c U les fait tourner. » (Édition de lySi et suivantes
Il y a de la différence entre un esprit utfle et un esprit d'affaires ; on peut entendre les affaires, sans s'appliquer à son intérêt particulier: il y a des gens habiles dans tout ce qui ne les regarde pas, et très-malhabiles dans ce qui les regarde ^ ; et il y en a d'autres, au contraire, qui ont une habileté bornée à ce qui les touche , et qui savent trouver leur avantage en toutes choses.
On peut avoir, tout ensemble, un air sérieux dans Tesprit, et dire souvent des choses agréables et enjouées; cette sorte d'esprit convient à toutes personnes et à tous les âges de la vie. Les jeunes gens ont d'ordinaire l'esprit enjoué et moqueur, sans l'avoir sérieux, et c'est ce qui les rend souvent incommodes. Rien n'est plus malaisé* à soutenir que le dessein d'être toujours plaisant, et les applaudissements qu'on reçoit quelquefois en divertissant les autres ne valent pas que Ton s'expose à la honte de les ennuyer souvent, quand ils sont de méchante humeur. La moquerie est une des plus agréables et des plus dangereuses' qualités de l'esprit : elle plaît toujours, quand elle est délicate ; mais on craint toujours aussi ^ ceux qui s'en servent trop souvent*. La moquerie peut néanmoins être permise, quand elle n'est mêlée d'au-
I. c Dans toui ce qui les regarde. » (Édition de lyBi et suivantes,)
a. Il y a malaisé^ comme au manuscrit, dans Tédition de 1731 et
dans celle de Brotier. Les suivantes , y compris celle de Duplessis ,
donnent aisé, ce qui est tout juste le contraire de la pensée de
Tauteur.
3. Témoin deux célèbres contemporains et amis de la Rochefoucauld, Bussy Rabutin et Saint^Évremond.
4. Les diverses éditions, à partir de celle de Fortia, donnent: c aussi toujours. »
5. Pascal {Pensées y article VI , 19) : c Diseur de bons mots, mauvais caractère, b — Publius Syrus avait déjà dit :
Lingua est maliloquax indicium mentis malm.
9 Méchante langue est marque de méchant esprit. »
cane malignité, et quand on j fidt entier^ les pexacMnoea mêmes dont on parle.
n est malaisé d*avoir un esprit de raillerie sans affecter d'être plaisant, ou sans aimer à se moquer ; il fkut une grande justesse pour railler longtemps, sans tomber dana Tune ou Fautre de ces extrémités. La raillerie est un air de gaieté qui remplit Fimagination, et qui lui fiadt voir en ridicule les objets qui se présentent; Thumeor y mêle plus ou moins de douceur ou d'àpreté : il y a une manière de railler, délicate et flatteuse, qui touche seulement les défauts que les personnes dont on parle veulent bien avouer, qui sait déguiser les louanges qu'on leur donne sous des apparences de blâme, et qui découvre' ce qu'elles ont d'aimable, en feignant de le vouloir cacher.
Un esprit fin et un esprit de finesse sont très-différents. Le premier plaît toujours ; il est délié, il pense des choses délicates*, et voit les plus imperceptibles. Un esprit de finesse ne va jamais droit : il cherche des biais et des détours pour faire réussir ses desseins ; cette conduite est bientôt découverte ; elle se fait toujours craindre, et ne mène presque jamais aux grandes choses^.
Il y a quelque différence entre un esprit de feu et on esprit brillant : un esprit de feu va plus loin et avec plus de rapidité ; un esprit brillant a de la vivacité, de l'agrément et de la justesse.
La douceur de l'esprit, c'est un air' facile et accomr modant, qui platt toujours *, quand il n'est point fade.
I. Cest-à-dire, quand on fait qu'elles s'y prêtent, qu'elles plai* santent ayeo nous.
a. « Qui découvre, » c'est-à-dire, qui montre, fait ressortir. 3. Ce qui, selon la maxime 99, est la politesse de t esprit, 4* Voyez les maximes ia5 et ia6.
5. « La douceur de Tesprit est un air. 9 {Édition de lyZi et xim* vantes.)
6, Les diverses éditions donnent : c et qui plaît toujours. »
RÉFLEXIONS DIVERSES. Sag
Un esprit de détail s*appliqae avec de Tordre et de h règle à toutes les particularités des sujets qu'on lui pré» sente : cette application le renferme d'ordinaire à de petites choses; elle n'est pas néanmoins toujours incompatible avec de grandes vues'; et quand ces deux qualités se trouvent ensemble dans un même esprit, elles rélèvent infiniment au-dessus des autres.
On a abusé du terme de bel esprit^ et bien que tout ce qu'on vient de dire des différentes * qualités de l'esprit puisse convenir à un bel esprit, néanmoins comme ce titre a été donné à un nombre infini de mauvais poètes et d'auteurs ennuyeux, on s'en sert plus souvent pour tourner les gens en ridicule, que pour les louer'.
Bien qu'il y ait plusieurs épithètes pour l'esprit qui paroissent une même chose, le ton et la manière de les prononcer y mettent de la différence ; mais comme les tons et les manières de dire* ne se peuvent écrire, je n'entrerai point dans un détail qu'il seroit impossible de bien expliquer. L'usage ordinaire le fait assez entendre; et en disant qu'un homme a de C esprit ^ qu'il a bien de Ces^ prit^^ qu'il a beaucoup d! esprit^ et qu'il a bon esprit^ ^ il n'y a que les tons et les manières qui puissent mettre de la différence entre ces expressions, qui paroissent sem-