I. Rapprochez de la maxime a
a. C'est le mot célèbre de Fénelon, dans son Sermon de fÉfipkanie : •c L*homme s'agite, mais Dieu le mène. » — Plusienrs commentateors se sont donandé poarqaoi la Rochefoucauld a mis an rebut cette pensée, dont le fond et la forme sont également irréprochables ; on peut dire aTec Brotier (p. a53 et a 54) et avec Duplessis (p. a66) qu'une réflexion religieuse, presque chrétienne, devait lui paraître trop isolée dans un livre qui ne traite des hommes qu'au point de vue du monde; mais la vraie raison, je crois, c'est qu'il a dtk s'apercevoir que cette maxime était en contradiction flagrante avec nombre d'antres, auxquelles il tenait davantage , et où il soutient que no* passions^ nos humeurs f et surtout le hasard^ disposent de la vie humaine.
3. Peut-être l'auteur a-t-il supprimé cette pensée parce qu'elle avait le tort de rappeler les conjurations de la FrondCi auxquelles il avait pris une si grande part, et qu'il aimait mieux oublier dès la seconde édition (1666), alors que son fils était déjà en veine de faveur auprès d^ Louis XIY. Dans tons les cas, on peut croire que cette maxime^ comme tant d'antres, n'est qu'un retour de la Rochefoucauld sur lui-même; car s'il avait, dans Us périls de la guerre, une valeur reconnue par tous, même par ses ennemis, il avait dans les conjurations une hésitation dont Rets l'accuse formellement (voyex le Portrait de la Rochefoucauld par le cardinal de Retz, ci-dessus, p. 1 3) . — Dans le manuscrit, cette pensée s'ajoutait à la dernière phrase de la meuâme que l'auteur a maintenue sons le n* 317.
a6o MAXIMES SUPPRIMÉES.
DCXV
Ceux qui voudroient définir la victoire par sa naissance * seroient tenlés, comme les poètes, de l'appeler la fille dm Ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En efiet, elle est produite par une infinité d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regardent seulement les intérêts particaliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur propre gloire et à leur élévatton, procurent' un bien si grand et si général'. (i665, n^ccxxxu.}
DCXVl
On ne peut répondre de son courage quand on n'a jamais été dans le périls (i665, n® ccxxxvi.)
DCXVII
On donne plus aisément des bornes à sa reconnoissanceqn'à ses espérances et à ses désirs*. (i665*, n® gcxli. — 1666, 167 1 et 1675, n® ccxxvn.)
I . Dans l'édition d'Amelot : s par la naissance. » a. Brotier donne produisent^ au lien àt procurent,
3. Cette réflexion devait choquer Condé et Tnrenne, on an moins Icvt amis. Est-ce pour cela que la Rochefoucauld l'a supprimée dès sa seoimdc édition (1666)? — On en peut rapprocher ce morceau bien connu da Discours de Cicéron pour Marcellus (§ a) : Belli laudes soient quidam ext^ nuare verbis^ casque detrahere ducibus, communicare eum multiSy me pr^frim sint imfteratorum. Et certe in armis militum virtus, locorum opportmmtms-, auxilia sociorum, classes, commeatus ^ multum juvant, Maxinuun veto ptr* tem quasi suo jure fortuna sibi vindicat; et quidquid est prospère gesUum, id pane omne ducit suum. c Les succès militaires ont leurs détracteurs; qnriques hommes contestent aux généraux une portion de cette gloire; ib en font la part des soldats, afin qu'elle ne demeure pas entière aux chefi qui les eommandent. Et soyons vrais, la valeur des troupes, l'avantage des positions, les secours des iilliés, les flottes, les convois, contribuent beaucoup à la victoire. La fortune surtout en réclame la plus grande partie ; elle revendique les sncoès comme son ouvrage, t» [Traduction de Gueroult.)
4. Retrandiée, sans doute, comme étant insignifiante on, tout an moins, commune.
5. Var. : On donne plus souvent des bornes à sa reconnoissanœ qn'à ses désirs et à ses espérances. (i665.) — Cette maxime, on le voit, a été maintenue, avec de légères retouches, dans les quatre premières éditions.
MAXIMES SUPPRIMÉES. a6i