19, 27, 1221, exemples totis tirés, il est vrai, des lettres les plus anciennes de date) ; €lepms^ suivi d*un infinitif : « Depuis vous avoir écrit, il est arrivé, etc. » (p* 17$; voyez aussi p. i54 et i85); «/, « cepen*
X . Mot omb daas le Lexique^ par tuite de la perte d*une fiche.
dant, pourtant » (p. 200) : « Je n^al point vu de tableaa, et si j'ai sollicité de toute ma force » ; ici^ où nous disons « ci » (p. ai et p. ig8) : « Cette rencontre ici », « ce voyage ici » ; céans y «ici dedans » (p. 144)9 ^S^^ ^^ reste plus d'un lettré écrit encore, mais en ayant conscience que le mot est vieux.
Certains termes ne sont passés d'usage, nous Tavons dit, que parce que les choses le sont. Ainsi charrette (p. 1 5), pour parler d'un « service régulier de roulage » : « Je vous prie de faire retirer une caisse qui est portée par la charrette de Poitiers, qui partira jeudi »; tailleur de sel (p. io5), petit emploi de la gabelle, « homme qui levait l'impôt du sel » ; pisiteur {ibidem) est maintenant encore le terme propre pour désigner le douanier chargé de la visite des marchandises.
Si tout ce que nous venons de remarquer dans la Correspondance est vraiment, en somme, bien peu frappant, voici, en revanche, trois passages qui le sont plus. Le premier : « Il sera ce qui plaira Dieu » (p. 184)9 s*îl n'est point une inadvertance de plume, serait un archaïsme de fort vieille date, mais familièrement conservé d'âge en âge, comme le montrent deux exemples cités par Littré dans l'Historique de l'article Plairb, et dont l'un, où Dieu a de même valeur de cas, de datif, est du seizième siècle. Dans notre second, deux sub* stantifs jouent énergiquement le rôle de qualificatifs : « Il ne seroit pas juste que vous fussiez paix et euse à Paris..., pendant que, etc. » (p. i5i). « En paix, à votre aise » serait autre chose et bien moins fort; mais on pourrait dire encore « toute paix et toute aise » ; très-naturel paraîtrait, avec un vrai nom de qualité, un éloge comme celui-ci : « Elle est toute bonté ». Le troisième, où de campagne signifie : « de façon, à la façon campagnarde », n'était-il pas un peu singulier, même au mi« lieu du dix-septième siècle : « Je vous souhaiterois.... des belles-sceurs ennuyeuses, polies de campagne » (p. 177)?
Terminons notre examen de la langue des Lettres par une remarque toute différente, inverse, peut-on dire, de celles qui précèdent, et dont nous aurions pu trouver mainte occasion dans l'étude des autres écrits de la Rochefoucauld.
Dans la lecture d'un auteur du temps passé, à côté des mots, des tours et locutions qui frappent comme surannés, comme perdus, insolites, on en rencontre d'autres qui vous étonnent pour une raison contraire, je veux dire comme exis-
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tant déjà. Que de fiiçons de parler, surtout dans le langage familier, qu on serait tenté de croire toutes modernes ou qu^on n*oserait du moins affirmer anciennes, et qu*on est surpris de Toîr dater de loin ! Cest là un point de vue qui explique que, dans nos Lexiques, comme nous Tavons dit plus haut (p. xvi), soient relevés, outre les archaïsmes, tant d*extraits conformes à Fusage actuel. En matière de langage, la comparaison du présent avec le passé doit avoir un double objet : constater, d^une part, les pertes; et, de Tautre, Tage, Texistence ancienne de ce que Tusage d'aujourd'hui offre de singulier ou tout au moins de remarquable, des idiotismes qui étonnent par la signification que les termes y prennent, par la hajndiesse grammaticale des tours elliptiques ou autres, par certaines alliances de mots, certaines figures proverbiales, etc. Un petit nombre d'exemples suffira à bien faire compren* dre de quel genre de locutions il s*agit. Ainsi nous rencon* trôna, comme dès lors courante (et nous pourrions remonter jiuB haut), la locution : « Tout de bon » (III, i3iy i34« i4o, i58; comparez II, ai 5); cette autre signification de Tadjectif bon (III, aaa) : « Toutes les bonnes âmes (toutes les personnes vertueuses, chrétiennes) ont quitté le quartier » ; ces emplois du mot affaire : « Cela fait son affaire • (III, 194)» c*est-à-dire « cela l'arrange », locution alors fréquente, surtout avec iire^ comme on peut le voir dans Littré, à l'article AvFAiBB, 5o; a$K>ir des affaires, des difficultés : « Si les Anglms se trouvent entre lui (Beaufort) et les Hollandois, ils auroni beaucoup d'affaires • (III, 189); ces métaphores familières : «Faire faux bond 9 (III, aai); et, de la main de Gourville, témoin ici très-suffisant : « Monter sur ses grands chevaux » (III, 53),
Non pas seulement dans les Lettres^ mais partout dans les trois volumes, nous trouverions, comme nous l'avonç dit, des occasions fréquentes de semblables remarques. Dans les Maximes : « Un sot n'a pas assez d étoffe pour être bon » (I, 178). Dans les Mémoires : « V étais fort bien aifec Monneur le Prince » (II, 4^4) ; ^ On veut agir sincèrement, et, comme cela^ on ne veut promettre que ce qu'on veut exécuter V (II, 38a) ; • Il jr alloit de son donneur que je fusse content • (II, 66] comparez dans les Maximes^ I, g) ; etc., etc.
Poor nous résumer, nous pouvons, à la fin de cette étude,