‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 218 sur 269 · DEUXIEME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIEME LETTRE

< Rome.

tt Garde-moi ces lettres, elles me seront une trace de ma vie qui court maintenant si vite, si nous nous revoyons jamais.

« Depuis que je t'ai écrit ma rencontre avec l'amie de Glotilde, nous nous voyons tous les jours deux fois. Le matin quand tout repose, pendant la sieste de midi, dans la Longara, je passe à une heure convenue sous les fenêtres d'une petite aile déserte du couvent au-dessus de la porte. Il y a là nn belvédère à jour dont le temps a dégradé une partie du treillis de bois qui empêchait autrefois les novices d'être aperçues des passants quand elles respiraient le frais. Régina, qui y vient seule et librement par le corridor de sa cellule, a élargi un peu avec ses belles mains la brèche du treillis. Elle en a (ait une véritable petite lucarne, où elle passe à demi sa tête.

tout eDoadrée <ks lierres «C des liserons entrelaeés an tindliage. Elle coDualt mpn pas dans la me, die passe tkm bm par Touv^rtare et laisse tomber ««e poignée de fleura cm aeulemeiit une feuiUe sèchfi, «m gfain desaUe, sur ma Mie; Je m'arrête, elle regsoide si j'ai ramassé, je passe de faolvs fi6té de la rue, je distisgue ses hesLUx yeux ouverts, sembtaK Ues à deux urnes bleues de plus dans la tapisserie des fleurs fprûnpanites, j'entveyeis ses ebeTeux dorés oasuae les fila- «ents d'une plante inoonnue, nous nous regardons, ii biles, en remuant seulement les lèvres, pleines de muels, de eonAdenees et de sourires emportés par le tcoL Moi^ restons ainsi jusqu'à oe qu'une persienne imporlaae vienne à s'ouvrir dans la foçade de quelque maison v<Msîne, ou ju;Miu'à ce que j'entende le pas rare d'un passant retentir i une des extrémités de la rue. Alors elle se relire, je continue mon chemin, et je rentre dans le palais de moa ptee avec une provision d'ivresse pour tout le jour.

a Le soir, à l'heure où les Romains sortent en calèche pour les théâtres, le Corso, les conv^sazioni, où je ne vais plus, je suis admis par la tourière, comme un parent de la famille, dans l'appartement de la princesse, qui ne subit qu'à moitié les règles claustrales. Je trouve Régina qui m'attend sous le cloître, auprès de la fontaine ; je lui baise les nains avec le i^spect d'un étranger pour une femma et avec k douce familiarité d'un frère. Elle me conduit au pied da canapé de sa grand'mère ; nous causons en paix et en grande liberté devant cette femme âgée, qui semble rajeunir à nos folles joies d'enfants heureux. Seulement elle jette quelquefois un long regard de tristesse sur Régina et sur nu>i, puis elle regarde à la pendule et semble penser sans nous le dire : a Combien de ten^ps durera ce bonheur? Combien y a4-il d'heures dans deux ans? » Car c'est dans deux ans que le prince *** doit lui enlever sa petite-ûlle devenue sa féouae.

<< Quand Régina s'aperçoit de cette inquiétude et devina la pensée de sa grand'mère, elle se lève sur la pointe des pieds et arrête l'aiguille sur le cadran en regardant la coaateaie Livia. a Non, non, dit-elle avec cette charmante moueila*

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