‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 331 sur 364 · I. Maxime · texte numérisé non relu

I. Maxime

a. C'est en effet ainsi que le mot s'est écrit d'abord; Richelet (1680) et Fnretière (1690) n'ont que cette forme-là; l'Académie (1694) a cAoco/a< et chocolaté. Y. Cousin donne chocolat.

3. Extrait du tome II des Portefeuilles de fallant^ folio 17a. ^ Sur la lettre originale, la date a été grattée, mais le diiffre 1664 est demeuré lisible. — C'est encore une pièce que Y. Cousin ne donne que partialement {Madame de Sablé, p. i5a-i54), «Tec d'assex nombreuses inexactitudes, dont BOUS ne relèverons que les principales. — Dans cette lettre, plus encore que dans la précédente, on reconnaîtra les idées et la forme jansénistes. On peut, croyons-nous, l'attribuer sans témérité à quelque docteur de Port-Royal.

4. Yoyez ci-dessus (p. 74, notes 3 et 4) 1^* variantes des maximes 99 et

nonoé si jadicieusement sur des matières qu'il avoit si parfiûtcmeDt oofmaes.

Pour ce qui est de TouTrage, e*est, à mon sens, la plus belle et la plus utile philosophie qui se fit jamais ; c*est Tabrégé de tout ce qu'il y a de sage et de hon ' daus toutes les anciennes et nouvelles sectes des philosophes, et quiconque saura bien cet écrit n*a plus besoin de lire Sénèque, ni Épictète, ni Montaigne, ni Charron, ni tout ce qu'on a ramassé, depuis peu, de la morale des sceptiques et des épicuriens*. On apprend véritablement à se connoître dans ces liTies, mais c'est pour en devenir plus superbe et plus amateur de soi-même; celui-ci nous fait connoître, mais c*est pour nous mépriser et pour nous humilier; c'est pour nous donner de la défiance, et nous mettre sur nos gardes contre nous-mêmes et contre toutes les choses qui nous touchent et nous environnent ; c'est pour nous donner du dégoût de toutes les choses du monde, et nous en détacher, nous tourner du côté de Dieu*, qui seul est bon, juste, immuable, et digne d'être aimé, honoré, et servi. On pourroit dire que le chrétien commence où votre philosophe finit ^, et l'on ne pourroit faire une instruction plus propre à un catéchumène, pour convertir à Dieu son esprit et fa volonté * ; et cela me fait souvenir d'une excellente comparaison, que j*ai autrefois lue dans une êpitre de Sénèque* : C'est une chose bien étrange, dit-il, de considérer un enfant, pendant les neuf mois qu'il demeure daus le ventre de sa mère, avant que de venir au monde : il a des yeux, et ne voit point ; il a des oreilles, et il n'entend pouit ; il ne sait ce qu'il doit devenir ; il n'a aucune connoissaooe de la vie en laquelle il doit entrer. Que si cet enfant pouvoit raisonner, n'est-il pas vrai qu'il jugeroit bien que toutes ces facultés et tous ces organes ne lui sont pas donnés en vain par la nature? que puisqu'il a une bouche, il ne doit pas prendre la nourriture comme une plante? que puisqu'il a des pieds, des mains et des bras, il n'est

100, qui dans la i'* édition (i665) portent les nume'ros X09 et iio; dès la a* (1666), la Rochefoucauld, en les modifiant, a fait disparaître le mot tomr,

I . On avait d*abord écrit : de sage et de bon sens; puis on a effacé sens» pour j substituer gousty qu'on a ensuite également effiicé. Y. Cousin n'a pas tenn compte de la seconde correction, et donne : « de sage et de bon goû^ »

a. Voyez ci-dessus, p. 38o, note a.

3. V. Cousin donne a tort : «< .... et «a nous en détachant ^ nous tourner dn côté du bien. » Il omet par suite et logiquement les deux adjectifs bon, fustcj qui en effet ne sauraient être employa pour qualifier le mot bien,

4. «c .... que les chrétiens commencent oix votre philosophie unit. » (V. Cousin.)

