Vojez la note 3 de la page 76 des Mémoires
peut dire * que M. de la Rochefoucauld avoit eu en songe quatre ikiols durant, et il fallut encore revenir au traité de Poitou. Mais, par une nouveauté assez surprenante, on fut étonné que le Cardinal fit continuer sous mon nom ce qui s^étoit commencé sous celui de mon père ; et, comme s'il se fût de soi-même repenti du tort qu^il m'avoit fait, et qu'il eût toutefois eu honte de s'en confesser, il se mit à me blâmer officieusement de ne m' aider pas assez auprès de la Reine ni auprès de lui ; et m'ofirant toutes les entrées qui pouvoient marquer la dernière familiarité, il sembla qu'il vouloit encore me faire aspirer à tous les effets de la dernière bienveillance ; mais cette nouvelle bonté n'eut que de l'écorce et de l'apparence, non plus que les autres, et ne servit qu'à me faire acheter trois cent mille livres un gouvernement que mon père avoit été contraint de bailler pour deux cent cinquante*, quand il n*y avoit point de quartier retranché '. Gir jusques à la charge de maréchal de camp, que les ennemis de la Reine m'avoient fait offrir il y a six ans, qu'elle-même avoit accordée depuis la Régence à deux de mes amis que j'avois recommandés, et qu'elle ne m'avoit jamais refa-
I . Les mots qu^on peut dire ont été omis dans la i'* édition ; de même, six lignes plus loin, eu après toutefois,
a. Voyez les Mémoires^ p. 96 et note 7. — Ce fut en 1646 que la charge de gouTemeur de Poitou passa aux mains du prince de Marcillac. Celui-ci arriTa à Poitiers, au mois d'avril de Tannée suivante, avec son père. Voyez le récit de son entrée, dans VH'utoirt du Poitou^ tome III, p. 3o8.
3 . Il s*agit des quartiers de rente. A Tépoque où ce morceaa fut écrit, on retenait déjà, depuis plusieurs années, aux rentiers un quartier et demi. Cette question des rentes fut, on le sait, un des objets principaux des délibérations de la fameuse chambre de Saint-Louis, qui, rédigeant ses propositions, stipula, par Tarticle 9, les mesures à prendre, en attendant que Pétat des affaires permit de payer les quatre quartiers des rentes.
sée pour moi-même qu'à force de la trouver au-dessous de moi, elle me la refusoit alors pour des considérations bien diflerentes, et on m'en fit autant de difficultés qu'on auroit pu faire si j'avois demandé à être maire du Palais. Le Cardinal s'obligea pourtant de m' envoyer le brevet dès que je serois à l'armée, pour peu que Monsieur le Prince, qui de voit en être généralissime, témoignât de le vouloir ou de l'approuver; et ce fut à cela que je commençai à connoitre d'où m'étoit venu ce rayon de faveur si hors de propos; car, bien que cet officieux ne s'enquît de l'état où j'étois avec ce prince que pour la crainte qu'on peut s'imaginer qu'il avoit que je n'y fusse pas assez bien, j'aperçus, au travers de cette méchante finesse, qu'on lui avoit fait mon crédit plus grand qu'il n'étoit de ce côté-là, et que c'étoit sans doute la cause de toutes ces tendresses que j'avois trouvées si a contre-temps. Ce me fut une espèce de satisfaction de voir que ces Messieurs-là, ayant quelquefois de mauvais avis*, pouvoient prendre quelquefois de mauvaises mesures aussi bien que nous, et je dédaignai également de le fortifier dans cette créance et de F en désabuser. Mais son erreur ne lui faisant rien hasarder contre son intérêt, il se tint ferme dans l'expédient qu'il avoit trouvé, afin de ne rien faire pour moi qu'avec certitude que je pusse faire pour lui. Il crut que, si j'étois fort bien avec Monsieur le Prince, je ne manquerois pas de l'y servir, pour mériter l'emploi que je demandois ; il crut que le même Monsieur le Prince lui sauroit quelque gré de me l'avoir accordé pour l'amour de lui, et il crut peut-être encore qu'il feroit valoir cela auprès de la Reine, en lui faisant voir que j'étois capable de plus d'un attachement.
I. Dans la i^^ édition, amis, et, à la ligne précédente, ces Mes»' sieurs y san» là.
Mais, d*autant que je témoignai de ne vouloir rien avoir que par elle, et que j'en écrivis de 0)urtray et de Mardick, comme j'en avois parlé à Amiens, tout le mal qu'il me put faire fut de retarder l'expédition que j'avois désirée, jusques a ce que mes blessures m'empêchèrent de m'en prévaloir*.
