‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 57 sur 364 · I. Tome X, livre II, p. 89a · texte numérisé non relu

I. Tome X, livre II, p. 89a

a. Lettre du a4 juillet 167$, tome III, p. 5aa.

SUR LA ROCHEFOUCAULD. lxxiii

Schonbergy Éléonore de Rohan, et Mme de la Fayette s'exprimèrent sur l'ouvrage avec plus ou moins de franchise et de vivacité^. Les hommes, en gënëral, approuvaient; mais les femmes se trouvaient prises au dépourvu. Tant que les Mtueimes avaient ëtë colportées de bouche en bouche et la porte close, toutes les belles amies de l'auteur les avaient goûtées sans trop de scrupule ; mais c'est une terrible chose qu'un livre imprimé ; on découvrit tout à coup, et non sans raison, bien des pensées scabreuses dans ces sentences qui désormais allaient courir librement le monde. Le moyen que ces grandes dames missent ou parussent mettre leur visa à certaines maximes sur l'honnêteté et la chasteté des fenmies, telles que la 204' et la ao5*, qui sont dans le manuscrit autographe, se trouvent déjà dans la i** édition et ont dû leur être communiquées* ? De là, dès cette première épreuve, dans ce tribunal intime, une pluie de critiques et de réfutations; l'ouvrage ayant été composé, préparé du moins, en commun, on craignait de se voir compromis dans une sorte de complicité avec l'auteur. Heureusement les Maximes n'en furent pas moins imprimées, mises en vente, et eurent, en peu d'années, un grand nombre d'éditiiHis, que la Rochefoucauld revit avec soin. A vrai dire, il passa le reste de ses jours à perfectionner et à refaire son œuvre; il se concentra tout entier dans ce livre, je ne dirai pas le plus vrai, le plus confirmé par l'universelle expérience humaine, mais le plus éprouvé et, si l'on veut me permettre cette expression, le plus vécu qui fut jamais. Les Mcucimes^ en effet, ce sont encore des Mémoires^ mais des Mémoires ha^ chés menu. Sous la gravité épigrammatique du trait tient sou- | vent tout un épisode de l'histoire d'une âme, et la confidence \ est d'autant plus intime et précieuse qu'elle semble être mieux | couverte sous l'apparente généralité de l'idée. Ce livre, c'est là son charme et aussi son défaut, n'est qu'une suite d'observations particulières, l'œuvre, comme dit Sainte-Reuve, d' « un

1. Voyez ci-après, à la fin du tome I, p. 371-399, les Jugements des eoniemporains sur les Maximes,

2. Voyez ci-après, aux pages m et iia, et à la note i de la page lia. Nous ne parlons pas de la maxime 867 (p. 173), bien moins respectueuse encore ; elle n'a paru que dans la 4* édition.

xxxiY NOTICE BIOGRAPHIQUE

Iprand observateur positif* ; » une réunion de souvenirs et d'impressions individuelles, ërigëes en vérités absolues, ou finissées, dénaturées d'une autre manière, par les exigences d'un badinage de salon. La Rochefoucauld n'y peint pas l'homme en général, comme Pascal', mais seulement la cour et la ville ; sous mainte maxime se place, comme de lui-même, un nom propre, et la clef, pour une bonne partie de l'ouvrage, est facile à faire. Ces sentences sont vraies, si l'on veut, mais d'une vérité passagère et étroite, qui ne dépasse pas tel moment et tel personnage. Se laisser prendre à cet air de généralité que la Rochefoucauld a donné à ses Maximes ^ ce serait aller au delà des vues qu'avait et avouait l'auteur lui-même. Si son expérience et ses rancunes y ont souvent déposé des opinions malignement acquises sur les hommes et les choses, il arrive souvent aussi que chez lui l'artiste, le bel esprit sacrifie la vérité à la saillie. Ôtez les ciselures du style et l'appareil laborieux de profondeur, que reste-t-il en beaucoup d'endroits? un fond banal et commun. Ôtez l'écrivain, que demeure-t-il du penseur ? un homme qui a découvert la malice des singes et le venin des serpents. Son originalité n'est guère que d'avoir retrouvé ou mis partout cette malice et ce venin. Le public du temps ne s'y est pas trompé : dans ces sentences absolues et tranchantes, dans cette théorie tout d'une pièce, il n'a vu qu'une forme piquante et paradoxale sur une matière assez indifférente en soi ; ce quHl y avait pourtant de sérieux dans l'œuvre, c'était le dépit dont, après tout, la Rochefoucauld, plein d'une « amertume sans mélange', » s'était ainsi soulagé.

7^ à peu, les relations, d'abord très-suivies, devinrent plus rares entre Mme de Sablé et la Rochefoucauld; l'étroite liaison de la marquise avec Mme de Longueville, rattachée à Port-Royal par sa pénitence, contribua sans doute à éloigner le duc de la compagnie du faubourg Saint- Jacques. Vers la fin de l'année i665, la Rochefoucauld, qui n'avait eu jusqu'alors qu'un commerce de politesse avec Mme de la Fayette, se rap-

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