I. Vah. : un geste. (i
a. Vab. : .... qui leur sont propres; ce rapport, bon ou mauvais, fait Us bons ou les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes.... (i665.) — Les peines et les sentiments ont chacun un ton de voix, une action et un air de visage qui leur sont propres ; e*est €e qui fait les bons ou les mauvais comédiens.... {Manuscrit.) — Voyez la maxime ^^o^ et les 3* et 4* Réflexions diverses.
3. Vab. : Dans toutes les professions «/ </<i/ii tous les arts^ chaoan se fait une mine et un extérieur qu^il met en la place de la chose dont il veut avoir le mérite : de sorte que tout le monde n'est composé que de mines, et c*est inutilement que nous travaillons à jr trouver (i665 G : à trouver) rien de réel. {Manuscrit et i665; dans le manuscrit : à y trouver Us choses.) — Montaigne (fiiaû, livre III, chapitre x, tome IV, p. i5 et 16) : ff La pluspart de nos vacations sont farcesques ; mundus çniuer^ sus es:ercet histrioniam{a)..,, l'en veois qui se transforment et se trant*
(a) Expression de Pétrone, citée en ces termes par Jean de Sarisbery {Joannis Saresbrriensis Policraticusy livre III^ chapitre viu) : Fere toiiis mundus y juxto Petroniumf exercet histrionem (rar. : histrioniam) , — L'annotateur coatemporain et Amelot de la Houssaye attiibaent cette phrase latine à Sénèque.
i36 RÉFLEXIONS OU SENTENCES
CCLVn
La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher lesdé&utsde Tesprit^ (éd. i*.)
tabftandent en autant de nouuelles figures et de nouueaux estres qu*ils entreprennent de charges, s — Charron {de la Sagesse^ livre I, chapitre xxxvi) : c Nous ne viuons que par relation à aultniy ; nous ne nous soucions pas tant quels nous soyons en nous en effect et en Tenté, comme quels nous soyons en la cognoissance publique ; > et (livre II, chapitre ii) : c Vu chascun de nous ioue deux roolles et deux personnages : Tm estranger et apparent, l'autre propre et essentiel. Il faut discerner la peau de la chemise. > — Pascal {Pensées f article II, i) : t Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être : nous voulons Tivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paroitre. » -— J. J. Rousseau {Discours sur Porigine de V inégalité parmi les hommes ^ vers la fin) : c II fallut, pour son avantage, se montrer autre que ce qu*on étoit en effet. Être et paroitre devinrent deux choses tout à fait différentes. •••• L'homme sociahle, toujours hors de lui, ne sait vivre que dans Topinion des autres.... Nous n'avons qu'un extérieur trompeur. > ^Mme de Sablé (maxime 19) : c I/on se soucie davantage de paroitre tel qa*on doit être, que d'être en effet ce qu'on doit. » — Voyez la maxime 170, et les a* et 3* Béflesâons diverses,
X • Var. : La gravité est un mystère de corps çu'on a trouvé pour cacher le défaut d^espril. {Manuscrit,) — Selon l'abbé Brotier (O^Jer*»!!tions, p. 33 a), c les sentiments ont toujours été partagés > sur cette réflexion. La Rochefoucauld consulta le grand Arnauld et Ninon de l'Enclos ; Arnauld prit le parti de la maxime, Ninon la condamna, et la Rochefoucauld ne l'en conserva pas moins, sans y rien changer. Sans doute, ajoute Brotier, il faut c un peu de mystère dans les pen- •ées délicates ; mais ce mystère du corps n'est-il pas lui-même un peu trop mystérieux? » 11 n'en donne pas moins cette pensée pour trèsingénieuse et très- belle ; il la compare à a ces beautés du Guide, qui aeroient peut-être moins piquantes, si elles Soient plus régulières. » — Amelot de la Houssaye cite cette réflexion d'un écrivain espagnol : c Tels n'ont que la façade, comme ces édifices qui demeurent inachevés, faute d'argent; au dehors, c'est l'air d'un palais; au dedans, c*est une masure. >
ET MAXIMES MORALES. i37
CCLVm
Le bon goût vient plus du jugement que de Fesprit^ (fo. 5.)
Le plaisir de Tamour est d'aimer, et Ton est plus heureux par la passion que Ton a que par celle que Ton donne*, (éd. 2*.)
La civilité est un désir d'en recevoir et d'être estimé
poli*. (ÉD. I*.)
L'éducation que l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second amour-propre qu'on leur inspire^.
(ÉD. I*
I. Cette distinction entre le jugemeni et V esprit e«t contradictoire à la wuunme 97 , où rauteor prétend établir qu'ils sont identiques. On retroQTe cette même contradiction dans la maxime 456. — Voyex les 10* et i3* Réflexions diverses,
a. Vab. : Le plaisir de l'amonr est V amour mime^ et il jr a plus de féGeUé dans la passion que l'on a que dans celle que l*on donne. (Manuscrit,) — Voyez les maximes 16a, 874 et 5oo. — c Distinguo , dit Tannotateur contemporain : pour le cœur, bon ; pour l'amourpropre, nego. Combien y a-t-il de gens qui sont plus contents de donner de la passion, que d'en recevoir ! •
3. Vab. : La civilité est une envie d'en recevoir ; c^est aussi un désir d'être estimé poli. (i665.) — Amelot de la Houssaye dit que la civilité sans distinction ressemble aux caresses des courtisanes.
4. Vam. : un second orgueil qu'on leur inspire. (Manuscrit et i665.) — « On n*en inspire pas un second, dit l'annotateur contemporain, nais on augmente le premier» 3 — Voyez les maximes 4gS et 5i8.
i38 RÉFLEXIONS OU SENTENCES
CCLXn
n n'y a point de passion où ramonr de soi-même règne si puissamment que dans Tamour, et on est toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu'on aime qu'à perdre le sien^ (bd. i*.)
