‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 493 sur 569 · Voyez d-dessos, p. i5a-i · texte numérisé non relu

Voyez d-dessos, p. i5a-i

fin lieu aux Frondeurs de le réconcilier arec la cour et de faire les projets* de la prison des Princes, qui sVxëcuta* bientôt après, et qui produisit tous les maux que nous avons TusanÎTer depuis.

Les princes de Coude' et de Conti, et le duc de Longueville furent pris le 18 janvier'. Plusieurs personnes ont dit leur en avoir donné avis ; mais le prince de Condé m'a dit qu'on ne lui en avoit jamais parlé. Ce que je sais, c'est que le duc de la Rochefoucauld, voyant les différents procédés de M. d^Orléatu sur le procès de l'assassinat, dit au prince de Conti le jour qu'il fut arrêté, ou que tabbé de la Rivière étoit gugné de la cour^ ou qu'il étoit perdu auprès de son maître, et qu'ainsi il n'y avoit pas un moment de sûreté à la cour pour Monsieur le Prince et pour lui. Le mime duc de la Rochefoucauld dit à la MoussayCy le même jour d'auparavant, que le capitaine de son quartier lui étoit venu dire qu*on F avoit envoyé quérir de la part du Roi, et qu* étant dans la galerie du Palais-Rojal, M, le Tellier lui avoit demandé si le peuple n^ approuverait pas que le Roi fit quelque action éclatante pour remettre son autorité, à quoi l'autre répondit que pourvu qu'on n^ arrêtât point M. le duc de Beau fort, qu'il n*y avoit rien à quoi- on ne consentit. Sur cela, le capitaine vint trouver le duc de la Rochefoucauld et lui dit qu'on voulait perdre Monsieur le Prince , et que de la façon qu'il voyoit prendre les mesures, ce devait être dans très-peu de temps. La Moussajre promit de le dire; mais Monsieur le Prince dit qu'il ne lui en 9i jamais parlé*. Tout le monde sut ce qui se passa dans cette action, et comme le carrosse qui conduisoit les Princes s'étant rompu entre Paris et le bois de Vincennes, ils demeurèrent quatre ou cinq heures par le chemin, leur escorte n'étant que de seize hommes. On voulut arrêter, en même temps, le duc de la Rochefoucauld et la Moussaye, et on envoya M. de la Vril» Hère porter un ordre à la duchesse de Longueville d'aller trouver la Reine au Palais-Royal, oti on avoit dessein de la retenir. Mais le duc de la Rochefoucauld la fit résoudre de partir à theure même et d'a/ler, avec toute la diligence possible, en Normandie pour engager le parlement de Rouen et la Normandie de prendre le parti des Princes, et pour s^ assurer des amis et des places du duc de Longueville et du Havre de Grâce, Le duc de la Rochefoucauld P accompagna en ce voyage ; mais cette princesse, après avoir essayé inutilement de gagner le Parlement, se retira à Dieppe, qui ne lui servit de retraite que yWques à la venue de la cour, qui la pressa de telle sorte quUUe fut con» trainte de s^embarquer et de passer en Hollande pour aller à Stenay, Le maréchal de Turenne s'7 étoit retiré dès la prison des Princes. Le ^

I. Le projet. (1688-1754.) — 2. Qu'U exécaU. (1689.) X Voyeip. 169-171. — 4. Voyesp. 167 et 168.

488 APPENDICE AVX MÉMOIRES.

dac de la Rochefoucauld partit Je Dieppe cinq ou «ix jours derant la duchesse Je Longuenlle^ et ien alla dam son goupemement da PoU tou^pour y disposer les clioses à la guerre y et pour essayer ^ avec Us dues de Bouillon y de Saint-Simon et de la Force ^ de renouveler les mécomten' tements du parlement et de la ville de Bourdeaux* , et de les obliger à prendre les intérêts de Monsieur le Prince^ puisque les manifestes de la eour ne lui imputaient pas de plus grands crimes que d'avoir protégé hautement les intérêts deBourdeaux*. Pour ce qui est des raisons qui ont oblige le Cardinal à arrêter Monsieur le Prince, je sois persuadé qu'il n'j en a point eu de bonnes, et que toutes les règles de la politique ëtoient contre ce dessein -la, comme les ëTënements Tont fait voir, outre que jusque-là Monsieur le Prince n'aToit pas même été soupçonne de la moindre pensëe contre l'État. Je crois . donc que non-seulement le Cardinal a touIu être par là le maitre de la cour, mais encore qu^il n*a pu souffrir la manière aigre et méprisante avec laquelle le prince de Condé le traitoit en public, afin de regagner dans le monde ce que leur réconciliation loi avoit ôté. Il faisoit la même chose dans les conseils particuliers pour le détruire dans Tesprit de la Reine et y prendre le poste qu'il y occupoit. Enfin, Faigreur augmentant entre Monsieur le Prince et lui, il se hâta de le perdre pour ne lui pas donner le temps de se réconcilier ayec les Frondeurs'. Il conduisit si adroitement cette affaire, que le prince^ de Condé crut non-seulement que les préparatifs que Ton faisoit pour Tarrêter regardoient les Frondeurs, mais même, dans cette vue-là, il donna lui-même les ordres pour se faire conduire plus sûrement en prison*. La chose fut exécutée d*un consentement si général des peuples, que la duchesse de Longueville étant retirée, sans être connue, dans une maison particulière, pour attendre les choses nécessaires pour partir, vit allumer les feux de joie et paroître les autres marques de la réjouissance publique pour la détention de ses frères et de son mari*,

V autorité de la eour sembloit plus affermie que jamais par la prison des Princes et par la réconciliation des Fronàeurs, ha Normandie avait reçu le Roi avec une soumission entière^ et les places du duc de Lon^ gueville s^étoient rendues sans résistance. Le duc de Bichelieu fut chassé du Havre, La Bourgogne fit comme la Normandie, Bellegarde^ le chd" teau de Dijon et Saint-Jean de Laune imitèrent les places de M, de Lort-

I. L'édition de i66a écrit tantôt Bourdeaux et tantôt Bordeaux, a. Voyexp. 172-174. — 3. Voyez p. x6i.

4. Nous suirons le texte de 1688; l'édition de i66a a ce tour imponible : « Il conduisit adroitement cette affaire, laquelle le prince, etc. »

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