‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 241 sur 269 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Il demandait du sang, des prêtres, des autels,

Promettant à ce prix d'épargner les mortels;

Et la terre, à jamais de son dieu délivrée,

Aux esprits infernaux allait être sacrée 1

Tantôt les ouragans avaient pris une voix,

Ou réclair dans le ciel avait tracé la croix!

Déjà les éléments, lui rendant leur hommage,

A la voix d*un vieillard avaient soumis leur rage.

Les astres avaient lui, Tonde avait reculé,

Les airs s'étaient calmés, la terre avait tremblé.

Ou les morts échappés de leurs bières funèbres

Avaient crié : « Salut I » dans l'horreur des ténèbres;

Mais depuis le matin du dernier de ces jours

Un prodige plus grand occupait leurs discours.

Un homme, car ses traits du moins étaient d'un homme.

Inconnu des vivants avait paru dans Rome I

Jeune, beau, tel enfin que les hommes pieux

Jadis voyaient passer les messagers des cieux.

Son front pur et serein, ses traits ornés de grâces.

Du malheur des humains ne portaient point les traces;

Ses yeux demi-baissés à travers leur azur

Laissaient lire la paix d'un cœur tranquille et pur.

Et son regard brillant d'amour et d'espérance

Avait des anciens jours le calme et l'innocence !

Le duvet de sa joue à peine se montrant,

Le sourire ingénu sur ses lèvres errant,

La candeur de son front et les tresses bouclées

De l'or de ses cheveux sur son cou déroulées,

Marquaient cet Age heureux, ce matin de nos jours,

Où l'astre de la vie, en commençant son cours.

Sur les traits indécis de l'homme enfant encore

Mêle aux feux du^idi les teintes de l'aurore!

Cependant le bâton qui pliait sous sa main ,

Ses pieds qu'avait blessés la longueur du chemin,

Ses vêtements couverts de fange et de poussière,

La fatigue du jour pesant sur sa paupière.

Et de son front pâli la brûlante sueur.

Tout donnait à ses traits Taspect d'un voyageur

Qui , marchant nuit et jour vers des plages lointaines ,

Arrive avec effort au terme de ses peinesl

Mais sur la terre cncor qui pouvait voyager?

D'où venait, où tendait ce divin étranger?

Était-il donc encor sur quelque heureuse plage

Un peuple, une famille échappée au naufrage,

Qui dans un doux asile, à l'ombre du Seigneur

Des enfants de la terre ignorât le malheur?

Cet enfant inconnu de ces heureuses terres

Venait-il en montrer le chemin k ses frères?

Au monde racheté d'un déluge nouveau

Apportait-il au moins le céleste rameau?

Ëtait-ce un homme, un ange, ou Tun de ces fantômes

Qui sortaient quelquefois des funèbres royaumes

Pour se faire adorer des crédules humains?

Nul ne pou\'ait fixer leurs pensers incertains,

Car à peine avait-il sur ce séjour d*alarmes

Promené quelque temps ses yeux mouillés de larmes.

Et par des mots épars, sur sa bouche expirants.

Interrogé de loin les tristes habitants,

Qu'éclatant en sanglots, se frappant la poitrine,

Et traçant sur son iront une image divine.

Saisi d'étonnement . de doute ou de terreur.

Il s'en était enfui poussant un cri d'horreur.

Et frappés de ses traits pâlis par ses menaces.

Les hommes effrayés avaient perdu ses traces!

Maintenant enflammé d'un désir curieux.

Le peuple en grossissant le cherchait en tous lieux,

Et fouillant les rochers, les antres, les ruines.

De ses longs hurlements frappait les sept collines!

Mais la nuit tout à coup, en descendant des airs.

Plongea dans le silence et l'homme et l'univers!

Ce n'étaient plus ces nuits, sœurs du jour, dont les ombres.

Voilant sans les cacher les horizons plus sombres.

Descendaient pas à pas du dôme obscur des cieux,

Et d'un jour plus égal charmaient encor nos yeux.

Alors que rayonnant sur l'azur de ses voiles.

Les paisibles lueurs des tremblantes étoiles

Voyaient les doux reflets de leurs pâles flambeaux

Dormir sur les gazons ou flotter sur les eaux !

Le disque irrégulier de l'astre aux deux visages

Ne guidait plus leur foule à travers les nuages:

Il ne consolait plus de ses tendres regards

Les débris dispersés des grandeurs des Césars.

Frappant du Vatican les longues colonnades.

Ses rayons prolongés sous l'ombre des arcades

Ne montraient plus de loin au regard attristé

Les fantômes épars de l'antique cité,

Et passant par degrés sur les saintes collines

N*y faisaient plus grandir l'ombre de leurs ruines!

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