‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 33 sur 364 · Nouveaux lundis, tome V, p · texte numérisé non relu

Nouveaux lundis, tome V, p

SUR LA ROCHEFOUCAULD. . xliii

foucauld de cette ëpoque, dans son opuscule intitule : Corner^ sation avec M. de Candale^ conversation qui est supposée tenue en i65o, mais qui ne fut en rëalitë rëdigëe que de i66S à 1668 : « La prison de Monsieur le Prince a fait sortir de la cour une personne considérable que j'honore infiniment ; c'est M. de la Rochefoucauld, que son courage et sa conduite feront voir capable de toutes les choses où il veut entrer. Il va trouver de la réputation où il trouvera peu d'intérêt, et sa mauvaise fortune fera paroître un mérite à tout le monde, que la reftenue de son humeur ne laissoit connottre qu'aux phn délicats. En quelque fâcheuse condition où sa destinée le réduise, vous le verrez également éloigné de la foiblesse et de la fausse fermeté; se possédant sans crainte dans l'état le plus dangereux, mais ne s'opiniâtrant pas dans une affaire ruineuse, par l'aigreur d'un ressentiment, ou par quelque fierté mal entendue. Dans la vie ordinaire, son commerce est hoanète, sa conversation juste et polie. Tout ce qu'il dit est bien pensé, et, dans ce qu'il écrit, la facilité de l'expression égale la netteté de la pensée ^ »

Une fois dans la capitale de la Guyenne', la Rochefoucauld y déploie une énergie guerrière qu'il est impossible de méconnaître. Dans cette période il est avant tout soldat ; car la direction générale des affaires appartient au frère atné de Turenne, un des politiques les plus capables de son temps. Malheureusement la défense de la ville était entravée par les cabales et les dissensions du peuple et du parlement ; puis on manquait d'argent, et cette détresse pécuniaire demeura le mal chronique de la Fronde. La princesse de Condé, retirée, elle aussi, à Bordeaux, ne donna d'abord que vingt mille francs, encore le fit-elle de mauvaise grâce et après toutes sortes

I. QEupres mêlées de Saint-Évremond^ tome II, p. 186 et 187 (édition de M. Ch. Giraud, Paris, 1866).

». Sur toute cette partie de la Fronde, voyez le» Mémoires de Lenet (p. 376-431), et notamment, pour le rôle de la Rochefoucauld, les pages .376, 377, 391, 39$, 3i3, 3i3, 334, 335, 337* 346, 35i, 353, 357, 358, 4o3, 406-409, 411-417, 431 ; voyez aussi Mme de Motteptlle, tome III, p. 188 et suivantes, et p. 337-331 ; Mademoiselle de Montpenster, tome I, p. 35 1, 359; ^^''1 tome III; p. 66 et sutrantes \ et Gourville^ p. 336.

xLiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

d'atermoiements; on avait^ il est vrai^ traité conclu avec Tespagne ; mais TEspagne n'entendait fournir que juste assez de subsides pour alimenter la guerre sans permettre de la terminer. La Rochefoucauld dit lui-même que le parti ne reçut en tout d'au delà des monts que deux cent vingt mille livres; le reste fut pris sur le crédit de Madame la Princesse, du duc de Bouillon, de la Rochefoucauld et de Lenet'. Ce fut donc un dur et difiBcile moment à passer. Tandis que Mme de Longueville, pour défendre Stenay, engage ses pierreries en Hollande, la Rochefoucauld sacrifie généreusement sa fortune*. Le 9 août, il apprend que son château de Verteuil a été rasé par ordre de la cour. Lenet dit dans ses Mémoires (p. 33a) : « Le 7 (août i65o)..., l'on sut [à Bordeaux) que l'on travaiUoit, par ordre de la cour, à démolir Verteuil, maison du duc de la Rochefoucauld. » La constance de celui-ci n'en parait point ébranlée ; il est heureux, au contraire, de pouvoir offrir ce sacrifice à la duchesse, qui, à l'autre extrémité de la France, combat si courageusement pour la même cause. Lenet dit un peu plus loin (p. 335) : «On fut assuré..., ce jour-là, que l'on continuoit la démolition du château de Verteuil, appartenant au duc de la Rochefoucauld, qui reçut cette nouvelle avec une constance digne de lui; il sembloit en avoir de la joie pour inspirer de la fermeté aux Bordelois. On disoit encore que ce qui lui en donnoit une véritable étoit de faire voir à la duchesse de Longueville, qui étoit toujours à Stenay, qu'il exposoit tout pour son service'. » C'est la période héroïque de la liaison, ce point culminant où l'on ne demeure guère ; il semble bien qu'après une telle ardeur de mutuel dévouement, elle ne pouvait plus que se relâcher, qu'elle était en danger de se rompre d'un côté ou de l'autre.

