‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 148 sur 239 · AU COMTE DE GUITAUT · texte numérisé non relu

AU COMTE DE GUITAUT

Paris, le ai septembre [1664].

Il faut être bien effronté pour oser me demander d^écrire, après tout ce que vous avez fait pendant que j'ai été en Poitou. Néanmoins, comme je pars tout à cette heure pour aller à Chantilly, et de là à Liancourt*, je passerai par -dessus les reproches, et vous dirai, comme si de rien n*étoit, que je vais voir ce qu'on me dira touchant l'affaire dont je veux parler comme je vous Fai dit, et ' Thomme dont vous me demandez des nouvelles est toujours où il étoit. Il se résout à y de-

Letiiis 81. — Celte lettre a été publiée dans le recueil de />/très inédites de Mme de •^^f'i^ii^(Klo9teniiann,p. 279-981 ; Bossange, p. S93). La date n*indique pas Taimëe; mais la mention qui y est faite de l'expc^dition du duc de Beaufort à Gigeri suffît à montrer qu'elle a été écrite en 1664.

I. Sur Guillaume de Peichpejrou-Gomminges, dit le petit Gui^ tautj Yoyez ci-dessus, p. lao et lai, lettre 46 et note i.

a. Sur les terres de Chantilly et de Liancourt, Tojez le tome I, p. a8i et note 3 ; et, sur la seconde, ci-dessus, p. 64 et note 7.

3. Le premier éditeur met ici entre parenthèses : le sieur GourvUle, Gourrille, compromis dans raffaire du surintendant Fouoquet, était sorti de France dès i663; il ne revint à Paris qu'en 1670 : voyez ses Mémoires^ p. 36i et suiyantes, et p. 43o. Il se pourrait aussi que rhomme en question fût Pierre Lenet : royez ce qui est dit de lui dans la lettre suirante.

jg^. meurer tout Tbiver, si ce n'est qu'il aille en votre voisinage*, pour peu de temps, voir un homme avec qui il a des affaires. Il ne m'a point mandé s'il est content ou non de la condition que Ton lui veut faire. Je crois que l'affaire de M. Foucquet ira plus vite qu on n'a cru*. On met toutes les maisons et toutes les terres des trésoriers de France à bail judiciaire '. J'ai dit à un de vos gens, depuis buit jours, tout ce que je savois de nonveUes en ce temps-là. Il n'est rien arrivé depuis qui

4. C'est-à-dire en Bourgogne. Guitaut ëtait alors dans cette prorince, au château d'Époisse, à trois lieues d'Ayallon, bailliage de Semnr-en-Auxois. Ce château, ancienne baronnie ërigëe en marquisat (161 3), était entre dans la famille de Peichpeyrou-Comminges par le mariage (1661) de Guillaume, le correspondant de notre auteur, ayec Madeleine de la Grange-d*Arquien, marquise d'bpoisse, qui mourut en 1667, léguant ses hiens à son mari. Yojez le Dictionnaire d*£xpiiljr, tome II, p. 753.

5. Nicolas Foucquet, arrête à Nantes le 5 septembre 1661, ëtait alors enferme à la Bastille. Les débats de son procès s'ouvrirent le 14 novembre 1664 et durèrent jusqu'au 4 décembre. Dans la lettre de Mme de Sévigné citée plus bas (p. 17$, note 7) il est parlé à la fois de la seconde audience du procès et de Téchec de Gigeri. On sait que Pairét de bannissement prononcé le ao décembre, par treize voix contre neuf, fut aggravé par Louis XIV, qui fit emprisonner l'ex-surintendant au château de Pignerol, où il mourut le i3 mars 1680. Le tome Y (fol. 34o-353) de ces Portefeuilles de VaUant où se trouvent les autographes d'une grande partie de nos lettres, contient une série d'instructions données par Foucquet, en vue de sa défense.

6. Le « bail judiciaire » est défini par Furetière « celui qui se fait en justice des biens saisis ». Notre auteur touche ici, en passant, aux opérations de la fameuse chambre de justice qui avait été instituée, après l'arrestation de Foucquet, pour la recherche des abus et malversations commis dans les finances depuis i635. Dès la même année, 1661, tous les comptables, les fermiers et leurs cotntéressés avaient été sommés de présenter un état de leurs biens avec justification d'origine, sons peine de confiscation, et, pour parer à l'artifice des substitutions, toutes les transactions faites par les gens de finances, depuis i635, avaient été invalidées.

mérite d'être écrit. Le Roi est à yiUen-0>tterets et en reviendra jeudi ''. L'ami * que vous avez laissé ici dans une assez méchante affaire est toujours de même avec ceux qui se sont déclarés ses ennemis de tous sexes et de toutes professions ; il a eu une longue conversation avec votre patron*, qui en paroit assez satisfait. Je pourrai peut-être vous en dire davantage à mon retour. Je m'ennuie pour le moins autant ici que vous faites à la campagne, et je voudrois de tout mon cœur être à Époisse**. Je vis hier une dame qui vous a estimé, ce me semble, plus qu'elle ne fait. Nous dîmes pourtant du bien de vous; mais je crois qu'elle n'y a pas trouvé tout le mérite qu'elle pensoit. Ce que vous me mandez du camarade d'un de nos amis éloigné a plus fait de bruit, il y a quelque temps, qu'il n'en fait à cette heure, et on ne croit pas que cela produise rien de considérable. On a parlé du mariage de M. de Savoie et de la cadette Mlle de Nemours, comme d'une chose faite. On

7. « Sur la fin de septembre, ëcrit Bfme de MoUerille, k la date de 1664 (tome IV, p. 357}, Monsieur et Madame allèrent à Villers- Cotterets. La Reine mère, par complaisance, y alla aussi et y fut deux jours. A son retour, le Roi j fit un royage.... » U 7 demeura cinq ou six jours, dit Mademoiselle, tome IV, p. ao.

8. L'éditeur de 18 14 met encore ici, entre parenthèses, Gour^ pille '^ il semble effectÎTement que, cette fois, c*est bien de lui qu*il s'agit. Avant de quitter la France, Gourville s'était retiré en Angoumois auprès de notre auteur (voyez ses Mémoires^ p. 36o et 36i, et la lettre suivante, note i); pendant ce temps, sa maison de Paris était occupée par des gamisaires, et lui-même, condamné comme contumace, était pendu en eflfigie.

9. C'est-à-dire le prince de Condé, auquel Gourville ne rendit pas moins de services financiers qu'à la Rochefoucauld lui-même. Où et à quel moment cette conversation a-t-elle pu avoir lieu en 1664 ? Les Mémoires de GowrpUle ne nous parlent (p. 363) que d'une entrevue secrète de l'année i663, ménagée par Guitaut lui-même, à Dijon, entre Gourville et Monsieur le Prince.

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