‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 145 sur 364 · I. Var. : fait souvent l'opiniâtreté. (i · texte numérisé non relu

I. Var. : fait souvent l'opiniâtreté. (i

1. Dans le manuscrit, les deux membres de phrase dont se compose cette réflexion forment deux maximes séparées. — Mme de Sablé {maximes 7 et 41) : < Les esprits médiocres, mais mal faits, surtout les demi-savantSf sont les plus sujets à l'opiniâtreté.... > — c La petitesse de l'esprit, l'ignorance et la présomption font l*opiniàtreté, parce que les opiniâtres ne veulent croire que ce qu'ils conçoivent, et qu*ils ne conçoivent que fort peu de choses. > — Montaigne [Essais^ livre III, chapitre xiii, tome IV, p. 117) : a L'affirmation et l'opiniastreté sont signes exprez de bestise. • — Le même (livre III, chajMtre Tiu, tome III, p. 4^7) : « L'obstination et ardeur d^opinion est la plus seure preuue de bestise. Est-il rien certain, résolu, desdaigneux, contemplatif, graue, sérieux, comme l'asne ? • — Vauvenargues dit, de son côté (maxime 800, Œuvres, p. 480) : c Les hommes pesants sont opiniâtres.! -^ Voyez les maximes 337, 367, 37$ et 6a3.

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puissent* triompher des autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas d'en être souvent la maîtresse : elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie ; elle y détruit et y consume insensiblement les passions et les vertus*, (éd. i*.)

La promptitude à croire le mal, sans Favoir assez examiné, est un effet de l'orgueil et de la paresse ' : on

I. Yab. : On s* est trompé quand on a cru quMl n*y avoit qae les ▼iolentes passions, comme, etc., i^\ pussent,.,, (i665.)

3. Yab. : elle y détruit et y consomme insensiblement toutes les ptssions et toutes les Tertns. (i665.] — On s* est trompé quand on a €ru, après tant de grands exemples, que V ambition et V amour triomptient toujours des autres posions; c^cst la paresse, toute languissante qu'elle 'est, qui en est le plus souvent la maîtresse : elle usurpe insensi^ élément sur tous les desseins et sur toutes les actions de la ^ie ; enfin eUe émousse et éteint toutes les passions et toutes les Tertus. {Ma' muscrit,) — Voyez les maximes 169, 898, 5ia et 63o. — Mme de Sablé, à propos de cette réflexion, écrirait, en 1664, à la duchesse de Schomberg, dans une lettre qui se trouve parmi les manuscrits de la Bibliothèque impériale {Portefeuilles de F allant, tome II, î° 186) : c L'auteur a trouvé dans son humeur la maxime de la paresse, car jamais il n*y en a eu une si grande que la sienne, et je crois que son oœur, aussi inoffîcieux qu'il est, a autant ce défaut par sa paresse que par sa volonté ; elle ne lui a jamais pu permettre de faire la moindre action pour autrui, et je crois que parmi ses grands désirs et ses grandes espérances, il est quelquefois paresseux pour lui-même. 3 — Évidemment, lorsque la quinteuse marquise écrivait ces lignes, assez eruelles pour son ami, elle était de mauvaise humeur, ou peut-être dans un moment de brouille avec lui. Mme de Sévigné, au contraire, dans maint endroit de ses Lettres, nous dit combien le commerce de la Rochefoucauld était fidèle et sûr : non-seulement il savait s'attacher et se conserver des amis, mais il apprenait à Mme de la Fayette à s'en faire. (Voyez, entre autres, la Lettre de Mme de Sévigné, du a6 février 1690, tome IX, p. 474*)

3. Vah. : un effet de la paresse et de F orgueil, (1666, 1671 et 167S.) — La promptitude avec laquelle nous croyons le mal^ sans

ii% RÉFLEXIONS OU SENTENCES

veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d'examiner les crimes*, (éd. i^.)

ccLxvm

Nous récusons des juges pour les plus petits intérêts, et nous voulons bien que notre réputation et notre gloire dépendent du jugement des honmies, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur préoccupation, ou par leur peu de lumière ; et ce n'est que pour les faire prononcer en notre faveur que nous exposons, en tant de manières, notre repos et notre vie*, (éd. i*.)

ravoir assez examiné, est un effet de la paresse et de 1^ orgueil, (i665.)

— est souvent un effet de paresse, qui se joint à l^orgueil. (Manuscrit,) I. Il semble qu*ici le mot crimes soit pris an sens du latin crimen^

griefs^ chefs tV accusation. — Voyez les maximes 3i, 897, 4^^ et 5i3.

