‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 243 sur 269 · SECONDE VISION · texte numérisé non relu

SECONDE VISION

Qu'étes-vous devenus, voluptueux rivages. Collines de Tibur, antres frais, verts bocages. Où TAnio, tombant en liquides cristaux , Répandait dans les airs la fraîcheur de ses eaux? Beaux arbres dont Thiver respectait la verdure, Cascades dont Mécène adorait le murmure. Jardins où les Césars, lassés de leur splendeur, Fuyaient et retrouvaient leur fatale grandeur. Ruisseaux, vallons obscurs, grottes, humbles retraites. Qui prêtiez du silence et de l'ombre aux poëtes. Où Tibulle, où Virgile, amoureux de vos bords, Exhalaient leur belle âme en immortels accords. Où leur ami voyait avec un doux sourire La sagesse et l'amour se disputer sa lyre. Et dans leurs douces mains la livrant tour à tour, D'un bonheur nonchalant jouissait jour à jour?

Hélas! j'ai vu moi-môme, après deux mille années, Par l'homme et par le temps ces rives profanées N'offrir dans leur tristesse et dans leur nudité Qu'un triste monument de leur caducité.

L'antiquaire y fouillait sous la ronce et l'épine La poudre des tombeaux, la pierre des ruines.

Et foulant sous ses pieds la cendre des béros.

De leurs noms oubliés lassait d'ingrats échosi

Des générations rapides, ignorées,

Avaient passé, sans trace, en ces mêmes contrées ,

Et vers l'éternité précipité leur cours.

Semblables à des flots qui débordent toujours!

Les hommes n'étaient plus; les dieux, les dieux eux-

Étaient avec le temps tombés du rang suprême;

D'autres dieux les avaient chassés de leurs autels;

Les vils lézards rampaient sur leurs noms immorteb;

Du beau temple où Tîbur évoquait sa 8ib)lle.

La croix couvrait le dôme et consacrait l'asile;

La chasteté veillait au parvis de Vénus,

Et dans ces bois souillés du nom d'AntinoHs,

Sur les débris épars de ces mémos demeure»

Où la lyre d'Horace avait charmé les heures.

Le solitaire errant chantait à demi-voix

L'immortel testament d'un Dieu mort sur la croit ,

Et la cloche du soir, dans le ciel balancée,

D'un pieux souvenir éveillant la pensée.

Tintait de l'Angelus l'harmonieux soupir.

Comme un adieu plaintif du jour qui va mourir*

Mais alors, l'Anio sous ses voûtes profondes

De rochers en rochers jetait encor ses ondes;

Au pin pyramidal les pâles peupliers

S'entrelaçaient encor sur de riants sentiers;

D'un radieux couchant les vapeurs empourprée»

Baignaient de Tusculum les cimes azurées;

L'Océan sans rivage en bornait Thorizon ;

Mille débris sacrés y jonchaient le gazon ,

Et les yeux enivrés de ces sublimes scènes

Retrouvaient quelques pleurs pour les grandeurs

Le voyageur assis sur un cippe effacé

Cherchait à l'horizon la ville du passé.

Et de cette grande ombre à ses yeux transformée

Voyait monter encor l'étemelle fumée!

• Maintenant le sol même avait péri : les yeux Ne reconnaissaient plus la nature et les cieux. La terre avait tremblé; dans le sein des vallées. Les monts avaient baissé leurs têtes écroulées; Sur ce lit où le fleuve avait perdu ses eaux , Les bois n'étendaient plus leurs ombrageux Un silence étemel, effroi de la nature.

UTBE nOlSIEXE. Ml

Régnail arai ou léinmt «k «tariHi annmm.

L'Océan semblait mort, js ewi viite. isi pa«r ''vBil

L'borcnm n'était pion «|nn ioiitnde «t Jmil.

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De mont» (iéraQne»> 'iebrô mnlin» ec «nffiinne.

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Avaient confiai ment Ton nr 'Jàutn evtese

El de rockers liide«T5nrjP!»ftini!s hérisse:

Nul arbre n v plantait «s ncinss rampaale».

Nnl gamn n étemiaic àes tapis j«r ses penftes;

Mais, pareil anx anas par les volcans vomis.

