Voyez la note 4 de la page précédente
Et TaTengle intérêt qui règne dans ton eonir Ya d'objet en objet, et d*errear en erreur ; Le nombre de set manz s'aocrott par leur remède; Au mal qui se guérit un autre mal succède ; Au gré de ce tyran dont l'empire est cacbé. Un pécbé se détruit par un autre péché.
(Bexuuf, Entretiens solitaires^,]
Montagne *, que j'ai quelque scrupule de tous citer après des Pèm ilerÉglise, dit assez heureusement ', sur ce même sujet : que son dmë a deux visages différents; quelle a beau se replier sur elle-même y eitt n'aperçoit jamais que celui que l' amour-propre a déguisé ^^ pendant quê Vautre se découvre par ceux qui n* ont point de part à ce déguisement'^. Si j'osois enchérir sur une métaphore si hardie, je dirois que rame de rhomuie corrompu est faite comme ces médailles qui représentent la figure d*un saint et celle d'un démon dans une seule face, et par les mêmes traits : il n'y a que la diTcrse situation de ceux qui la regardent qui change l'objet; l'un voit le saint, et l'autre Toit le démon. Ces comparaisons nous font assez comprendre que, quand l'amour -propre a séduit le cœur, l'orgueil aveugle tellement la raison, et répand tant d'obscurité dans toutes ses connoissances, qu'elle ne peut juger du moindre de nos mouTcments, ni former d'elle-même aucun discours assuré pour notre conduite. Les hommes^ dit Horace, sont sur la terre comme une troupe de voyageurs que la nuit a surpris en passant dans une forêt : ils marchent sur la foi d'un guide qui les égaré Missiidt^ ou par malice^ ou par ignorance; chacun d'eux se met en peint de retrouver le chemin; ils prennent tous diverses routes , et chaetm croit suivre la bonne; plus il le croit ^ et plus il s*en écarte*. Mais quoique leurs égarements soient différents ^ ils n'ont pourtant qiiune même cause:
I . « .... les passages que j'ai trouvés dans leurs écrits sur ce sujet. Tons serez entièrement l'ersuadè de cette mérité; mais ces passages sont trop longs ^ et en trop grand nombre^ pour les transcrire ici, >> (Édition de 1693.) — A la sotie sont supprimés les vers que l'édition de i665 donne pour un second extrait des Entretiens solitaires de Brébenf.
a. Le nom de Montaigne est ainsi écrit dans les éditions de i665 et de 1693, comme il se prononce.
3. ((.... dit à sa manière et assez heureusement. » (Édition de 1693.)
4. • .... que le visage que l'amour-propre a déguisé. > (Ibidem.)
5. Nous n'avons pas trouvé ce passage dans Montaigne ; mais nous j aToas rencontré ces idées analogues (£'/x/7<^, livre 11^ cliapitre r, tome II, p. 7) : « Cette variation et contradiction qui se veoid en nous si souple, a faict que aulcnas nous stmcent deux nmes.... le donne è mon ame tantost un visage, tantost nu aultre, selon le costé où ie la couche. *
6. « .... d'un guide qui les égare; Pun va à droite^ Vautre va à gauche f ils prennent tous diverses routes...; plus il le eroit, plus il s'en écarte. 31 (Édition de 1693.)
^tit le guide fuites a trompés^ et l'ohteurité de la nuit qui les empiehe* de se redresser. Peut-on mieux dépeindre TaTeiiglement et les inquiétudes de l'homme abandonné à sa propre conduite, qui n'éooate que les conseils de son orgueil, qui croit aller naturellement droit an bien, et qui s*imagine toujours que le dernier* qu*il recherche est le meilleur? N'est-il pas Trai que, dans le temps qu*il se flatte de fiûre des actions yertueuses, c*est alors que Tégarement de son ccsur est plus dangereux? Il y a un si grand nombre de roues qui composent le mouYcment de cet horloge', et le principe en est si caché, qu'encore que nous voyions* ce que marque la montre, nous ne sa- Tons pas quel est le ressort qui conduit Taiguille sur toutes les heure» du cadran.