— Mme de Sablé {maxime 61) : c II n'y a rien qui n*ait quelque perfection : c*est le bonbeur du bon goût de la trouver en chaque chose ; mais la malignité naturelle fait souvent découvrir un vice entre plusieurs vertus, pour le relever et le publier, ce qui est plutôt une marque de mauvais naturel qu*un avantage du discernement, et c'est bien mal passer sa vie, que de se nourrir toujours des imperfections d'autrui. >

a. Var. : Nous récusons tous les jours des juges pour les plus petits intérêts, et nous faisons dépendre notre gloire et notre réputation^ qui sont /es plus grands biens du monde ^ du jugement des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur malignité^ on par leur préoccupation (a), ou par leur sottise; et c* est pour obtenir d^eux un arrêt ep notre faveur, que nous exposons notre repos et notre vie, en cent manières, et que nous la condamnons à une infinité de soucis^ de peines et de travaux, (i665.) — La Bruyère dit de même {de C Homme ^ n» 76) : t Nous cherchons notre bonheur hors de nousmêmes, et dans l'opinion des honmies, que nous connoissons flatteurs, peu sincères, sans équité, pleins d'envie, de caprices et de préventions : quelle bizarrerie ! > — Boileau (épUre III , vers i8-3o) :

Des jugements d'autrui nous tremblons follement,

(a) Ces mots : « oa par leur préoccapatioii, » manquent dans i665 C, qm, à la fin de U maxime^ omet aussi de devant travaux.

ET MAXIMES MORALES. i43

CCLXDt

U uj a guère dliomme assez habile pour oonnottre tout le mal qu'il fait*, (éd. 2*.)

L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir*, (éd. i*.)

Et chacun l'un de Tantre adorant les caprices, Noas cherchons hors de nous nos vertus et nos rices.

-— J. J. Rousseau {Discourt sur Vorîgine de tinégaRti parmi les hom" wms) : c n y a une sorte d*hommes qui savent être heureux et contents d'eux-mêmes sur le témoignage d'autmi, plutôt que sur le leur propre. > — Vauvenargues réfute ainsi la Rochefoucauld (p. 83) : c n n'est pas vrai que les hommes nous soient tous contraires ; pluaieurs sont préoccupés en notre faveur, par leur propre intérêt, ou ptr les ressemblances qu'ils ont avec nous. D'ailleurs , quand nous léeusons des juges pour un intérêt de fortune, c'est parce qu'on peut nous en donner d'autres ; mais lorsque nous nous remettons de notre ^oire au jugement des hommes , c'est que nous ne pouvons l'obtenir qoe des hommes, et qu'il n'existe pas pour nous d'autre tribunal : OMSore se trouve- 1- il des opiniâtres qui en appellent à la postérité. L*auteur des Maximes se trompe doue, ainsi que la plupart des philosophes ; les hommes sont inconséquents dans leurs opinions ; mais, dans la conduite de leurs intérêts, ils ont un instinct qui les dirige, et la nature, qui préside à leurs passions, sauve presque toujours leur oœnr des contradictions de leur esprit. >

I . Var. : assez pénétrant pour apercevoir tout le mal qu^il fait. (Manuscrit.) — On ne voit pas pourquoi l'auteur a renoncé à cette première rédaction, qui semble plus précise. —Vauvenargues pense, de son côté {maxime 3i3, Œuvres y p. 419)» ^^ * nous n'avons ni la force ni les occasions d'exécuter tout le bien et tout le mal que nous projetons. » — Voyez les maximes 295 et 460.

â. Var. : L'honneur que Von acquiert est caution de celui que Ton doit acquérir. {Manuscrit,) — c Quelquefois mauvaise caution, t dit l'annotateur contemporain. — Voyez les maximes i5o, $98 et $99.

i44 RÉFLEXIONS OU SENTENCES

La jeunesse est une ivresse continuelle : c'est la fièvre de la raison*, (éd. i*.)

CCLXXn

Rien ne devroit plus humilier les hommes qui ont mérité de grandes louanges', que le soin qu'ils prennent encore de se faire valoir par de petites choses', (éd. 5*.)

CCLXXffl

n y a des gens, qu'on approuve dans le monde, qui n^ont pour tout mérite que les vices qui servent au commerce de la vie*, (éd. i*.)