Si la belle résistance de Bordeaux faisait valoir le courage

I. Voyez les Mémoires^ p. 194 et note 5 ; au tome III, p. 49*9 '1 les lettres ao, 11, aa, a4, a5, a6, 18, 3o, Sa ; et, entre autres passages des Mémoires de Lenet ^ p. agi et 357.

a. Voyez, au tome III, p. 89 et 97, les lettres 3i et 34» à Lenet, qui montrent bien à quel état de gène fut réduit la Rochefoucauld.

3. Voyez aussi les Mémoires de Lenet, p. 376, et ceux de Mme de Motteville, tome IIÏ, p. Sgi. VO^^ , '1 r.« . *- " ' I J î

SDR LA ROCHEFOUCAULD. xlt

de la Rochefoucauld et de Bouillon^ elle n'ayançalt guère les affaires des Frondeurs. Les Espagnols ne se pressaient pas de tenir leurs promesses; le Parlement se lassait; le duc d'Orléans et les autres chefs de la Fronde comprirent qu'il valait mieux, pour sauver du moins les apparences, négocier plus tôt que plus tard, et l'accommodement avec la cour fut signé le 29 septembre i65o*. La Rochefoucauld, au lieu d'aider à la conclusion de la paix, y résista de tout son pouvoir, nous dit Mazarin dans une lettre à Mme de Chevreuse, où il le nomme, avec ressentiment, parmi ceux « qui ne se sont pas démentis de leur première conduite jusques au dernier moment *. » Au reste^ à cette paix, il né gagna que la permission de se retirer chez lui sans exercer sa charge de gouverneur du Poitou et sans nul dédommagement pour sa maison de Verteoîl, qui n'était plus qu'un monceau de ruines. A quelque temps de là, Turenne, entré en France avec une armée espagnole, se faisait battre à Rethel (i5 décembre i65o) par le maréchal du Plessis-Praslin. On le voit, si la Fronde ne grandissait pas les uns, en revanche, elle diminuait les autres. N'est-ce pas là, à toutes les époques, l'effet le plus ordinaire des guerres cî^es?

Toutefois, tant que les Princes n'avaient pas recouvré leur Ubeité, la lutte n'était pas finie .^ Aux combats suspendus, après Rethel, faute de combattants, avaient succédé les négociations secrètes ou publiques, et jamais on n'en avait vu d'aussi complexes. Le principal intermédiaire entre les diverses (actions était Anne de Gonzague, l'intrigante Palatine, dont l'oraison funèbre sera plus tard pour Bossuet le plus délicat triomphe d'éloquence. Embarrassée dans les fils de sa trame, elle prend le parti d'appeler à son secours la finesse bien connue de la Rochefoucauld, qui, à Bordeaux même, et malgré la « netteté » de sa conduite ', n'avait pu complètement s'abstenir de négocier, ou du moins d'essayer de négocier, s'exposant par là aux défiances, déjà éveillées *, des

I. Voyez les Mémoires de Montglat^ tome II, p. a4>9 et, fur les négociationt postérieures de la Rochefoucauld avec Mazarin, ibidem^ p. s5i et s$5.

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