‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 244 sur 364 · Voyez les maximes 81 et · texte numérisé non relu

Voyez les maximes 81 et

5. Dans les éditions postérieures à 1731 : c et ce qui détruit. >

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divers chemins qu'il faut tenir. Le rapport qui se rencontre entre les esprits ne maintiendroit pas longtemps la société, si elle n'étoit réglée et soutenue par le bon sens, par l'humeur, et par des égards qui doivent être entre les personnes qui veulent vivre ensemble * . S'il arrive quelquefois que des gens opposés d'humeur et d'esprit paroissent unis, ils tiennent sans doute par des liaisons ' étrangères, qui ne durent pas longtemps. On peut être aussi en société avec des personnes sur qui nous avons de la supériorité par la naissance ou par des qualités personnelles ; mais ceux qui ont cet avantage n'en doivent pas abuser : ils doivent rarement le faire sentir, et ne s'en servir que pour instruire les autres; ils doivent leur faire apercevoir qu'ils ont besoin d'être conduits, et les mener par raison, en s'accommodant, autant qu'il est possible, à leurs sentiments et à leurs intérêts.

Pour rendre la société commode, il faut que chacun conserve sa liberté : il faut se voir, ou ne se voir point, sans sujétion, pour se divertir ensemble, et même s'ennuyer ensemble; il faut se pouvoir séparer *, sans que cette séparation apporte de changement ; il faut se pouvoir passer les uns des autres, si on ne veut pas s'exposer à embarrasser quelquefois, et on doit se souvenir qu'on incommode souvent, quand on croit ne pouvoir jamais incommoder^. Il faut contribuer, autant qu'on le peut,

I. Ce passage est un heureux correctif à \a maxime 87, qui n'est en réalité qu'une épigramme.

a. Au lieu de raisons que donnent toutes les éditions. — Trois lignes plus haut on y lit : c les égards, » pour : c des égards ; » et Ters la fin de Talinéa : c par la raison, i au lieu de : c par raison. >

3. Les diverses éditions donnaient ainsi ce passage : c il n« faut point se voir, ou se voir sans sujétion, et pour se divertir ensemble; il faut pouvoir se séparer..., > omettant ainsi le membre de phrase et même s* ennuyer ensemble.

4* C'est presque textuellement la maxime %^^,

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au divertissement des personnes avec qni on veut Yivre; mais il ne faut pas être toujours chargé du soin d'y contribuer. La complaisance est nécessaire dans la société, mais elle doit avoir des bornes : elle devient une servitude quand elle est excessive; il faut du moins qu^elle paroisM libre, et qu'en suivant le sentiment de nos amis, ils soient persuadés que c'est le nôtre aussi que nous suivons.

Il faut être facile à excuser nos amis, quand leurs défiiuts sont nés avec eux, et qu'ils sont moindres que leurs bonnes qualités; il faut surtout^ éviter de leur (aire voir qu'on les ait remarqués ' et qu'on en soit choqué, etrondoit essayer de faire en sorte qu'ils puissent s'en apercevoir eux-mêmes , pour leur laisser le mérite de s'en corriger.

Il y a une sorte de politesse qui est nécessaire dans le commerce des honnêtes gens : elle leur fiait entendre raillerie, et elle les empêche d'être choqués et de choquer les autres par de certaines façons de parler trop sèches et trop dures, qui échappent souvent sans y penser» quand on soutient son opinion avec chaleur'.

Le commerce des honnêtes gens ne peut subsister sans une certaine sorte de confiance ; elle doit être commune entre eux ; il faut que chacun ait un air de sûreté et de

1. Les diverses éditions donnent souvent, la lieu de turtofti,^~k la ligne suivante, elles coupent la phrase après dioqué^ et en commencent une nouvelle par : « On doit, etc. s

a. Duplessis (p. a 19) estime que c Texcellent conseil donné ici part d*un sentiment bien plus juste et bien plus conforme à la véritable amitié que la maxime 410, dure pour le fond et même par la forme. » — Voyez la i8« des Réflexions diverses,

3. Dans son Portrait (ci-dessus, p. 8), Tauteur s'accuse lai-roéme de soutenir d'ordinaire ton opinion avec trop de chaleur. S<^[rais dit pourtant {Mémoires^ p. 170) : c M. de la Rochefoucauld ne contestoit jamais. Quand quelqu'un lui avoit dit un sentiment diflTérent du sien qu*il croyoit être bon : Monsieur , disoit-il, vous êtes de et sentimentale f et moi je suis d*un autre. On en demeuroit là mettre en colère de part ni d*autre. »

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discrétion qui ne donne jamais lieu de craindre qu'on puisse rien dire par imprudence * .

Il faut de la variété dans Fesprit : ceux qui n'ont que d'une sorte d'esprit ne peuvent pas plaire longtemps*. On peut prendre des routes diverses, n'avoir pas les mêmes vues ni * les mêmes talents, pourvu qu'on aide au plaisir de la société, et qu'on y observe la même justesse que les différentes voix et les divers instruments doivent observer dans la musique.

Comme il est malaisé que plusieurs personnes puissent avoir les mêmes intérêts, il est nécessaire au moins, pour la douceur de la société, qu'ils n'en aient pas de contraires. On doit aller au-devant de ce qui peut plaire à ses amis, chercher les moyens de leur être utile, leur épargner des chagrins, leur faire voir qu'on les partage avec eux quand on ne peut les détourner*, les effacer insensiblement sans prétendre de les arracher tout d'un coup, et mettre en la place des objets agréables, ou du moins qui les occupent. On peut leur parler des choses qui les regardent, mais ce n'est qu'autant qu'ils le permettent, et on y doit garder beaucoup de mesure : il y a de la politesse, et quelquefois même de l'humanité, à ne pas entrer trop avant dans les replis de leur cœur; ils ont souvent de la peine à laisser voir tout ce qu'ils en connoissent, et ils en ont encore davantage quand on pénètre ce qu'ils ne connoissent pas'. Bien que le com-

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