I . Vojez au tome I, la Notice biographique
tendois maintenir que j*étois le seul de qui la maison eût joint ce même avantage à celui de la duché, et qui ne jouît pas de tous les privilèges que je demandois. Je demeure bien d'accord que pour me sacrifier on me couronna, et que témoignant d*en croire encore plus que je ne m'offirois d'en vérifier, on m'assura qu'on me satisferoit dès cette heure-là même, si tout le monde vouloit être aussi raisonnable que moi ; mais qu'ayant affaire à des gens qui ne se payent de rien que de ce qu'ils demandent, il falloit laisser venir un temps où on pût les obliger à entendre raison, et qu'en tout cas je serois le premier pour qui^ on feroit ce que j'avois désiré. Mais cette assurance-là fut encore éludée; on supposa grossièrement une possession en faveur de ceux à qui on voulut donner effectivement ce qu'on s'étoit contenté de me promettre ; mes plaintes ne servirent qu'à me faire écouter de méchantes excuses, et, le passé me faisant juger de l'avem'r, je crus qu'on ne manqueroit jamais de prétextes pour m'outrager, jusques à ce que le Girdinal ne s'en laissa point à lui-même dans les promesses qu'il me fit la dernière fois que je quittai la cour pour aller en Poitou ^. Il s'engagea si distinctement à me faire précéder tous les prétendants au tabouret que la seule malice dont il me restoit à le soupçonner étoit qu'il fût bien résolu qu'on n'eu donneroit plus de son ministère, et tout ce que j'avois vu de lui n'avoit pu encore me faire concevoir qu'il affectât de prendre des précautions, de peur qu'on ne doutât qu'il ne fût le plus infidèle de tous les méchants. Je m'en allai donc dans mon gouvernement avec la croyance de n'avoir rien à craindre que d'attendre peutêtre inutilement la satisfaction qu'on me promettoit, et
I. Dans la i**® édition : à qui, a. Vojez les Mémoires^ p. io5.
encore ne demeurai-je guère que je n'y trouvasse de nouvelles occasions de la mériter.
Dans les calamités communes à tout cet État, les provinces les plus abondantes ou les plus soumises ont toujours été les plus opprimées ; et, comme si on leur avoit dû imputer à crime leur obéissance et la bénédiction que Dieu leur donnoit, on a incessamment puni de nouvelles souffrances la facilité qu'elles ont témoignée d'avoir à souffrir. Les pays qui sont sous ma charge étant tous remplis des funestes preuves de cette vérité, et leur désolation ne faisant que trop voir jusques où avoit pu aller la fidélité de leur zèle, les peuples se rebutèrent d'une patience qui ne faisoit qu'attirer la persécution, et, sur l'avis qu'ils eurent que le Parlement avoit réprimé quantité d'excès, ils passèrent eux-mêmes à celui de se faire les juges en leur propre cause, et d'étendre les suppressions portées par les déclarations du Roi sur toutes les choses dont ils eussent voulu être déchargés *. Ils se vengèrent sur quelques bureaux et sur quelques commis des injures qu'ils préteudoient en avoir reçues, et se voulant même imaginer que les plus anciens droits dévoient être éteints en haine des nouveaux, ils se préparoient à payer aussi peu les uns que les autres. Je ne désavoue point que leur misère ne me fit regarder avec pitié leur rébellion, et que je n'eusse bien désiré que le soulagement qu'on leur accordoit eût été plus proportionné à leur maladie ; mais le devoir l'emporta sur la compassion, et ne doutant point que Messieurs du Parlement n'eussent fait tout ce que le temps permettoit de faire, j'apportai la juste chaleur qui étoit nécessaire pour dissiper l'orage qui s'étoit formé. Je fis quelque sorte de justice de ceux qui avoient voulu se la faire à
I. Allusion à la déclaration royale du aa octobre 1648, rénûée en Parlement le a4.
46o APOLOGIE DE M. LE PRINCE
eux-mêmes, et, avec plus de réputation que de violence, je rétablis, en moins de huit jours, Fautorité du Prince, sans qu il en coûtât la vie ni Thonneur à aucun de ses sujets * .
L'avis que j'en donnai à la cour y fot reçu aj^remment d'assez bonne grâce ; on se loua de ma conduite et de mon crédit, et on fit semblant de croire que les circonstances des choses rendoient ce service assez signalé*; mais, si on le croyoit véritablement, je puis véritablement dire qu'il ne m'en parut rien ; car ayant demandé de récompenser le gouvernement de Niort', qui vaquoit par la mort de M. de Neuillan^, on le donna i Mademoiselle sa sœur', sans daigner seulement me faire réponse ; et, lorsque la mort de M. de Chémeraut * fit vaquer les capitaineries de Civray et de Lusignan'', un homme que j'avois à la cour les ayant demandées en mon nom,