‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 91 sur 364 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

Voici un portrait du cœur de l'homme que je donne au public, sous le nom de Réflexions ou Maximes morales^. Il court fortune de ne plaire pas à tout le monde , parce qu'on trouvera j)eut-étre qu'il ressemble trop, et qu'il ne

r. Contrairement à TuMge suÎTi dans cette collection des Grands écrivains de la France^ nous ne donnons pas de notice particulière sur les Maximes, Ce qu^on en pourrait dire ici ferait double emploi avec les renseignements que nous fournissons, aussi complets qu*il nous a été possible, dans les Notices biographique et bibliographique, La seconde moitié de la vie de la Rochefoucauld est à peu près vide d'événements ; en ôter ce qui concerne la composition et la publication de ses ouvrages, ce serait réduire a rien sa biographie.

a. Le titre complet de cette première édition, et de toutes celles qui ont été publiées du vivant de l'auteur (n)^ est : Bé flexions ou Sentences et Majcimei morales. — « Ce titre est singulier, dit Tabbé Brotier; et cependant le duc de la Rochefoucauld n'en devoit pas mettre d'autre. Mme de la Fayette, qui s'intéressoit à l'ouvrage plus que l'auteur même, avoit consulté quantité de personnes'^). Le savant Huet prétendoit que ce n'étoit point des maximes. D'autres y voyoieiit des réflexions, des sentences. Pour ne point trancher en inaitre et laisser à

(a) A l'exception d^une des quatre de i665, une contrefaçon éridemment, qui est intitulée : Réflexions morales de Monsieur de L. B. Foucaut, C'est la seule qui porte ainsi le nom de l'auteur.

{b) Nous pensons que Brotier se trompe, au moins en ce qui concerne la première édition des Maximes (i665) : c'est plus tard que Mme de la Fayette s^ intéressa à l* ouvrage autant qu'à fauteur même. Voyez la Notice biographique.

f i.lL ^

flatte pas assez. II y a apparence que Tîntention du peintre n'a jamais été de faire paroître cet ouvrage, et qu'il seroit encore renfermé dans son cabinet, si une méchante copie qui en a couru, et qui a passé même, depuis quelque temps, en Hollande*, navoit obligé un de ses amis de m'en donner une autre, qu'il dit être tout à fait conforme à l'original; mais toute correcte qu'elle est, possible n'évitera-t-elle pas la censure de certaines personnes qui ne peuvent souffrir que l'on se mêle de pénétrer dans le fond de leur cœur, et qui croient être en droit d'empêcher que les autres les connoissent, parce qu'elles ne veulent pas se connoître elles-mêmes *. Il est vrai que, comme ces Maximes sont remplies de ces sortes de vérités dont l'orgueil humain ne se peut accommoder, il est presque impossible qu'il ne se soulève contre elles, et qu'elles ne s'attirent des censeurs*. Aussi, est-ce pour eux que je mets ici une Lettre^ que Ton m'a donnée, qui a été faite depuis que le manuscrit a paru*,

chacnn ses idées, le duc de la Rochefoucauld a très-bieu fait de faire cooDOÎtre cette variété d'idées et de jugements. Le public a pronoocé eu faveur des Maximes. > [Observations sur les Maximes, p. 107 et 108.)

\, L'histoûre de cette copie infidèle n'a jamais pu être éclaircie, et i) y a tout iieu de croire que c'était un simple prétexte dont un grand seigneur comme la Rochefoucauld avait besoin pour donner au public un livre même anonyme. Si une copie avait couru jusquV/i Hollande^ on> n'eût pas manqué de Ty imprimer immédiatement, comme on s'était hâté de faire, en 166 a, pour les Mémoires de notre auteur; or il ne reste pas trace d'une édition hollandaise antérieure à la première édition française.

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