Voyez la note, plus e3q>licite, des pages i3o et i3i
3. Le remaniement est tel que, sur trente pages environ dont se compose le fragment inacheTé,il ne demeure pas un quart du texte, comme on le verra par l'impression en italique de ce que Tautenr a gardé de sa première version, qui n'ait été repris et utilisé par lui dans sa seconde. Voyez Vappendiee i, p.47< ^t la note i.
NOTICE. Il
enfin cette mention significatîye qui se lit au manuscrit D de la Roche-Ouyon et que nous avons reproduite au commencement de notre section ii (page 49 et note i) : « Ici commencent les Mémoires de la Régence^ qin n'ont de commun avec le petit morceau imprime sous ce titre que le fond des faits : Tordre des matières, la marche de la narration et le style en étant totalement différents, ce qui rend ce morceau absolument neuf. » En comparant ensemble les deux textes, celui des Mémoires^ sections i et 11, et celui de Y Appendice aux Mémoires^ section i, le lecteur verra facilement l'importance des changements faits par la Rochefoucauld. La plupart ont tendu à resserrer tout ensemble le fond et la forme, à ôter les coups de plume irréfléchis ou embarrassés du premier jet. La version primitive avait, par exemple, un début un peu emphatique, que Fauteur, malgré un certain penchant à enfler parfois son personnage, a dû trouver ensuite hors de proportion avec le rôle véritable qu'il a joué sous le ministère de Richelieu; aussi a-t-il effacé cette disparate et repris la narration en termes plus sobres et plus simples. Il a également abrégé et allégé ce qu'il disait du duc de Beaufort*, et pris soin d'atténuer une phrase qui pouvait passer pour une marque de jalousie d'assez mauvais goût au sujet de Mme de . Chevreuse, lors du retour de celle-ci en France et de son entrevue à Roye avec lord Montaigu '. Tout le récit des négociations conduites en cette occurrence par le prince de Marcillac est d'ailleurs infiniment plus vif et plus dégagé dans la seconde version. Celle-ci contient en outre un portrait de Mazarin*, très-fini, qui manquait dans le premier récit, où il n'était question du Cardinal que d'une façon en quelque sorte incidente et assez ambiguë. Relativement aux brigues pour le gouvernement du Havre, la seconde rédaction est aussi plus explicite, et en même temps le dépit personnel de la Rochefoucauld y ressort en termes plus amers ^. D'autres points encore, et des plus délicats, y sont beaucoup mieux traités. L'auteur, par exemple, avait dit en premier lieu que Beaufort
I. Voyez ci-après, appendice i, p. 47^ ®t 476. a. Voyez p. 478. — 3. Voyez p. 63 et 64* 4* Voyez p. 75 et 76.
« vouloit donner des marques si éclatantes de sa faveur qu'on en pût attribuer la cause à tout ce qui eût été le plus capable de satisfaire son ambition et même sa vanité » : cette circonlocution était à coup sûr très-embarrassée. Quelle netteté, au contraire, dans la correction : a II [Beau fort) se vantoit même de son crédit aux dépeas de la réputation de la Reine * » !
Nous nous bornerons à ces rapprochements, qui font assez voir l'esprit qui a inspiré les changements survenus d'un texte à r autre. Il y a toutefois dans la version primitive un ou deux passages qu'on regrette de ne plus trouver dans la seconde : celui-ci, entre autres, qui a toute la profondeur d'une maxime ; il s'agit du refroidissement de la Reine, une fois captivée par Mazarin , à Tégard de Mme de Chevreuse : « et je connus, avait écrit d'abord la Rochefoucauld, par de certains défauts quelle remarqua en sa personne^ que les mauvais offices qu'on lui avoit rendus avoient fait une assez grande impression'. »
Quelques éditeurs, nous l'avons dit, n'ont voulu accorder à la première partie, longtemps inédite, des Mémoires de la Rochefoucauld que la valeur secondaire d'une introduction. Est-ce parce que l'auteur, pour qui le moi n'eut jamais rien de bien haïssable, y emploie le style direct, tandis que, dans l'autre moitié de la narration, il use, comme César en ses Commentaires^ de la troisième personne? Il nous serait permis de répondre à cela qu'il se |)eut qu^il ait eu l'intention, sans y avoir donné suite, de refondre l'ensemble des Mémoires de façon à rendre partout le récit personnel. Mais, en écartant même cette conjecture , ne peut-on pas dire, qu'à y regarder de près, l'anomalie n'est pas bien grave ? Si l'on compare l'une avec l'autre les deux parties dont se composent les Mémoires^ on est frappé d'une différence générale dans le caractère du récit, qui explique suffisamment la différence du tour narratif. De i6a4 à 1649, la Rochefoucauld fait son entrée dans le monde, il n'est alors que prince de Marcillac; jusqu'à ce que le mouvement de la première Fronde se déclare, il n'a pas encore de parti pris politique; rien n'assure qu'il aura un rôle éclatant dans la faction. Partant, ce qui domine dans son récit, ce
I. Voyez p. 476 de V Appendice et p. 64 des Mémoires, 9. Voyez p. 480.
NOTICE. Lin
sont les particularités, les détails individuels ; il nous fait la peinture des personnages, hommes et femmes, qui occuperont plus tard le devant de la scène dans les intrigues et les troubles de la Fronde des Princes. En sa seconde partie, au contraire, il a jeté le dé ; en dépit des hésitations et des tâtonnements qui restent le fond de sa nature, il se voit engagé définitivement dans la coterie des mécontents : ses faits et gestes se subordonnent dès lors à un ensemble d'événements généraux et de nécessités, qu*il subit, bien plus qu'il ne les crée; c'est toujours sa vie qu'il raconte, mais il la raconte mêlée à des circonstances tout autres ; il se montre poussé, comme en une impasse, dans une suite d'aventures politiques et militaires, où dominent, qu'il le veuille ou non, des intérêts supérieurs aux siens. C'est par le tableau de cette scène postérieure, où sa personne était moins en relief, qu'il a commencé ses Mémoires^ et, sans savoir si un jour il reprendrait les faits de plus haut, il a employé le style indirect de l'historien. Plus tard, sans autre souci de la dissonance, il a jugé plus à propos d'écrire la première partie, manifestement plus personnelle, avec le tour personnel. Que le début forme ainsi une sorte d'introduction, je le veux bien et peu importe : il ne suit pas de là que la valeur en soit secondaire, l'intérêt moindre.
Les Mémoires des hommes publics, ou de ceux qui ont aspiré à remplir ce rôle, sont inévitablement des plaidoyers individuels, et se tournent, comme dit Retz, « en air d'apologie'. » Ceux de la Rochefoucauld sont pourtant, il en faut convenir, plus modérés et, en sonmie, plus équitables que beaucoup d'autres : je ne parle pas des écrits des simples spectateurs, tels que Mme de Motteville, qui, pour voir la pièce, n'ont fait qu'écarter curieusement un coin de rideau ; j'entends les Mémoires des personnages qui, comme notre auteur, ont été dans le feu de l'action. Bayle mettait les Mémoires de la Ro^ chefoucauld au-dessus des Commentaires de César ^. Ce juge-
I . Portrait du duc de la RoekefouccuUd y dans notre tome I, p. 14.
3. « Je m*assure qu'il j a peu de partisans de Tantiquité assez prérenus pour soutenir que les Mémoires du duc de la Rochefoucauld ne sont pas meilleurs que ceux de César. » (Dictionnaire hiêtorlque et critique f 3* édition, 17SO, tome II, p. 83i, note a.)