I . Voyez ci-après, p. Ti%%^ note
1. Voyez p. a48 et 249 de Téditioii de i66aA; p. 416-418 de notre édition.
La Rochxvoucavld. ii b
xTiix MÉMOIRES.
sincérité morale en ce qui regardait Mme de Longueville. D'autres ont discuté ou discuteront sur le plus ou moins de blâme que mérite ici notre auteur : il nous a suffi d'établir que, si la protestation remise par lui à Mme de Sablé offrait un certain côté perfidement subtil, elle n'était pas, quant à l'autbenticité du fond des Mémoires^ uniquement pour la forme. Nous verrons plus loin si, au point de vue littéraire, le désaveu n'avait pas toute sa valeur de la part dei'écrivain à qui nous devons les Maximes»
Il est aisé de suivre, à travers les éditions des Mémoires qui se sont succédé jusqu'à ce jour, la fortune des diverses parties qm entraient dans l'imprimé d'Amsterdam, et de voir comment la constitution du texte s'est améliorée peu à peu, sans qu'il soit parvenu toutefois ni à s'agencer logiquement, ni à se débarrasser de tous les morceaux parasites qui s'y étaient primitivement ajoutés.
En 1688 parait, sous la rubrique de « Villefrancbe, chez Jean de Paul, » cachant, dit Barbier ^ le nom du libraire Westein (Wetstein?), à Amsterdam, une nouvelle édition en un volume, avec ce titre : Mémoires de la minorité de Louis XIV ^ et avec ce sous-titre : a Sur ce qui s'est passé à la fin de la vie de Louis XIII et pendant la régence d'Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. » Les matières y sont présentées dans un autre ordre que dans les imprimés hollandais. Le volume, grossi de citations latines prises de Tacite et d'un petit nombre de notes françabes, débute par les Mémoires de la Châtre, suivis de la Lettre de celui-ci à M, de Brierme. Puis viennent : Mémoires de la régence et Arme et Autriche^ c'est-à-dire le premier morceau de l'édition de 1662; — Guerre de Paris; — Retraite de M, le duc de Longueville en son gouvernement de Normandie; -» Récapitulation d&ce que dessus, avec la prison des Princes; — Relation de ce qui se passa depuis la prison des Princes jusqu*à la guerre de Guienne ; — Guerre de Guienne et la dernière de Paris; — Apologie de M, le duc de Beau fort; — Lettre de M, le cardinal Mazarin à M, de Brienne; — Articles et conditions.,., pour V expulsion du cardincd Mazarin,
Cette modification dans l'ordonnance des diverses parties et
I. Dictionnaire des 0U9rages anonyme*, etc., tome II, p, 399.
NOTICE. xiz
l'addition de la Lettre de Mazarin étaient, qnant an texte (nous ne parlons pas de quelques corrections de style qui ont passé dans les éditions suivantes), la seule innovation sérieuse que présentât Fimprimé de 1688, dont Amelot de la Houssaie^ passe pour avoir été l'éditeur. U est précédé d'un Avertissement^ historique et critique, dont nous extrayons ce passage :
<c On a attribué les Mémoires qui suivent ceux de M. de la Châtre à M. le duc de la Rochefoucauld ; mais , comme les héritiers de cette maison les désavouent, on n'a pas voulu y mettre son nom. Quoi qu'il en soit, il est toujours constant qwi l'auteur avoit tant de justesse d'esprit et un jugement si ex* quis, qu'un savant politique ' n'a pas fait difficulté de considé-*
I. Abraham-Nicolas Amelot de la Houtsaie, né en i634, mort en 1706, ETait étë secrëtaire d'ambassade à Venise. Il a laissé, entre antres ouTrages, une traduction dn Utto du Prince de Machiavel, celle des neuf premiers livres des Annales de Tacite, une Hi$toire de Venue en 3 volumes et des Mémoires historiques^ politiques y etc.