CGLXIU
Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent que la vanité de donner', que nous aimons mieux que ce que nous donnons, (éd. i*.)
La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux
I. Via. : et on est toujours plus disposé de sacrifier tout le repos de ce qu'on aime, que de perdre la moindre partie du sien. (i665.) — •••• qa^à perdre la moindre pewtie du sien. (1666, 1671 et 167$.) — Voyez les maximes aSg, 3a4) 374 et 5oo. — Aimé>Martin fait remarquer (p. 89 et 90) que Corneille a développé cette maxime dans ce passage de Tite et Bérénice (acte I, scène in, vers 275-294) :
DOMmAK. [J«] trouve peu de jour à croire qu'elle m'aime,
Quand elle ne regarde et n'aime que soi-même.
ALsiH. Seigneur, s^il m'est permis de parler librement,
Dans toute la nature aime-t-on autrement?
L*amour-propre est la source en nous de tous les autres....
Vous-même, qui brûlez d'une ardeur si fidèle,
Aimez-vous Domitie, ou vos plaisirs en elle?
Et quand vous aspirez à des liens si doux,
Est-ce pour l'amour d'elle, ou pour l'amour de vous?...
Sa conquête est pour vous le comble des délices;
Vous ne vous figurez ailleurs que des supplices :
C'est par là qu'elle seule a droit de vous charmer ;
Et vous n'aimez que vous, quand vous croyez l'aimer.
1. Vab. : // n^x a point de Ubéraâté; ce n'est que la vanité de donner.... (i665.)
VT MAXIMES MORALES. i3g
dans les maux d'autrui; c'est une habile prévoyance des malheurs où nous pouvons tomber ^ ; nous donnons du secours aux autres, pour les engager à nous en donner en de semblables occasions, et ces services que nous leur rendons sont, à proprement parler, des biens que nous nous faisons à nous-mêmes' par avance '. (éd. i*.)
I. Charron (de la Sagesse, liyre I, chajMtre xzxiv) : c Nous sonspironsauecles affligez, compatissons à lear mal, on poor ce que, paryn tecret consentement, nous participons an mal les fns des anltres, on bien que nous craignons en nous-mesmes ce qui arriue aux aultres. » a. Yar. : que nous faisons à nous-mêmes. (1671.) 3. Yab. : La pitié est un sentiment de nos propres maux dans 4US suf'et étranger ; c*est une prévoyance hahiU des malheurs où nous pouvons tomber, qui nous fait donner du secours aux autres, pour les engager à nous le rendre dans de semblables occasions, de sorte que les services que nous rendons à ceux qui en ont besoin (Manuscrit : à ceux qui sont accueillis de quelque infortune') sont, à proprement parler, des biens anticipés que nous nous faisons à nous-mêmes. (i665.)
— .... sont, à proprement parler, des biens que nous nous faisons anticipés, (Manuscrit») — Quoique thonnéte homme ne doive se piquer de rien {maxime ao3), on a vu (ci-dessus, p. 9 et 10) que la Rochefoucauld, dans son Portrait, se pique de n'être pas sensible à la pitié.
— L'annotateur contemporain fait observer . avec raison que le caractère donné ici à la pitié n'est autre que celui que Tauteur attribue à la reconnaissance, dans les maximes aaS, aa4, aaS et 298.
— Aristote {Rhétorique , livre II , chapitre vni) : c La pitié est une douleur que nous seutons à la vue d*un mal immérité.... qui arrive à autrui, et que- nous prévoyons pouvoir un jour nous atteindre, nous-mêmes ou quelqu'un des nôtres. > — Ce qu' Aristote et la Rochefoucauld mettent au compte de la prévoyance, Virgile {Enéide, livre I , vers 63o) et la Bruyère le mettent an compte du souvenir :
Non ignara mali, miser is succurrere disco.
« Eprouvée par le malheur, je sais compatir aux malheurs des autres. >
— c Les gens déjà chargés de leur propre misère sont ceux qui entrent davantage, par la compassion, dans celle d'autrui. » {De l'Homme, VP 79.) — La Bruyère ajoute éloquemment (n® 81) : c Une graude âme est au-dessus de Tinjure, de Finjustice, de la douleur, de la moquerie, et elle seroit invulnérable, si elle ne souffroit par la compassion, s — Dans un autre passage {du Cœur, n9^8, tomel, p. 207),
i4o RÉFLEXIONS OU SENTEIiGES
La petitesse de Tesprit fait ropiniàtreté*, et nous ne croyons pas aisément ce qui est au delà de ce que nous voyons*, (éd. i*.)
C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes passions, comme rambition et Famour, qui
on croirait qa'il 8*est proposé de réfbter la Rochefoucauld : c S'il est Trai que la pitié ou la compassion soit m retour rers nous-mêmes qui nous met en la place des malheureuX| pourquoi tirent-ils de nous si peu de soulagement dans leurs misères ? i — Il n*est pas besoin de dire que J. Esprit se rencontre avec la Rochefoucauld, puisque, nous en avons eu plus d'une preuve, il y avait entre eux et Mme de Sablé fo¥uis commun .- c La pitié, dit-il (tome I, p. 373), est un sentiment secrètement intéressé ; c'est une prévoyance habile, et on peut l'appeler, fort proprement, la providence de Tamour-propre. > nos loin (tome I, p. 376 et p. 386), il n'y voit qu'un affoihUsiement^ con amollissement de l'âme; » enfin (tome I, p. 377), il affirme que c les personnes humides^ • c'est-à-dire celles en qui t la pituite domine , • sont plus accessibles à la pitié que toutes les autres. — Voyez la a* des Réflexions diverses,