‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 118 sur 269 · LIVRE ONZIÈME.. %i · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME.. %i

lution de 1789 recommençait pour nous depuis la chute de IVmpire.

La France entière, la France qui pense et non pas la France qui crie, sentait parfaitement que le retour de Bonaparte amenait le retour du régime militaire et de la tyrannie. Klle en avait effroi. Le 20 mars fut une conspiration armée <*t non un mouvement national. Le premier sentiment du (H>uple fut le soulèvement contre l'audace de cet homme qui (x^it sur elle du poids d'un héros. S'il n'y eût point eu d'année organisée en France pour voler sous les aigles de s(m empereur, jamais l'empereur ne fût arrivé jusqu'à Paris. Larmée enleva la nation, elle oublia la liberté pour un bomme; voilà la vérité. Cet homme était un grand général; rpt homme avait été quinze ans son chef; cet homme était à ses }eux la gloire et l'empire ; voilà son excuse, s'il y a des excuses contre une défection à la liberté. Ce fut la première fi>is de ma vie que je sentis dans mon àme un profond découragement des hommes. Je vis à huit jours de distance une France prête à se lever en masse contre Bonaparte et une autre France prosternée aux pieds de Bonaparte. Je savais bien que la soumission n'était pas volontaire, et que la prosternation n'était pas sincère; je compris que les plus grandes nations n'étaient pas toujours héroïques, et que les peuples aussi passaient sous le joug. •

De ce jour je désespérai de la toute-puissance de l'opinion, et je crus plus quod decet à la puissance des baïonnettes, ('-e fut mon premier désillusionnement politique. Le 20 mars f*t la mobilité d'une nation pliant devant quelques régiments nie sont restés comme un poids sur le cœur.

L'histoire a déguisé la sujétion sous un feint enthousiasme. Mais il y une histoire plus vraie que celle qu'on écrit (K)ur flatter son siècle ; celle-là parlera un autre langage que U*s thuriféraires du grand peuple et du grand soldat. L'empire aura son Tacite, et la liberté sera vengée. En attendant, laissons mentir en paix cette histoire sans conscience, ces annalistes d'état-major et de caserne qui suivent l'armée comme on suivait les cours, qui dépravent le jugement du

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peuple on justifiant toujours la fortune, en adorant toujours Fépée, et qui ont toujours dans l'âme un tel besoin de servitude, que, ne pouvant plus adorer le tyran, ils adorent du moins la mémoire de la tyrannie!...

Nous quittâmes Paris la nuit qui précéda rentrée de Bonaparte dans Paris. Nous laissâmes la capitale dans l'agitation. Dans toutes les rues, sur tous les boulevards, dans tous les faubourgs, dans tous les villages où nous passions, le peuple se pressait sur nos pas pour nous couvrir de ses bénédictions et de ses vœux. Les citoyens sortaient de leurs portes et nous présentaient en pleurant du pain et du vin. lis serraient nos mains dans les leurs; ils éclataient en malédictions contre les prétoriens qui venaient renverser les institutions et la paix à peine reconquises. Voilà ce que j'ai vu et entendu depuis la place Louis XV, d'où nous partîmes, jusqu'à la frontière belge, où nous nous arrêtâmes.

Et ce n'étaient pas seulement les royalistes, les partisan^ de la maison ^e Bourbon qui parlaient ainsi ; c'étaient surtout les libéraux, les amis de la révolution et de la liberté.

Nous arrivâmes au milieu de ce concert d'imprécations et de larmes jusqu'à Béthune, petite ville fortifiée de noN frontières du Nord, à deux lieues de la Belgique. Le maréchal Marmont nous commandait. Le comte d'Artois et le duc de Berry, son fils, marchaient avec nous. Le roi s'était séparé de nous à Arras et avait pris la route de Lille. Il ne passa que quelques heures à Lille, d*où, les dispositions de la garnison menaçant sa sûreté, il se réfugia en Belgique.

A cette nouvelle, le comte d'Artois, le maréchal Harmont et les grenadiers à cheval de la garde royale sortirent de Béthune pour suivre le roi hors de France. Quelques compagnies de gardes du corps, de chevau-légefs et de mous-

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