La troisième difficulté que j*ai k résoudre est que beaucoup de per» sonnes trouvent de ^obscurité dans le sens et dans Vexpression de ces Réflexions'. L'obscurité, comme tous savez. Monsieur, ne vient pa» toujours de la faute de celui qui écrit. Les Réflexions^ on si vous
I. « .... c*est le guide qoi les a trompéi, et la nuit qui les empêche.... » {Édition de i6^.) — Voici le texte d'Horace (livre II, êaiire m, vers 48-5 1) \ oa irem combien le tradocteur l'a paraphrasé :
.... Velut silvisy uhi passim Palantes error certo de tramite pellit, lUe sinistrorsumj hic dextrorsum abit : unus utrique Error f sed variis illtidit partibus..,,
S. Dans l'édition de 1693 : « qae le dernier objet. 9
5. «.... le mouTenient de cette machine. > {Éelition de i6o3.) —Le P. Chiflet (Essajr d'une parfaite grammaire, 5* édition, 1675, p. a8i) range horloge parmi les substantifs masculins à terminaison féminine. Ménage {Obserratùmtf a* édition, 1675, p. i5i et i5a) n'est pas du même aris : « Les Normands, dit-ily le font masculin...; et c'est aussi de ce genre que le font les Gascons et les Provençaux (a). Il est féminin. » — Richelet (1680) et Furetière (1690) sont du même avis que Ménage.
4. « .... qu'encore que nous vojronSf » dans l'édition de 1693 et dans la eontrefaçon de iG65 O.
5. Voyez, plus loin, Pensées de Mme de Schomberg, etc. , p. 376.
(a) On pourrait ajouter qu'il en était et qu'il en est encore de même dan» plusieurs autres proTÎnct'S, dans les campagnes surtout, notamment en Lorraine, en Picardie et en Touraine. Peut-être, si nous ne contestions pas le Discours à Segrais, serait-ce le cas de rappeler qu'il était Normand. Quant à la Chapelle, était-il de Normandie, de Gascogne, de Provence, de Lorraine, de Picardie ou de Touraine ? Nous ne pouvons le dire, car nous n'avons aucune indication sur son lieu de naissance. Nous inclinerions à croire qu'il était de cette dernière province, comme son patron et ami le P. Rapin. Toutefoû, nous devons ajouter que nous avons consulté sur ce point un homme docte en toutes dioses, et particulièrement instruit de tout ce qui concerne la Touraine, M. J. Tascfaereau , administrateur-directeur de la Bibliothèque impériale ; il n'a rien trouvé dans ses prrcieux cartons qui eût trait à un la Chapelle écrivain tourangeau. — Voyez, ci-dessus, la note 7 de la page 359*
Toulfz, les Maximes et Ut Sentences^ comme le monde a nommé * cellefl-ci, doÎYcnt être écrites dans un style terré* qai ne permet pM de donner aux choses tonte la clarté qui seroit k désirer ; ce sont Ut premiers traits du tableau : les yeux habiles y remarquent bien toute la finesse de Tart ' et la beauté de la pensée du peintre ; mais oette beauté u*est pas faite pour tout le monde, et quoique ces traita ne soient point remplis de couleurs, ils n'en sont pat moins des coupa de maître. Il faut donc se donner le loisir de pénétrer le sens et la foroe des paroles; il faut que Tesprit parcoure toute l'étendue de leur signification aYant que de se reposer, pour en former le jugement *.
La quatrième difficulté est, ce me semble, que les Maximes* iont presque partout trop générales; on tous a dit qu'iï est injuste tC étendre sur tout le genre humain des défauts qui ne se trouvent qu'en quelques hommes *. Je sais, outre ce que tous me mandez des différentt tenthments que vous en avez entendus', ce que l'on oppose d'ordinaire à ceux qui découvrent et qui condamnent les Ticet : on appelle leur cen» sure le portrait du peintre * ; on dit qu'ils sont comme les malades de la jaunisse, qu'ils voient tout en jaune*, parce qu'ils le sont eux-mèmct» Mais s'il étoit vrai que, pour censurer la corruption du cœur en général, il fallût la ressentir en particulier plus qu*un autre, il faudroit aussi de* menrer d'accord que ces philosophes *^, dont Diogène de Laerce** nous rapporte les sentences, étoient les bonmies les plus corrompus de leur siècle ; il faudroit faire le procès à la mémoire de Caton, et croire que c'étoit le plus méchant homme de la République '*, parce qu'il censuroit les vices de Rome. Si cela est. Monsieur, je ne pense pat que l'auteur des Réflexions, quel qu'il puisse être, trouve rien k redire au chagrin de ceux qui le condamneront, quand, k la religion près, on ne le croira pas plut homme de bien, ni plus sage que Caton. Je dirai encore, pour ce qui regarde les termes que l'on trouve trop
I . Dans rédition de 1 665 : nommées, arec accord irrégniier. — An sojct da titre des Maximes, Toyez, plus haut, la note a de la page a5.
a. « .... doivent être toujours écrites tTna stjle serre, m {Édition de i6^.)
3. «< .... j remarquent aisément la finesse de l'art. » [Ibidem.)