La grâce de la nouveauté est à l'amour ce que la fleur

I. Va&. : c'est la fièyre de la stmté ; c*est la folie de la raison. (i665.) — c'est la fièvre de la vie; c'est la foCie de la raison. (1666.) — Nous avons déjà cité plus haut, p. 63, note i, ce que Platon (d«« LoiSf livre II) dit de c l'ardente jeunesse, incapable de rester en repos. » Fénelon {Télémaque^ livre IV) l'appelle « un temps de folie et de fièvre ardente. 1» — La Rochefoucauld reprendra la comparaison de la fièvre pour l'appliquer à l'amour (maxime 638).

s. Vab. : qui ont mérité quelque louange. {Manuscrit,)

3. Ces petites choses seraient-elles, par hasard , les Maximes^ qne la Rochefoucauld composa après avoir ardemment et vainement pour- •oivi dans le monde la réputation et la gloire? On serait tenté de le croire , au mot quelque louange de la première version. On emploie volontiers ces correctifs modestes en parlant de soi, ou en pensant à soi.

4» Vab.. : Il y a des hommes^ que l'on estime^ qui n'ont pour toute vertu que des vices qui sont propres à la société et au commerce de la vie. (Manuscrit.) — Voyez les maximes 90, i55, aSi, 354, 4^8, et la Lettre du chevalier de Meré, que nous donnons plus loin*

ET MAXIMES MORALES. i45

est sur les fruits : elle y donne ^ un lustre qui s^efface aisément, et qui ne revient jamais*, (éd. 5*.)

Le bon naturel, qui se vante d^étre si sensible, est souvent étouffé par le moindre intérêt', (éd. i*.)

L'absence diminue les médiocres passions, et augmente les grandes, comme le vent éteint* les bougies, et allume le feu. (éd. i*.)

I. Vab. : La nouveauté est à Tamour ce qae la fleur est sur le fruU : elle lui doune.... {Manuscrit,)

a. Voyez la maxime a 86, et les 9» et i8« Bé flexions diverses, — Saint-ËYremond dit à peu près de même [Maxime^ qu*on ne doit jamais smanquer à ses amis, OEuvres mêlées^ p. sqS) : c Ces grâces {les grâces de la nouveauté) ressemblent à une certaine fleur que la rosée répand WOT les fruits ; il est peu de mains assez adroites pour les cueillir sans les g&ter. •

3. Var. : La nature y qui se pique d^étre si sensible, est d^ordi^ maire arrêtée par le plus petit intérêt. {Manuscrit,) — Le bon naturel, qui se vante d'être toujours sensible , est , dans la moindre occasion ^ étouffé par Tintérét. (i665.) — Voyez la maxime 171.

4. Vab. : L'absence fait que les médiocres passions diminuent y et sjue les grandes croissent ^ comme le vent éteint.... {Manuscrit,) — Faut-il rappeler qu'au moment de la guerre de Guienne , Mme de Longueville partit en avant pour Montrond , la Rochefoucauld étant retenu à Paris, et que, pendant cette courte séparation, elle le quitta pour le brillant duc de Nemours? — Saint François de Sales {întro^ duction à la f^ie dévote^ livre III, chapitre xxxiii ) : f Ce sont les grands feux qui s'enflamment auvent; mais les petits s'esteignent, si on ne les y porte à couuert. > — Si Ton en croit Montaigne, Tab* •enoe ravivait en lui l'amour et Tamitié {Essais ^ livre III, chapitre IX, tome III, p. 484 «t p. 487) : < Quant aux debuoirs de l'amilié maritale, qu'on pense estre intéressez par celte absence , ie ne le crois pas.... et chascun sent, par expérience, que la continuation de •e veoir ne peult représenter le plaisir que l'on sent à se desprendre

La Rochefoucauld, i xo

î46 REFLEXIONS OU SENTENCES

CCLXXVn

Les femmes croient souvent aimer, encore qu'elle» n'aiment pas ^ : l'occupation d'une intrigue , Tcmotion d'esprit que donne la galanterie , la pente naturelle au plaisir d'être aimées , et la peine de refuser, leur persuadent ' qu'elles ont de la passion , lorsqu'elles n'ont que de la coquetterie*, (bd. i*.)

CCLXXVIU

Ce qui fait que l'on est souvent mécontent de ceux qui négocient, est qu'ils abandonnent presque toujours* l'intérêt de leurs amis pour l'intérêt du succès de la négociation ', qui devient le leur par l'honneur d'avoir réussi • à ce qu'ils a voient entrepris'', (éd. i*.)

et reprendre à seconsses. Ces interruptions me remplissent d'une amour récente enuers les miens.... "En la vraye amitié, de laquelle ie rais expert, ie me donne à mon amy, plus que ie ne le tire à moy..., et si Tabsence luy est ou plaisante ou vtile, elle m^est bien plus doulce que sa présence.... La séparation du lieu rendoit la conionction de nos volontez plus riche. » (Montaigne parle de son ami la fioëtie.) — Voyez la note a de la page 166.

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