‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 552 sur 569 · Dans les exercices · texte numérisé non relu

Dans les exercices

6. I«e Prince avoit beaucoup perdu dn (de i66a B, i663, 1664) respect qa*il avoit pour le Cardinal. (t66a-i838.)

Cardinal étant assez jostement persuade qu'il ne pouToit engager Monsieur le Prince à perséyérer dans ses intérêts que par des apparences de nouveaux établissements, ou il lui en proposoit, ou il lui en faisoit proposer par ses créatures, dont il Tentretenoit quelque temps, et les éludoit dans la suite. Le Prince, assez éclairé de ses propres lumières, et peut-être de ceux mêmes qui se mêloient de ces commerces*, s'aperçut du peu de sincérité du Cardinal, dont il ne douta plus après une telle rencontre*.

Le Cardinal ajant exhorté Monsieur le Prince d'acquérir le Montbéliard *, et envoyé d*Herval*, en apparence pour en faire le traité, avec ordre de ne rien conclure, d^Henral en avertit Monsieur le Prince, qui ne le put dissimuler; et, suivant le proverbe espagnol : Despues que te erré^ nunca bien te quise*, il n'est pas étrange si le Cardinal, dans le soupçon qu'il a voit que Monsieur le Prince se vengeroit de ce manquement, le voulut prévenir, même aux dépens des obligations essentielles qu'il lui avoit*, puisqu'en matière de politique tous les moyens qui vont à conserver l'autorité, pourvu qu'ils soient sûrs, sont réputés honnêtes et légitimes. De ce discours il est aisé de voir que le Cardinal vouloit profiter de tous les événements, pour jeter Monsieur le Prince dans le précipice; cela se passa ainsi : la paix ne fut pas publiée, que l'on jugea qu'il étoit convenable' au bien de l'État, tant pour les provinces que pour les dehors, que le Roi retournât en sa ville capitale ; mais les ministres ne pouvoient prendre la résolution de se renfermer si tôt parmi une populace irritée qu'ils venoient d'assiéger, et, comme la campagne approchoit, c'étoit un prétexte pour s'en aller sur la frontière, se préparer à quelque entreprise considérable; que ce-

I. De 06 commerce. (1804, a6, 38.) -« De ses affiiires. (1688-1754.) a. Une telle rencontre^ c'est-à-dire celle qa*on ts raconter.

3. Le comté de Montbéliard ( Doabs) appartenait alors à la maison de Wortemberg. Voyes, sur cette proposition du Cardinal à Condé, les Mémoires de ReiZy tome II, p. 53o.

4. D'Henrart (i 688-1 838); d*HerTal (Madame de Mottenlle, tome IT, p. 398) ; Herballe (Retz, tome II, p. 53o et note 6). — Barthélémy Herrart, né à Aogsboarg, banquier de Bfazarin, intendant des finances, pois contre-

eur général (1657) ; il mourut à Tours en 1676.

5. « C'est-à-dire : « depuis que je t*ai trompé, je ne t*ai jamais vonlu de « bien. » {Note de Pédition de 1688.)

6. « Car c'étoit une de ses maximes qu'un ministre d*État ne doit pas éti e esclaTe de ses paroles ni de sa reconnoissance. » {Noie de 1688.) — L'édition de 1689 ajoute : « et qu'il faut distinguer les intentions d'avec les promesses. »

7. Les éditions de i66a-i688, 17 17, 1804, a6, 38 donnent un sens tout différent, et certainement faux : « La paix n'étant (comme la paix n'étoit, 1689- 1754) pas publiée, Ton jugea qu'il n'étoit pas contenable, etc.... »

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pendant le temps cahneroit let esprit*, et que le ■oii'Vieiiir des choses passées s^ perdroit. En effet, Lieors Majeatës, aTee M. le duo d'Orléans, et le Conseil , allèrent à Compiègne ; maie Monsieur le Prinoe, pensant qu'il étoit de sa réputation de se faire toît à un peuple qui lui avoit donné tant d'imprécations. Tint à Paris, et se montra par les rues, seul dans son earrosse. U j attira plolât le respect et la orainte que le ressentiment, tant la râleur a d'attrtiti enrers ceux même qu^elie hlesse. La plupart du Parlement et les principaux du parti le risitèrent durant cinq ou six jours, apr^ lesquels il rerint à la cour, où la joie que le Cardinal aroit, qu'il fad eût ouTcrt le chemin de Paris, étoit tempérée par la jalousie de ses moindres actions. A son anÎTée, le Cardinal roulant s'éloigner' oa compétiteur aussi dangereux, lui proposa le commandement de l'armée de Flandres, qu'il ne Toulut pas accepter par le goût qu'il aToît pris à régenter le cabinet : même il aroit dessein, s'en allant en son gouremement de Bourgogne, de pacifier les mourements de Gnjemie et de Prorence, qui étoient en armes par la mauTaiae intelligenee de leurs gouremenrs et des parlements*. Mais le Cardinal et la Ririère éludèrent son entremise, à l'autorité de laquelle les inté* ressés aroient remis leurs différends, de orainte de donner eneoiv ce surcroit à sa puissance. Pendant son séjour à Compiègne, il rallia auprès de lui le prinoe de Cônti, les ducs de Nemours* et de Candaîe^, M. le maréchal de Turenne, qu'il aroit raccommodé, et tcMortes les personnes de condition, et dans ses sociétés des plaisirs' il ne dissimula plus le mépris qu'il faisoit du Cardinal et de M. de Vendôme et Paversion qu'il aroit pour le mariage du duc de Mercoor. n passoit plus ayant, traitant de raillerie* l'autorité rojrale, dont il Tenoit d'être le plus ferme appui; mais plutôt' par la haine da Ministre que par un dessein formé d'élever la sienne sur ses ruines. Cette conduite donna des pensées au Cardinal, dès oe temps-là, contre sa liberté, s'il eût osé Texécuter*; mais, outre* plusieurs raisons qui le retenoient, celle de sa bonne intelligence arec M. le duc d'Orléans étoit un obstacle à ce dessein, car Monsieur le Prinoe avoit agi avec son Altesse Royale, dans les affaires passées,

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