‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 274 sur 364 · De a. été omis par M. de Barthélémy · texte numérisé non relu

De a. été omis par M. de Barthélémy

dèle d'un jeune conquérant, plus grand encore par ses qualités personnelles que par Tétendue de ses conquêtes * ?

Si on considère de quelle sorte la nature et la fortune nous montrent César, ne verra- t-on pas qu'elles ont suivi un autre plan, qu^ elles n'ont renfermé dans sa personne tant de valeur, de clémence, de libéralité, tant de qualités militaires , tant de pénétration , tant de &cilité d'esprit et de mœurs, tant d'éloquence, tant de grâces du corps, tant de supériorité de génie pour la paix et pour la guerre, ne verra-t-on pas, dis-je, qu'elles ne se sont assujetties si longtemps à arranger et à mettre en œuvre tant de talents extraordinaires, et qu'elles n'ont contraint César de s'en servir contre sa patrie, que pour nous laisser un modèle du plus grand homme du monde, et du plus célèbre usurpateur*? Elles

I. L*admiration de Yauyenargues pour Alexandre n'est pas moins vive {Réflexions critiques sur quelques poètes^ Œuvres ^ p. a 58 et sSq) : c Je suis forcé d*admirer les rares yertus d'Alexandre, et celle hauteur de génie qui, soit dans le gouyemement, soit dans la guerre, soit dans les sciences, soit même dans sa vie privée, Pa fait paroitre, jusque dans ses erreurs, comme un homme extraordinaire, et qu'un instinct grand et suhlime éievoit au-dessus des règles. Je veux révérer un héros qui, parvenu au faite des grandeurs humaines, ne dédai* gnoit pas de cultiver, dans les bras de la victoire, la familiarité et l'amitié ; qui, dans cette haute fortune, respectoit encore le mérite, honoroit les arts, les sciences, et croyoit à la vertu ;... le maître le plus libéral qu'il y eut jamais, jusqu'à ne réserver pour lui que /*««• pérance; plus prompt à réparer ses injustices qu'à les commettre, et plus pénétré de ses fautes que de ses triomphes ; né pour conquérir l'univers, qu'il lui étoit permis de soumettre parce qu'il étoit digne de lui commander.... »

a. Vauvcnargues (Lettre à Mirabeau, du i3 mars 1740, Œuvres posthumes, p. i83) : c Quel homme eut des passions plus vives, plus grandes, plus de force d'esprit, un courage plus haut que César?... et quel homme eut, en même temps, plus d'art, plus de douceur, et plus de jeu dans l'esprit? qui fut plus insinuant, plus indulgent, plus facile?.. .» Et ailleurs (Introduction à ia Connoiuance de r esprit humain^

3i8 RÉFLEXIONS DIVERSES.

le font nattre ^ particulier dans une république maîtresse de Funivers, affermie et soutenue par les plus grands hommes qu'elle eût' jamais produits; la fortune même' choisit parmi eux ce qu'il y avoit de plus illustre, de plus puissant, et de plus redoutable, pour les rendre ses ennemis; elle le réconcilie^, pour un temps, avec les plus considérables, pour les faire servir à son élévation ; elle les éblouit et les aveugle ensuite, pour lui faire une guerre qui le conduit à la souveraine puissance. Combien d*obstacles ne lui a-t-elle pas fait surmonter! De combien de périls, sur terre et sur mer, ne l'a-t-elle pas garanti, sans jamais avoir été blessé ! Avec quelle persévérance la fortune n'a-t-ellc pas soutenu les desseins de César, et détruit ceux de Pompée ! Par quelle industrie n'a-t-elle pas disposé ce peuple romain, si puissant, si fier, et si jaloux de sa liberté, à la soumettre' à la puissance d'un seul homme! Ne s'est-elle pas même servie des circonstances de la mort de César, pour la rendre convenable* à sa vie? Tant d'avertissements des devins',

cbapiu^ XLTv, OEuvres^ p. 58) : r Que lui raanquoit-il, que d*é(re né souverain? II étoit bon, magruminie, généreux, hardi, clénieiit ; per^ sonne n*étoit plus capable de gouverner le monde et de le r**iidre heureux : sUl eut eu une fortune égale à son génie, sa vie auroit été sans tache ; mais parce qu'il s'étoit placé lui-même sur le trône par la force, on a cru pouvoir le compter avec justice parmi le« t}rans. w

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