Mort en i654. ^ 6. Mort en
SUR LA ROCHEFOUCAULD. lxtii
•emUail trivial, de démigariser l'espril et le langage, fit la faute de dëpasser le but et d'exagërer la reforme. Mme de LonguevîUe, au temps où elle était encore Mlle de Bourbon, a¥Ul paru dans ce salon littéraire^; la Rochefoucauld luimême Favait traversé à dix-huit ans, à côté du futur duc de Montaoaîer, âgé de vingt et un ans. Puis les guerres civiles de la Régence étaient venues suspendre ces réunions. Les gratilshommes, encouragés par les belles aleovistes^ étaient allés tirer Fépée pour ou contre la cour ; dès lors, a le temps de la hoane Régence » était fini^. La belle Julie elle-même avait quitté Paris pour suivre son mari M. de Montausier dans son gouvernement d'Angoumois. Après la Fronde, l'hôtel de Rambouillet rouvrit ses portes, mais sans retrouver sa vogue et son édat; il s'était d'ailleurs formé, à côté du cercle de la me Saint-Iîiomas-du-Louvre, des cénacles imitateurs qui outraient malheureusement les défauts de la société mère, sans en garder les qualités; le purisme y devint de l'affectatioD, et le bon air de la minauderie. La province, de tout temps en retard, eut 'ses ruelles, juste au mom^t où les roeUes devenaient de plus en plus a précieuses » et même a ridicules ». Ce sont ces sociétés d'admiration mutuelle, c'est cette « prÀâosité » en quelque sorte de reflet que raille Molière dès 1659, dans sa cél^re comédie. A Paris, la plupart des chevaliers et des suivantes d^jirthénice tenaient salon à leur tour, Mlle de Scudéry, Mademoiselle de Montpensier, Mmes de Sablé, de la Fayette, de Sévigné. La Rochefoucauld est Thôte le plus assidu et le plus fêté de ces nouvelles réunions, où il a, tour à tour, deux fenunes pour Égéries ', d'abord Mme de Sa-
I. Voyez y. Goiuin, la Jeunesse de Urne de UmguifiUe^ 7* édition, p. i47-i5i.
s. On connaît les vers de Saint-Erremond :
r«i Ttt le temps de la bonne Eigence, TemfM où régnoit une henreiue abondance. Temps où la ville aussi bien qne la cour Ne retiraient qoe les jeux de ramonr.
{ipUre à Ninon de F Enclos^ OEuvree mêUet de Saint*
tvremond^ édition de M, Giraud, tome II, p. 539.)
3« c On pourrait donner à chacune des quatre périodes de la vie
de M* de la Rochefoucauld le nom d'une femme, comme Héio-
LXYiii NOTICE BIOGRAPHIQUE
blëy la Panhénie du Grand Cyrus^ dans le salon de laquelle il fait ou trouve en grande partie ses Maximes^ puis la comtesse de la Fayette, auprès de laquelle il les revoit et les corrige dans une intimité de quinze années.
Dès 1659, la marquise de Sable, atteinte de cette mélancolie janséoiste qui s'emparait, comme une sorte de pieuse contagioUy des grandes diames du temps, avait quitté la place Royale, où elle recevait Télite de la société lettrée, pour se retirer au faubourg Saint-Jacques, à Port-Royal de Paris,dans un corps de logis qu'elle s'était fait bâtir, a à la fois séparé du monastère, et renfermé dans son enceinte*. » Là elle sut mêler agréablem^t les devoirs du monde à ceux de la piété. A part certains accès, certaines vapeurs soudaines de dévotion claustrale', on peut dire qu'elle ne tenait d'abord qu'à demi à l'austère maison : son esprit, comme sa demeure, avait fenêtres donnant sur la communauté, mais porte ouverte sur le monde. La marquise par ratt n'avoir rien changé, dans sa retraite, aux délices vantées de sa table ; elle avait beau faire, disait ce spirituel bossu Pisani, le diable ne voulait point sortir de chez elle : « il s'était retranché dans la cuisine*. » Mme de Sablé, née avec le siècle, n'avait
dote donne à chacun de tes lÎTres le nom d'une muse. » (Sainte- Beuve, Portraits de femmes^ édition de 184$* p- a6i, dans Tarticle LA Rochefoucauld, place à la suite de celui de Mkb de la Fatette, et publié d^abord dans la Revue des Deus Mondes de janvier i84o.)