Voilà quelque partie des obligations dont je suis redevable à ce généreux et à ce bienfaisant ; voilà quelque partie des chaînes qui dévoient m' attacher à ses passions et à sa fortune. Mais je n'ai encore rien dit d'une grâce par laquelle il pensoit avoir achevé de me gagner le cœur, et il ne sei*oit pas raisonnable de la dissimuler. Si toutes les choses que j'ai rapportées jusqu'ici ont fait voir en ce premier ministre une opposition invincible à mon accroissement, elles n'v ont rien fait voir qui ne soit naturel à ceux qui ne viennent point avec une vertu toute surnaturelle à l'administration des Etats. Je n'avois point dû espérer d'un homme ordinaire qu'il souffrit que je m'élevasse jusqu'à l'empécherde s'élever lui-même excessivement, et n'ayant jamais rien mérité de lui qu'une sorte d'estime qui n'étoit pas propre à m'en faire aimer, la Reine lui devoit vouloir plus de mal qu'à moi de celui qu'il me procuroit, puisqu'en l'obligeant de montrer un oubli apparent de tous mes services, il lui débauchoit insensiblement ses vrais serviteurs. Ce n'est pas que je ne puisse dire encore qu'il étendoit trop ce que la jalousie peut faire excuser en un ambitieux ; car il eût pu laisser faire des choses à mon avantage qui n'eussent jamais été en obstacle au sien, et ce n'étoit qu'à force d'avoir le cœur bas qu'il n'y avoit rien de si petit qui ne lui fît ombre. Ce n'est pas que je ne pusse même lui reprocher ma mauvaise fortune, ainsi
I . Les coups de mousquet reçus au siège de Mardick : Toyez les Mémoires^ P* 9^*
qu'un effet de sa mauvaise foi, puisque j'aurois eu de quoi me croire assez heureux, s*il m'avoit tenu quelque partie des choses qu'il m'avoit promises; néanmoiiis passons-lui pour justes toutes les injustices et toutes les infidélités que la crainte a pu lui faire commettre tandis qu'il n'a pas été assez assuré de son pouvoir; mais d'avoir fait survivre sa haine et sa perfidie au fréle et malheureux crédit qui sembloit les avoir attirées sur moi, et d'avoir affecté, depuis ma destruction, de me rendre les espérances qu'il m'avoit ôtées, pour avoir seulement nouvelle matière de me désobliger et de me trahir, c'est véritablement ce que j'aurois de la peine à lui pardonner, et que je ne puis m'empécher de faire connottre. Entre toutes les choses que la Reine a voit eu envie de faire pour moi, la première qui s' é toit présentée à elle avoit été de rendre à ma maison les prérogatives qu'on avoit données ou rendues à trois ou quatre autres, depuis vingt-cinq ou trente ans ' ; et, parce que ses recommandations y pouvoient aussi peu que ses ordres , elle se satisfaisoit à renouveler, en toutes rencontres, les preuves que nous avions eues de cette intention. N'osant pas faire donner chez elle un siège à ma femme, elle n'en prenoit point elle-même, quand elle l'alloit voir ; elle demeuroit debout des heures entières à l'entretenir; elle lui protestoit de ne la laisser pas un moment en cette posture, si elle se voyoit jamais en état de l'en retirer, et elle la chassoit, avec des bontés qui ne se peuvent dire, dès qu'elle jugeoit que la foule de celles qui dévoient être assises ' l'alloit obliger à s'asseoir. Je confesse qu'un plus prévoyant ou plus intéressé que je ne suis se fût prévalu sans doute de tant de favorables
I. Sar cette question des prërogatiyes et du tabouret, Tojex les Mémoires^ p. 104-106.
a. Dans la i'^ édition : arrivées.
dispositions, et que, sommant la Reine de sa parole dès qu*elle fut en pouvoir de Texécuter, il ne lui auroit pas donné le loisir d'apprendre de son nouveau ministre de quoi elle devoit payer les plus anciens et les plus fidèles de ses serviteurs; mais, outre que j'aurois eu honte de lui parler pour moi en un temps où je croyois ne devoir ni parler ni vivre que pour elle, je pensois que sa reconnoissance ne Tentretiendroit que trop de mes intérêts, et que les siens m' étant mille fois plus considérables, je n^aurois qu'à me préserver de ces grâces excessives qui rendent encore plus odieux ceux qui les font que ceux qui les reçoivent. Véritablement je m'aperçus bientôt qu'il ne me faudroit pas de grands antidotes contre ce venin : ma faveur excita plutôt la pitié que T envie. Dans la profusion la plus générale que Ton ait jamais vue, on me refusa jusqu'à un tabouret qui n'eût rien coûté, si ce n'est que rien ne coûte tant que de faire justice à un homme à qui on veut donner sujet de faillir, pour avoir sujet de le maltraiter. Je dis faire justice, parce que c'étoit à la fin ce que je demandois, et que, pour décharger la Reine des plaintes des autres prétendants aussi bien que de sa parole, je m'ofiris de prouver dans le conseil que ce qu'on m'accorderoit ne feroit conséquence pour qui que ce fût. Ce n'est pas que je ne susse bien que je n'étois point le seul fils de duc ; ce n'est pas aussi que je voulusse dire qu'il n'y eût que moi de qui les pères eussent toujours reçu cet honneur de nos rois d'en être avoués pour parents*, car je ne sais point me faire valoir aux dépens d' autrui ; mais, en justifiant ce dernier avantage par des titres qui ne peuvent pas être soupçonnés de faux en un temps où tant d'autres en sont convaincus, j'en-