5. A partir de cette phrase, V. Cousin supprime deux pages du manuscrit, jusqu'à : « quand il n'y auroit que son écrit au monde b (p. 336, ligue 9).

6. Cette comparaison de l'enfant dans le sein de sa mère revient plusieurs fois dans les Épitres de Sénèque. Mais ce passage nous renvoie sans doute à ht ccu*, à la fin de laquelle l'idée est développée longuement et de la façon la plus brilLaite.

pas clans Texistence des choses pour être toujours en la forme d*une boule, parmi des ordures, dans une prison étroite et ténébreuse? et, de ces réflexions, il viendroit assurément à la connoissance de la vie qu*il doit mener sur la terre. Il en est de même, dit Sénèque, de Tétat des hommes qui sont en cette yie présente, à Tégard de la futive : ils ressemblent, pour la plupart, à ces enfants foibles et impuissants dont nous Tenons de parler ; ils ^iTcnt sans réflexion ; ils se laissent conduire à la coutume ; ils s'abandonnent à leurs passions; mais s'ils prenoient garde qu'ils ont une âme vaste et noble qui s'élève au-dessus de la matière; qu'ils ont des puissances qui ne peuvent être remplies ni rassasiées par la possession d'aucune créature ; qu'ils ont des désirs qui ne peuvent être limités ni par les lieux, ni par les temps , et qu'enfin ils ne ressentent ici que des misères, au lieu de la félicité à laquelle ils aspirent naturellement, ils concluroient sans doute qu'il y doit avoir un autre monde que celui-ci, et que Dieu ne les a mis sur la terre que pour y mériter le ciel.

Mais je n'ai jamais mieux vu la force de ces raisonnements qu'après la lecture de l'écrit de votre ami, et il me semble que j'étois nonseulement changé, mais encore transfiguré, pour me servir du terme de ce philosophe romain ' . Je n'aurois rien à souhaiter en cet écrit, sinon qu'après avoir si bien découvert l'inutilité et la fausseté des vertus humaines et philosophiques, il reconnût qu'il n'y en a point de véritables que les chrétiennes et les surnaturelles : non pas que je veuille dire qu'il n'y a point de fausses vertus parmi les chrétiens, ou que ceux qui en ont de véritables les aient parfaites et sans mélange de vanité ou d'intérêt; je ne sais que trop, par expérience, la malignité et les ruses de la nature corrompue ; je sais que son venin se répand partout, et qu'encore qu'elle ne règne et ne domine pas dans les âmes solidement dévotes, elle ne laisse pas d'y vivre, d'y demeurer, et se remuer et se débattre souvent, pour se remettre au-dessus de la raison et de la grâce. Mais il faut demeurer d'accord qu'un homme, vivant selon les règles de l'Évangile, peut être dit véritablement vertueux, parce qu'il ne vit pas selon les maximes de cette nature dépravée et qu'il n'est point esclave de sa cupidité, mais qu'il vit selon les lois de l'esprit et de la raison, et que s'il commet quelquefois des fautes, en faisant même le bien, comme il ne se peut faire autrement, il en tire des motifs et des occasions continuelles de mépris de soi-même , d'humilité, et de soumission à la justice et à la providence de Dieu;

I . La VI* èpttre de Sénèque commence ainsi : IntelUgo, Lucili, non emen^ dari me tantum^ sed transjigarari, ««Je comprends, Lucilius, que je ne suis pas seulement corrigé, mais transfiguré. » Le mot est employé d'une manière analogue vers le milieu de Vépître xav.

La Rochefoucauld, i iS -

et c'est ce qui fait voir la nécessité de la pénitence chrétienne, qui a été une vertu inconnue à la philosophie.