a. Ce savant politique, c^est sans doute Amelot de la Houssaie lui-même, qui était à la fois, nous Tavon^ dit, historien et diplo* mate. Une note, ajoutëe ici en marge à l'Avertissement^ indique que les mots soulignes qui suivent sont extraits de la Préface d*un de ses ouvrages, la Morale de Tacite (i volume in-ia, i686). On j trouve en effet, après VÉpitre dëdicatoire au chancelier Boucherai, un discours intitule : « Critique de divers auteurs modernes qui ont traduit ou commente les œuvres de Tacite. > Parmi ces auteurs figure M. le duc de la Rochefoucauld : c D'abord on sera surpriS| ëcrit Amelot de la Houssaie, de voir nonmier ici ce duc; mais ceux qui auront lu ses Mémoires et les œuvres de Tacite avec quelque attention devineront sans peine pourquoi je le mets dans ce cati|logue; car, bien que sa relation des Brigues faites pour le gQUPcmê* ment à la mort de Louis XIII et de la Guerre de Paris ne soit rien moins, en apparence, qu'un commentaire de Tacite, néanmoins c'en est un véritable, où il a eu l'adresse de fidre une application juste des plus beaux traits de Tacite aux affaires de la Régence et aux ministres qui les ont maniées. » Après cette observation, où se trouvent confondues ensemble deux relations, dont la première seule est de la Rochefoucauld, Amelot de la Houssaie fait quelques citations à l'appui de cette thèse; puis il ajoute cette phrase, fort importante à recueillir au point de vue bibliographique : c Tout cela se trouve en trois pages de suite, par où il faut juger dn reste qui est à peu près de même^ «ommm U m ferrait par la conférenêê
MJÊMOIRES.
rer ces Mémoires comme un vériteAU commentaire sur Tacite , oà t auteur avoit eu V adresse de faire une application juite des plus beaux traits de cet historien aux affaires de la Régence et aux ministres qui les ont maniées. Cest pour en donner quelques preuves qu'on a eu soin de mettre au bas de chaque page des extraits du texte latin de Tacite, et pour faire voir la conformité de ses maximes avec celles de notre auteur.
« Ces Mémoires contiennent l'histoire de la guerre de Paris et de celles de Normandie (?) et de Guienne, qui en ont ëtë les suites.... Il y a encore dans ce recueil deux satires fort ingënieuses : l'une est la retraite du duc de LongueviUe en son gouvernement de Normandie, où l'on tourne fort plaisamment en ridicule les vains projets des révoltés de cette province ; l'autre est une apologie de M. de Beaufort, que l'on déchire cruellement, en faisant semblant de le défendre contre la cour« la noblesse et le peuple. On attribue cette dernière pièce à M. de Saint -Évremond*.
des pauaget^ que f ai mis à la marge de mon exemplaire^ si quelque jour on penoii à Vimprimer, Au reste, c*e§t dommage du peu, car oe petit OQTrage est inimitable et sans pair en ce genre ; et je dirai, sans hésiter, quHl ne s*est jamais rien écrit en notre langue qui approche tant du caractère de Tacite, i
f . On a TU (p. xv) que la Retraite du due de LongueptUe^ etc., est en effet de ce moraliste; quant à V Apologie du due de BeaufoH^ il n'a fait qu'y collaborer. Le rédacteur ou plutôt le greffier fut ici Guillaume Girard, archidiacre d'Angouléme, mort en i663, et qui fut secrétaire du duc d'Épemon, dont il a écrit la Vie (i665, infolio). Le P. le Long rapporte, au sujet de ce morceau, l'anecdote foirante (Bibliothèque hUtoriquey 1769, tome II, p. 56i) : c Voici ee qu'en dit M. des Maiseaux* dans la Fie de M. de Saint^tvre^ mond^ : Leduc de Beaufort c se.... réconcilia avec la cour; mais les « courtisans ne laissoient pas de le tourner en ridicule. Un jour c que le duc de Candale, le comte de Palluau, le comte de Moret, c M. de Saint-Éyremond et cinq ou six autres avoient soupe enc semble, et se trouvoient de bonne humeur, ils firent le plan d'une c satire contre ce duc, qu'ils appelèrent V Apologie de M, le duc de
• Pierre des Bfaiseeux, né en Aarergne en 1666, mort à Londres en 1743* n Téent dans l*intimité de Seint-ÉTremond et de Bayle.
* Le Haye, 171 1, in-ia, p. 38 et 39. — Nons suiTons le teste de des Un* Maax, qoe le P. le Long ■ légèrement mocUfié.