‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 279 sur 364 · XV. — DES COQUETTES KT DES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

XV. — DES COQUETTES KT DES VIEILLARDS

S'il est malaisé de rendre raison* des goûts en général, il le doit être encore davantage de rendre raison du goût des femmes coquettes : on peut dire néanmoins que Tenvie de plaire se répand généralement sur tout ce qui peut flatter leur vanité, et qu'elles ne trouvent rien d'indigne de leurs conquêtes ; mais le plus incompréhensible de tous leurs goûts est, à mon sens, celui qu'elles ont pour les vieillards qui ont été galants. Ce goût paroît trop bizarre, et il y en a trop d'exemples, pour ne chercher pas ' la cause d'un sentiment tout à la fois si commun, et si contraire à Topinion que l'on a des femmes. Je laisse aux philosophes à décider si c^est un soin charitable ^ de la nature, qui veut consoler les vieillards dans leurs misères*, et qui leur fournit le secours des coquettes, par la même prévoyance qui lui fait donner* des ailes aux chenilles, dans le déclin de leur vie, pour les rendre papillons ; mais sans pénétrer dans les secrets de la physique'', on peut, ce me semble, chercher des causes plus sensibles de ce goût dépravé des coquettes pour les vieilles gens. Ce qui est plus apparent, c'est qu'elles aiment les prodiges, et qu'il n'y en a point qui doive* plus toucher leur vanité que

I. Voyez les maximes 418, 4^3» 444 ^t 461. ^, t II est malaisé de se rendre raison. » {Édition de M. de Bar* thélemy,) — Rapprochez de la !©• des Réflexions diverses.

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