Mais peut-être que votre ami, Madame, a des raisons de ne point passer les bornes de la sagesse humaine, et comme il a Tesprit fort délicat, il pourra même croire qu'il y a de l'orgueil ou de l'intérêt secret en mon avis, et quelque protestation que je lui puisse faire da contraire, il n'est pas obligé de me croire. Il vaut donc mieux, Bladame, que tous ne lui en parliez point du tout, s'il tous plait, et que TOUS lui disiez seulement que, quand il n'y anroit que son écrit au monde avec l'ÉTangile', je voudrois être chrétien. L'un m*apprendroit à connoître mes misères, et l'autre à implorer mon libérateur*; ce sont les deux premiers degrés de la Tie spirituelle, et quand on les franchit comme il faut, on n'en demeure pas là ordinairement; les bonnes œuTres suivent et l'on fait profit de tout, des péchés même et des fautes qu'on a commises, qu'on commet, et des ignorances, erreurs et foiblesses, naturelles et iuTolontaires, auxquelles sont sujets tous les hommes de ce monde, et même ceux qui sont le plus établis dans les Tertus essentielles.

Que si cette pièce ne s'imprime pas, je vous prie très-hnmblement. Madame, de m'en faire avoir une copie.

1. « .... qae cet écrit aa monde ef l'Évangile. » (V. Consin.) — Toyes la note 5 de la page 384.

a. y. Cousin supprime le reste de Palinéa.

MADAMB DE ROHAN, ÀBBESSB DB MÂLNOUB , A MONSIEUH LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD [1674]**

Je VOUS renvoie vos Maximes ^ MoDsieur, en vous rendant* mille et mille grâces très-humbles. Je ne les louerai point comme elles méritent d*étre louées, parce que je les trouve trop au-dessus de mes louanges. Elles ont un sens si juste et si délicat, quoiqu'il soit quelquefois uu peu détourné ', qu'il ne faudroit pas moins de délicatesse pour vous dire ce qu'on en pense *^ qu'il vous en a fallu pour les faire. Vous avez une lumière si vive pour pénétrer le cœur de tous les hommes qu'il semble qu'il n'appartienne qu'à vous de donner un jugement équitable sur le mérite ou le démérite de tous ses mouvements, avec cette différence pourtant, qu'il me semble, Monsieur, que vous avez encore mieux pénétré celui des hommes que celui des femmes ; car je ne puis *^ malgré la déférence que j'ai pour vos lumières, m'empécher de m'opposer un peu à ce que vous dites, que leur tempérament fait toute leur vertu *, puisqu'il faudroit conclure de là que leur raison leur seroit entièrement inutile. Et quand même il seroit vrai qu'elles eussent quelquefois les passions plus vives que les hommes, l'expérience fait assez voir qu'elles savent les surmonter contre leur tempé-

I. Extrait do tome XIII, în-4*, des Papiers de Conrart, p. 11 83 et suivantes. — L*abbé Brotier a pablié le premier cette pièce ('789, p. 191 -196), soos le titre de Lettre d'une dame au duc de la Roche/oucault ; Duplessis (i853, p. 391-204) et y. Cousin [Madame de Sablé^ p. 168-171) Tout reproduite après lui. Brotier n*indtqae pas d'où il l'a tirée; il ajoute seulement (p. a6o) qu'il la croit de Mme de Rohan ^ abbesse de Malnoue. Ce qu*il croyait, nous en sommes sûr aujourd'hui , car c'est sous le nom de Mme de Rohan que se trouve cette remarquable lettre, copiée de la main même de Conrart, dans le précieux recueil de la bibliothèque de l'Arsenal. Nous avons suivi le texte de cette copie , eu notant les leçons différentes de Brotier, de Dnpiessiset de Y. Gtusin. — Pour la date, voyez la note 6 de la page suivante. — Marie-Éléonore de Rohan, abbesse de la Trinité de Caen, puis de Mainoue, près de Paris, était fille de la célèbre duchesse de Montbazon, soeur consanguine de la non moins célèbre duchesse de Cbevreuse, et nièce de Mlle de Vertus f voyez p. 374, note i). Elle a laissé divers ouvrages de piété, et son Portrait écrit par elle-même, pour le recueil de Mademoiselle de Montpenaier. Elle mourut à Paris, dans la communauté bénédictine du Cherche-Midi, le 8 avril 1681, à l'âge de cinquante- trois ans.

A. Brotier, Dnplessis et V. Cousin : « en xcms «vs readiat. »

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