‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 39 sur 569 · LIT · texte numérisé non relu

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ment de Bayle nous ëtonne d'autant plus qu'il n'asseyait son jugement que sur des éditions fort défectueuses. Voltaire, qui a rectifié tant de réputations ou surfaites ou rapetissées, est resté, ce semble, un peu trop en deçà de l'éloge, quand il a écrit : « les Mémoires de la Rochefoucauld sont lus et l'on sait par cœur ses Pensées * . » Sans rien ôter au mérite des Maximes, il est permis aujourd'hui d'accorder plus qu'autrefois aux Mémoires, jugés enfin sur un texte authentique. D'abord ils sont sincères : l'auteur n'y dissimule ni ses démarches les plus fâcheuses, ni ses fautes, dont souvent même il ne semble pas avoir pleine conscience. Comme il a dans le coup d'œil plus de justesse que d'étendue, ses appréciations des hommes et des choses sont plutôt saines que profondes. La Fronde nous a laissé des mémoires plus variés, plus divertissants ; elle n'en a pas laissé qui soient mieux ordonnés dans la composition, et qui se rapprochent autant de la manière grave et impartiale de l'histoire. Si le livre de la Rochefoucauld n'a ni le mouvement impétueux ni le charme piquant de celui de Retz, il se distingue, en revanche, par le naturel, la simplicité pleine de goût, la dignité soutenue. Ajoutons que rien n'y est donné au hasard : c'est un livre fait et refait , tout y paraît pesé et soupesé. Ce n'est pas une œuvre à toute bride et de premier jet comme celle du Cardinal ; le style en est diplomatique, réservé, à l'occasion brièvement sentencieux ', un « style juste et court », comme dit Mme de Sévigné *, et doht l'arrangement a coûté du temps. Victor Cousin dit avec raison que les Mé^ moires « ont fait époque en 1662 pour la netteté et l'élégance*, » bien qu'ils fussent alors si mêlés et de forme si défectueuse. Peu d'ouvrages ont été autant revus et corrigés que ce hvre de la Rochefoucauld; peu du moins présentent, dans les co-

I. Le Siècle de Louis XIV, ^tion Beuchot, tome XIX, p. i46, article Ul Roche foueatdd, \

9. Peut-être un certain nombre de Maximes ont-elles été après coup extraites des Mémoires, où, portant sur des hommes et des ërénements particuliers, définis , elles pouyaient avoir plus de vérité et d'autorité, tandis que, présentées isolément, elles généralisent l'accident et parfois se faussent.

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