X. DU COUT
Il y a des personnes qui ont plus d'esprit que de goût, et d'autres qui ont plus de goût que d'esprit* ; mais* il y a plus de variété et de caprice dans le goùt^ que dans Fesprit.
Ce terme de goût a diverses significations, et il est
I. c Et on ne se sent. » {Édition de M, de BartkéUmjr,) a. c Que pour sentir. > {Ibidem.) 3. Rapprochez de la maxime 35 1.
4* Les diverses éditions donnent ce titre au pluriel ; mais il y a DU GOtJT, au singulier, dans le manuscrit.
5. Mme de la Fayette écrit le 4 septembre 1678 à Mme de Sérîgoé (▼oyez les Lettres de cette dernière, tome III, p. aag et a3o) : c Je ne sais si Mme de Coulanges ne vous aura point maudé une conTerfation d*une après-dinée de chez Gourville, où étoient Mme Scarron et Tabbé Têtu, sur les personnes qui ont le goût an-dessus ou oa- 'dessous de leur esprit. Nous nous jetâmes dans des subtilités où nous n'entendions plus rien. > U y a bien de Tapparenoe que c*est la proposition de la Rochefoucauld qui a fourni le sujet de cette discussion à perte de yue. Quoi qu^il en soit , c^est dans la catégorie des personnes qui ont plus d^ esprit que de goût que Mme de la Fayette range la Rochefoucauld, Mme de Sévigné, et elle-même, car elle ajoute : c Vous avez le goût au-dessous de votre esprit, et M. de la Rochefoucauld aussi, et moi encore, mais pas tant que vous deux. » — Celte lettre de Mme de la Fayette permettrait de rapporter à l'année 1678 le morceau de la Rochefoucauld. — Voyez la maxime a 58, et la i3« des Bé flexions diverses.
6. Meus est omis dans l'édition de 173 1 et dans les suivantes.
7. Voyez les maximes 45, a5a, 390, 625, et la i5« des Réflesàons diverses.
REFLEXIONS DIVERSES. 3oS
aisé de s'y méprendre : il y a différence entre le goût qui nous porte vers les choses^, et le goût qui nous en, fait cdnnoitre et discerner les qualités , en s'attachant* aux règles. On peut aimer la comédie sans avoir le goût assez fin et assez délicat pour en bien juger, et on peut avoir le goût assez bon pour bien juger de la comédie sans Faimer. Il y a des goûts qui nous approchent imperceptiblement de ce qui se montre à nous; d*autres' nous entraînent par leur force ou par leur durée ^.
Il y a des gens qui ont le goût faux en tout; d*autres ne Tout faux qu'en de certaines choses, et ils Font droit et juste dans ce qui est de leur portée. D'autres ont des goûts particuliers, qu'ils connoissent mauvais, et ne laissent pas de les suivre. Il y en a qui ont le goût incertain; le hasard en décide : ils changent par légèreté, et sont touchés de plaisir ou d'ennui, sur la parole de leurs amis. D'autres sont toujours prévenus; ils sont esclaves de tous leurs goûts, et les respectent en toutes choses. Il y en a qui sont sensibles à ce qui est bon, et choqués de ce qui ne Test pas; leurs vues sont nettes et justes, et ils trouvent la raison de leur goût dans leur esprit et dans leur discernement.
Il y en a qui, par une sorte d'instinct, dont ils ignorent la cause, décident de ce qui se présente à eux, et prennent toujours le bon parti. Ceux-ci font parottre plus de goût que d'esprit*, parce que leur amour-propre et leur humeur ne prévalent point sur leurs lumières naturelles ; tout agit de concert en eux, tout y est sur un même ton. Cet accord les fait juger sainement des objets, et leur