LIVRE TROISIÈME
Roulant à flots plaintifs leurs ondes incertaines ;
Des sillons où les vents, sur ces bords assoupis,
Balançaient mollement les vagues des épis;
Des fruits prêts à tomber des rameaux qui fléchissent,
Les uns encore en fleur, les autres qui jaunissent.
Il voit bondir plus loin, sur le penchant des prés.
Ces animaux jadis à Thomme consacrés,
Deux taureaux aiguisant contre un vieux sycomore
Leur corne recourbée où le joug pend encore ;
Un sauvage coursier dont les longs crins épars
Ne voilent qu*à demi l'éclair de ses regards;
De paisibles brebis aux toisons ondoyantes,
Des chevreaux suspendus aux roches verdoyantes;
La poule dont le chant dès l'aurore entendu
Avertit l'homme à jeun du fruit qu'elle a pondu;
L'oiseau du laboureur, le pigeon , l'hirondelle
Fidèle après cent ans au toit qui la rappelle ,
Et ràne domestique, et l'onagre, et le chien.
De l'homme autant que l'homme ami, frère, gardien,
Qui, d'un maître indigent dédaignant les largesses.
N'aime en lui que lui-même et vit de ses caresses.
Il entend gazouiller sur la cime des bois
Ces oiseaux dont jamais il n'entendit la voix ,
Ces chantres de la nuit, du soir ou de l'aurore,
Que chaque heure du jour et des nuits fait éclore.
Et qui, pour assoupir ou réveiller nos sens,
Exhalent leurs amours en suaves accents.
C'était l'heure où du jour toutes les voix s'apaisent,
Où des oiseaux lassés les vifs accords se taisent ,
Où Philomèle seule, attendrissant les airs.
Au malheureux qui veille adresse ses concerts ;
Sur un rameau voisin où son nid se balance.
Elle enchantait du soir l'harmonieux silence.
Éloïm écoutait ses doux sons s'exhaler ;
D'autres sens à son cœur semblaient se révéler!
Jamais semblable aspect et jamais voix pareilles
N'avaient charmé ses yeux ou ravi ses oreilles.
De tous ces habitants de la terre et des cieux
Qui portaient, qui servaient, qui charmaient nos aïeux,
Il ne connaissait rien que ces vaines images
Que les traditions conservent aux vieux âges.
Et pendant qu'ils passaient, ainsi qu'au premier jour.
Sa bouche avec transport les nommait tour à tour;
Maigses regards en vain dans ce séjour champêtre
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il4 NOUVELLES CONFIDENCES.
CherrhaieBi des animaux le modèle ei le maître : ToQt y rappelait l'homme, on ne Ty voyait pas. Etait-ce on lien divin interdit à ses pas? Une ombre de TÊdeo oonsenrée à la terre ? Ou d'un ange exilé le palais solitaire? EloTm interdit doutai L.. quand une voix. Une voix dont son cœur a tressailli trois fois. Semblable aux sons vivants de la parole humaioe. S'élève et vient frapper son oreille inœitaine. Cette voix n'avait pas ces modulations tju'imprime aux sons humains Taccent des passions. Cette note à la fois violente et plaintive Qui trahit toujours l'homme à l'oreille attentive; C'était un son égal , plein, grave, mesuré. Par un coeur impassible avec force vibré. Dont rien n'amollissait la vigueur solennelle; Vais comme on entendrait la parole étemelle ! Du coté d*où la voix s'éle^ ait vers les cieux , Lp jeune homme éperdu porte aussitôt les yeux; U voit, non loin de lui, sur un banc de verdure. Deux êtrps dont il n'ose assigner la nature, T^nt leur sublime aspect, à son œil enchanté. Surpasse l'homme en force, en grâce, en majesté!
L'un était un vieillard: mais sa verte vieillesse Ne témoignait des ans que l'antique sagesse; On ne voyait en lui que cette majesté D'un front ebargé de temps, mais du temps re^iecté; L'âge n'avait pour lui ni fiiblesse, ni glaces; Ses traits montraient ses jours, mais sans porter leurs tnoes, El 5PS membres nerveux, et d^un sang pur nourris, VetaLiient point à l'œil leurs muscles amaigris. Ses cbeveux étaient blancs, mais leurs boucles touffues RouUîent â gros flooons sur ses épaules nues; Dans toute leur jeunesse, ils paraissaient blanchir. : Sctt front large et musclé les portait sans fléchir. La wAte de ce front, sur ses yeux avancée, Imprimait à ses traits la force et la pensée ; Au sommet de ce front deux boudes de cheveux, P» un souffle divin qui soule\-ait leurs nœuds. En ileux cornes d'argent s'arrondiraient d*eux-iiième, Deâ^naîent sur son front ce noble diadème. Symbole de la force et de Fautorité, Sur le front du bélier pur Dieu même jeté.