Un chaos inégal de rocs mal aiermis.

En rapides degrés s'elevant josqn'anx noes.

De ces bords interdit» dérobait les Ksaes.

Et jamais des raortets les pas audacieux

rCanraient osé tenter d'escalader ces lienx.

Cependant Êlonn, TEsprit ainsi me nomme

Le jenne pèlerin qni s*est montré dans Borne*

Éloîm vers ces lienx, poaasé par la terrear«

Foyait, te cour glacé d'épouvante et dliorTettr:

Il entendait de loin retentir dans Tespace

Les cris des insensés qui couraient sur sa trace.

Et, tremblant de tomber dans leurs barbare» mains.

Se frayait sur ces rocs de périlleux chemins.

Tel qu'aux flancs escarpés des pics de TÈrymantho.

Le son lointain du cor suspend la biche erranle :

Tel aux cris des mortels qu'il entend approc)H>r«

Éloîm 8*élançait de rocher en rocher,

Et, gravissant les pics, franchissant lesablmos.

De ces remparts altiers escaladait les cimo»«

Quand son œil tout à coup découvre un anire oK^nir^

Contre les pas de Thomme asile affireux , mais sur t

Il y plonge; il en suit les ténébreuses routes.

La caverne tantôt ouvre ses larges voûtes*

Où le bruit de ses pas, par l'écho reproduit,

Redoublant son effroi, roule au loin dans lo nuil ,

Et tantôt resserrant ses parois sur sa traco,

Semble, pour l'étouffer, lui refuser l'esparo.

Et le force à ramper dans de sombres chemins

Dont le sol déchirait ses genoux et ses mains;

Mais, le corps insensible aux douleurs qu*il enduns

ai 2 NOC TELLES CONFIDENCES.

n foirait les fanmaiiis aa bout de la nature.

Et. iairaiil à liions ces imiiieiises détours.

Dans leor muette horrear il s'enfonce toajours;

Trois fois de la clepsydre où l'homme en vain le pleure.

Le sable aurait versé b mesure d*une heure,

Depuis qu'ensereli dans œt antre profond ,

ÉloTm avançait sans en trouver le fond.

Déjà, depuis longtemps, le jour livide, oblique,

Qui pissait en rampant par son étroit portique.

De détour en détour, par degrés affaibli.

Sur les flancs de la grotte avait encor pàli.

Puis, s'éteignant enfin dans des vapeurs plus sombres.

Rappelé ses rayons du sein glacé des ombres;

Dans une nuit sans teinte il perdait son regard*

Il marchait, il tombait, il rampait au hasard.

Enfin, d*un jour foîntain la débile lumière

Semble d*un doux reflet consoler sa paupière; i

Il doute, il croit longtemps que son œil ébloui

Loi prolonge Terreur dont ses sens ont joui.

Biais, semblable aux lueurs d^une tardive aurore.

De chacun de ses pas la clarté semble éclore;

Et du fond rayonnant de cet obscur séjour.

Il voit enfin jaillir un pur filet du jour;

Et la fraîcheur de Tair que son haleine aspire ,

Tout annonce une issue; il s'écrie, il respire I

U s'élance, il accouK, il accourt, mais, hélas I

\ ses regards surpris ce jour n'augmente pas;

Ce n'est qu'un seul rayon, que dans l'ombre incertaine

Les fentes du rocher laissent filtrer à peine t

n veut, du moins, coller sur ce rocher jaloux

Son regard altéré de cet éclat si douxl

n y touche : A surprise! une porte de pierre,

De l'antre ténébreux gigantesque barrière,

Que supportent des gonds et des verrous d'airain,

Ferme d'un mur glacé le sombre souterrain.

Et par l'étroit canal d'un léger interstice.

Laisse à peine un passage où le regard se glisse!

Ëloïm, emporté d'un désir curieux.

Aux fentes du rocher colle en tremblant ses yeux.

11 voit... ivre du trouble où cet aspect le plonge,

11 voit ce que jamais il n'avait vu qu'en songe.

Un vallon ombragé par des bois encor verts,

Une lie de délice, au milieu des déserts,

Des jardins, des gazons, des arbres, des fontaines,

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