XII. -^ DE l'origine des MALADIES
Si on examine la nature des maladies, on trouvera qu'elles tirent leur origine des passions et des peines de l'esprit. L'âge d'or, qui en étoit exempt , étoit exempt de maladies*; l'âge d'argent, qui le suivit, conserva encore sa pureté; Fàge d'airain donna la naissance aux passions et aux peines de l'esprit : elles commencèrent a se former, et elles avoient encore la foi blesse de l'enfance et sa légèreté. Mais elles parurent avec toute leur force et toute leur malignité dans Tàge de fer, et répandirent dans le monde, par la suite de leur corruption,
I . CVst (lu proverbe bien connu : larmes de crocodile^ qu'est Tenue cette croyance, que la Cépèile ne mentionne pas dans son Histoire des quadrupèdes ovipares, Gesner, qui, dans son Histoire des an'intauxy a réuni les contes comme les vérités de Tantiquité, dit (au livre II, p. i6, Francfort, 1617, in-folio) que, selon quelques auteurs, le crocodile, quand il voit de loin un homme, se met à pleurer (pour Pattirer sans doute), puis bientôt après le dévore.
9. Notre «luteur a pu emprunter aux anciennes traditions poétiques ridée pre.nière do ce morceau , mais non les distinctions étranges qu^il y ajoute comme par un jeu dVsprit. Hésiode se contente de dire (jOEuvres et Jours ^ >ers 90-92) que « les hommes des premiers temps TÎvaient sur la terre exempts de tous maux, et du pénible travail, et des cruelles maladies; v et Horace (livre I, ode m, vers ag-Si), que c la Maigreur, et la cohorte des Fièvres, ne s^abattit sur la terre qu^après que Prométhée eut dérobé le feu à la demeure céleste. »
RÉFLEXIONS DIVERSES. 3ii
les diverses maladies qui ont affligé les hommes depuis tant de siècles. L'ambition a produit les fièvres aiguës et frénétiques ; Tenvie a produit la jaunisse et Tinsomnie ; c'est de la paresse que viennent les léthargies, les paralysies et les langueurs; la colère a fait les étoufiements, les ébullitions de sang, et les inflammations de poitrine ; la peur a fait les battements de cœur et les syncopes ; la vanité a fait les folies ; Tavarice, la teigne et la gale ; la tristesse a fait le scorbut ; la cruauté, la pierre ; la calomnie et les faux rapports ont répandu la rougeole, la petite vérole, et le pourpre , et on doit à la jalousie la cangrène\ la peste, et la rage. Les disgrâces imprévues ont fait Tapoplexie; les procès ont fait la migraine et le transport au cerveau ; les dettes ont fait les fièvres étiques; l'ennui du mariage a produit la fièvre quarte, et la lassitude des amants qui n'osent se quitter a causé les vapeurs '. L'amour, lui seul', a fait plus de maux que tout le reste ensemble, et personne ne doit entreprendre de les exprimer ; mais comme il fait aussi les plus grands biens de la vie ^, au lieu de médire de lui, on doit se taire : on doit le craindre et le respecter toujours.