‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 156 sur 269 · UVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

UVRE DOUZIÈME

MtWil L'enfant jouait avec un petit chien blanc des montagnes, au poil long, aux oreilles droites et triangulaires , rliiens qui dénichent les marmottes dans la neige des Alpes, il s'amusait à lui passer au cou et à lui reprendre tour k tour son Golier de cuir, dont il faisait sonner les grelots en ('levant le collier d*une main, pendant que le chien se dressîiii sur ses pattes de derrière pour rattraper son ornement. Le jeune homme était vêtu d'une longue veste neuve de i;ros drap blanc à long poil. Il avait de hautes guêtres de même étoffe qui montaient jusqu'au-dessus du genou et qui dessinaient les muscles des jambes. Ses>souliers étaient neufs aussi et montraient sous la semelle de gros clous luisants à t>''t(' de diamant, dont la marche n'avait pas encore usé les iVwies. Ijn long bâton ferré reposait entre ses jambes ; il le ti'nait entre ses mains et s'appuyait le menton sur la boule (lu bâton, qui paraissait d'ivoire ou de corne. Un sac, garni iU* deux courroies de cuir blanc pour y passer les bras et se n'piier sous l'aisselle, était jeté à terre à quelques pas de lui. Sa fi<(ure était belle, pensive, calme, un peu triste, comme ivs belles physionomies de bœufs ruminants qu'on voit cour[u'*s dans les gras herbages du Jura, autour des chalets. lH*ux longues mèches de cheveux d'un blond jaunâtre, coup«'*s carrément à l'extrémité, lui tombaient le long des joues, <l»*s deux côtés du visage. Il regardait le fer de son bâton, et ^^'uihlait absorbé dans une pensée muette.

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\ji\ jeune fille était grande, sveile, élancée, d'une stature^ ini |)fMi moins forte que celle des femmes de cet âge parmi l**> paysannes des plaines. II y avait dans le cou, dans le port de sa tête, dans l'attache des bras aux épauh^s, dans le l»'.i(«T renflement de la poitrine où les seins se dessinaient à (Hoirie, et très-bas, comme dans les toi-ses grecs des femmes <!»• Sparte, quelque chosi» d«» dispos, de fier, dr sauvage, qui

rappelait Télasticité et la souplesse du cou et de la tête du chamois. Sa robe de grosse laine verte, ornée d'un galon de fil noir, ne descendait qu*à mi-jambe. Elle était chaussa' d'un bas bleu. Ses souliers emboîtaient à peine rextrémité des doigts. Ils étaient recouverts, sur le cou-de-pied, d'une large boucle d'acier. Elle avait un fichu rouge qui tombait triangulairement entre les épaules et qui se croisait sur le sein ; une chaîne d'or autour du cou ; une coiffe noire entourée d'une large dentelle plate qui retombait comme df>s feuilles fanées sur son front et encadrait le visage. Ses yeui étaient du plus beau bleu de l'eau des cascades ; ses traits, peu prononcés, mais doux, fiers, attrayants; son teint, aussi blanc et aussi rose que celui des femmes que l'on élève à l'ombre dans les salons de nos villes ou dans les sérails d'Asie. L'éternelle fraîcheur de ces montagnes, le voisinagp des neiges, l'humidité des eaux, la réverbération des prés, préservent ces filles des Alpes du hâle qui bronze la peau des filles du Midi.

Celle-ci était assise, accoudée sur son bras gauche, entre l'enfant, qui paraissait son frère par la ressemblance, et le jeune homme, qu'on pouvait prendre pour son fiancé ou pour son amant. Sa main droite avait attiré à elle l'instrument de musique encore à moitié enveloppé de son fourreau de cuir. Elle s'amusait à en tirer quelques sons en tournant du bout du doigt la manivelle, sans avoir l'air de les entendre et comme pour se distraire de ses pensées. Sa physionomie était un mélange de résolution insouciante et de profonde rêverie, qui lui remontait du cœur en ombre sur le visage, en humidité dans ses beaux yeux. On voyait qu'un drame muet se passait entre ces deux figures qui n*osaient se regarder de peur de pleurer, mais qui se voyaient et qui s'entendaient en ayant l'air de regarder et d'écouter ailleuis.

Hélas! c'était le drame éternel de la vie : la main qui attire et la main qui repousse! l'amour et l'obstacle, le bonheur et la séparation!... Je compris du premier coup d'œil que cette halte était celle que les jeunes filles de ces montagnes font avec leurs amants partant pour leurs courses loin-

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